mardi 17 mars 2015

[St Patrick's Day] - Auld Corn Brigade + Irish Punk Drinking Songs









Bin quoi ? J'allais quand même pas te faire le coup de Baster en Irlande. Baster par-ci, Baster par-là...Lâche-lui la bouteille à Baster. On a assez parlé de lui ces temps-ci. Baster, Baster, rien que d'entendre son nom j'en ai la nausée. Baster et moi on est un peu fâchés si tu vois ce que je veux dire. Et si tu vois pas c'est pareil. Fâchés qu'on est. Pas pour longtemps remarque, c'est le genre de brouille dont on se remet. Surtout lui, vu qu'il n'existe pas sans moi.

Mais quoi, à force de raconter du Baster j'en oublie de parler de moi. Alors que j'adore ça parler de moi. Et puis oh, c'est bon hein, on va pas faire "Baster à la plage" ou "Baster font du ski" non plus. Alors voilà, Glen S. Machin il la met en sourdine quelques temps, ça me fera des vacances.

Parce que, entre nous, qu'est-ce qu'il y connait Baster à l'Irlande ? Sérieusement. C'est lui qui s'est fait chahuté sur un rafiot pour débarquer glorieusement à Cork ? Tu l'imagines se taper les routes de la côte, longer les murets en pierre sèche, s'arrêter toutes les trois bornes pour laisser traverser les troupeaux de moutons ?

Non Monsieur Baster lui, préfère aller se mettre minable dans les pubs de Temple Bar.

Pas question qu'il passe une demi-journée à grimper en haut de la Purple Mountain, qu'il redescende en courant au milieu de la bruyère et se casse la gueule dans l'herbe mouillée. Bin ouais, mouillée parce que cinq minutes avant il faisait soleil mais là il pleut. Et dans cinq minutes il fera soleil à nouveau.

Non Monsieur Baster lui, préfère s'envoyer des bières accoudé au bar du Quay's.

Ça me fait marrer de l'imaginer en train de crapahuter sur les sols lunaires du Burren. Ou de gerber son whiskey en se penchant du haut des Cliffs of Moher. Attends, attends, je pense à des trucs marrants. Le jour où Baster me fait chier, je balance les dossiers. Baster au grand concours de horseshoe throwing pendant la fête du bouc de Kinvarra. Ah ah ah. Et celle-là, attends attends : le grand Glen S. machin se baigne au bord de l'Atlantic Drive, l'eau à 12° au mois d'août, les guiboles tétanisées.

Non Monsieur Baster lui, préfère s'enfiler des verres de Jameson jusqu'à tomber par terre.

Même à jeun il était incapable de prononcer les noms de là-bas. Letterkenny, Lisdoonvarna, Glengarriff ou Skibbereen. Hermétique à la poésie de leur sonorité. Il lui fallait du facile à prononcer, des Tralee, des Galway et des Sligo. Et puis, imperméable à des plaisirs simples ce minable. Prendre un full irish breakfast chez Mrs O'Callaghan à Killarney. Poser la voiture et visiter un cimetière  abandonné au bord de l'océan. Manger une soupe dans un pub de Ballyshannon. Aller voir un match de rugby à Lansdowne Road. Se faire rembarrer parce qu'on a commandé une Murphy alors qu'ici on ne sert que de la Guinness. Ou le contraire, ça existe aussi.

Non Monsieur Baster lui, préfère se faire ramener en brouette dans le premier caniveau venu.

Pourtant cet abruti de Baster, je l'ai vu s'éclater, j'ai vu ses yeux briller, j'ai vu un sourire illuminer son visage. J'ai vu le cynisme quitter ses traits quand les mecs sortaient leurs instruments. Fiddle, bodhran, banjo, tin whistle...envoyez. Let's go Paddy ! Je l'ai vu chanter toute la nuit, sans connaitre les paroles. Je l'ai vu tanguer avec ses voisins. Je l'ai vu payer à boire à la cantonade. Putain, Baster je l'ai même vu se lever comme un seul homme pour entonner Ireland's Call.

From the mighty Glens of Antrim
From the rugged hills of Galway
From the walls of Limerick
And Dublin Bay

Shoulder to shoulder
We'll answer Ireland's call




Les berceuses des combattants aus Nordhausen(*) :
01 I'll tell me ma
02 Boys of the Old Brigade
03 Star of the County Down
04 The boys that wore the Green
05 Irish ways and Irish laws
06 Muirsheen Durkin
07 Sean South from Garryowen
08 Come out ye Black and Tans
09 Apples in winter
10 Irish soldier laddie
11 Ride on
12 Broad Black Brimmer
13 Dirty old town
14 Rifles oth the IRA

(*) Remboursez ! C'est une escroquerie, Auld Corn Brigade est un groupe allemand. Mais c'est bien imité.

Guinness Book des chansons à boire :
 01. The Mahones – Drunken lazy bastard
02. The Bloody Irish Boys – Drunk Tonight
03. Great Big Sea – The Night Pat Murphy Died
04. Dropkick Murphys – Finnegans Wake
05. The Pogues – If I should fall from grace with god
06. Flogging Molly – May the Living be Dead (In Our Wake)
07. The Mahones – A Drunken Night in Dublin
08. The Bloody Irish Boys – Enniscorthy in a Bottle
09. Great Big Sea – Lukey
10. Dropkick Murphys – Bar room hero
11. The Pogues – Fairytale of New York
12. Flogging Molly – Drunken Lullabies
13. The Mahones – Paint this town red
14. The Bloody Irish Boys – Streams of Whiskey
15. Great Big Sea – Home for a rest
16. Dropkick Murphys – Dirty glass
17. The Pogues – Whiskey you’re the Devil
18. Flogging Molly – Seven deadly sins 


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Till

lundi 2 mars 2015

The Babies - Our House On The Hill [2012]

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 Une enquête de Glen S. Baster

"Comprenez-moi bien Monsieur Baster. Je m'adresse à vous parce que vous êtes mon dernier recours. La police ne m'écoute pas, je ne sais plus à qui m'adresser." Mon soupir a dû s'entendre jusqu'à l'Ile aux Enfants. Je pensais être débarrassé pour de bon des filatures, des adultères et des fugues d'ados rebelles. J'avais une quête à mener, je voulais passer à des affaires d'envergure. Mais mon banquier s'était fait un plaisir de me rappeler l'état de mes finances. Daddy was a bank robber, j'aurais dû faire comme lui. L'état de mes finances me conseillait d'accepter ce dossier. Mais quand même, les bacs à sable, les cours d'école, les garderies... Ma petite voix intérieure me disait d'accepter. Un truc pas compliqué, une affaire rondement menée, le temps de compter One, two three, four et tu passes à autre chose. Vite fait.

Le banc en bois était gelé. L'air était gelé. J'étais gelé. Je serrai le col de mon manteau autour du cou.Take me out of the cold. Une bande de marmots piaillait à qui mieux-mieux en se poursuivant dans le sable. J'étais en planque depuis loooooooongtemps. Je regrettais mon impasse. Je regrettais mon bureau. Je regrettais ma quête. Harlem river, I'm in love, love, love, love. J'avais sorti un dossier, mes notes, des photos. Histoire de paraitre occupé. Histoire de ne pas attirer l'attention sur moi. "Je suis très inquiète pour mon petit Kevin, Monsieur Baster. Il y a des types louches qui trainent autour de l'école". Sans crier gare, dans un coin de ma tête, Rudimentary Peni s'étaient mis à jouer Alice crucifies the paedophiles. Des gamins dans un bac à sable, des types louches qui tournaient autour. Et maintenant Baster qui cherchait les types louches. Putain de fric. Puto dinero.

J'avais facilement repéré Little Kevin au milieu du troupeau. Grâce aux photos, grâce à la description de la maman inquiète. Et grâce à ses fringues ridicules. Sa mère l'avait affublé d'une chemise rouge à pois blancs. Ou à carreaux. De ma place impossible de se prononcer, les motifs se mélangeaient dans un effet psychédélique à rendre fou un caméléon sous ecstasy. Mais j'avais le petit Kevin en ligne de mire et, si je voulais toucher rapidement mon chèque, pas question de le lâcher d'une semelle de basket. On allait voir ce qu'on allait voir, j'allais sauver le marmot des vilains monsieurs, rassurer la maman et rassurer mon banquier. Baster défenseur de la veuve et de l'orphelin, ah ah, l'idée m'aurait fait rire si je n'avais pas claqué des dents à cause du froid.

L'orphelin présumé ne perdait pas de temps, il s'était déjà fait une copine. J'avais rapidement constitué un dossier sur la petite Cassie. Elle avait fréquenté l'école de filles des Vivian avant de débarquer dans le coin et de mettre le grappin sur le petit Kevin à sa maman. Une bad girl en puissance, le genre qui ne s'en laisse pas compter. Mais elle avait le bon goût de s'appeler Ramone. Cassie is a punk rocker ? Mes Bonnie and Clyde miniatures avaient deux autres copains sur lesquels je n'avais pas encore récolté de renseignements. Tous les quatre avaient l'air de former une bande à part. Ça chantait, ça prenait des poses de guitariste. Les stars de la cour de récré. Les idoles du bac à sable.

Alertez les bébés. J'avais localisé les types louches qui inquiétaient ma cliente. Les mecs trainaient sans vergogne autour des gamins. Leurs costards-cravates les trahissaient, leurs dents affutées les trahissaient, la bave autour des lèvres les trahissaient. Les requins tournaient en cercles concentriques. We are the Meninblack. J'ai vite compris ce qui faisait flipper la maman. Et elle avait raison. Elle avait raison d'avoir peur et elle avait raison de s'adresser à moi. Les flics ne voulaient pas mettre les doigts là-dedans. Les flics ne voulaient pas se faire taper sur les doigts.

Quelques photos discrètes, quelques coups de fil pour se rencarder, quelques questions posées au bon endroit. Parfois une enquête se boucle facilement. Vite fait. J'avais trouvé des noms, j'avais trouvé des fonctions. Des connexions se créaient, des liens tissaient un réseau, une toile s'étendait et déroulait un piège grossier mais redoutable. Je savais. En quelques jours j'étais en mesure de faire mon rapport à maman Kevin. Tout ça sans une goutte d'alcool. J'allais boucler cette affaire, j'allais toucher mon chèque. Passer à autre chose. Vite fait.

"Est-ce que Woodsist vous dit quelque chose Madame ? J'ai bien observé ce qui se trame autour de votre petit Kevin. Rien à voir avec des pédophiles mais vos types louches ne sont pas rassurants pour autant. Il s'agit d'un autre genre de prédateurs. Une bande de crocodiles qui aimeraient exploiter les talents de votre Sonic Youth. Je suis sûr qu'ils ont des contrats aguicheurs qui feraient fantasmer plus d'un apprenti musicien. Mais ces gamins ont la tête sur les épaules. Un des amis de votre Kevin a eu la bonne idée de créer un label indépendant. Woodsist. [Note perso : penser à consulter le catalogue des p'tits génies]. Ça les met à l'abri, pour un temps au moins, de se faire croquer par les Bogeymen de service. Rassurez-vous Madame Morby, votre fils et ses petits copains ont du talent. Je vous enverrai ma note d'honoraires."



Les chansons de classe

01. Alligator
02. Slow Walkin
03. Mess Me Around
04. Get Lost
05. Baby
06. Mean
07. On My Team
08. Moonlight Mile
09. See The Country
10. That Boy
11. Chase it to the Grave
12. Wandering


La bande de l'école

Kevin Morby – vocals, guitar
Cassie Ramone – vocals, guitar, artwork, layout
Brian Schleyer - bass
Justin Sullivan – drums


Les copains du bac à sable

Tim Presley – guitar, organ
Jenna Thornhill Dewitt - saxophone (track 6)
J.W. Reed - cello (track 12)


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Till

lundi 12 janvier 2015

11 Janvier 2015 - Marche citoyenne à Lyon


Place Ambroise Courtois

Cours Albert Thomas

Cours Gambetta


Pont de la Guillotière




Till

lundi 15 décembre 2014

The Boys Next Door - Live at Swinburne College - [19-08-1977]


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HERALD SUN MELBOURNE

Edition du 20 août 1977.

La folie punk semble s'être emparée de la jeunesse australienne ces derniers temps. En effet depuis quelques mois sévissent, à Melbourne même, des groupes dont l'influence néfaste sur les valeurs fondatrices de la société australienne doivent absolument mettre en alerte les responsables politiques locaux et nationaux. Familles de la bonne société de Melbourne, craignez pour l'avenir de vos enfants. Soyons vigilants, ne laissons pas cette mauvaise graine germer, prendre racine et se répandre comme la chienlit.

Hier soir encore le Swinburne College, honorable institution de l'éducation Melbourniane, a été le théâtre des exactions d'une bande de jeunes voyous se faisant passer pour des musiciens. On se demande en effet comment ce Nicholas Edward Cave et ses petits camarades peuvent oser prétendre au titre de musiciens, eux dont le principal fait d'armes consiste à massacrer des chansons célèbres du répertoire de la musique populaire anglo-saxonne. Ce Monsieur Cave chante aussi faux qu'il hurle fort et ses acolytes font, de toute évidence, souffrir les pauvres instruments dont ils peinent à sortir des sons à peu près acceptables pour une oreille humaine.

Et encore faut-il dire un mot des "paroles". Quand ils arrêtent de massacrer les chansons des autres ces jeunes prétentieux se targuent de jouer leurs propres "compositions", dont le contenu aurait gagné à rester dans la poubelle au fond de laquelle ils les ont probablement ramassées. Qu'est-ce qu'un morceau intitulé "Masturbation Generation" a à faire sur la place publique ? Sans doute leur but n'est-il que de choquer l'auditoire par leurs textes orduriers et leurs provocations faciles. Probablement ont-ils à cœur de s'affirmer en piétinant bêtement la longue tradition australienne des groupes de hard-rock qui ont fait la fierté du pays et sa renommée à travers le monde. Certainement, ces jeunes dépravés, aux coupes de cheveux improbables, se trouvent-ils plus malins à sortir du glorieux sillon tracé par AC/DC, Rose Tattoo ou Cold Chisel.

De hurlement sauvage en accord raté, on n'a de cesse de s'interroger sur les motivations d'un public prêt à débourser quelques précieux dollars pour assister à cet effroyable spectacle. Toute personne saine de corps et d'esprit devrait avoir comme priorité absolue d'éviter à tout prix ce genre de représentations affligeantes. Et de prier de toutes ses forces pour que ce phénomène étrange qui pousse une partie de la jeunesse à adopter ces tenues vestimentaires provocantes, ces attitudes dépravées et ces grimaces répugnantes, pour que ce phénomène donc, reste confiné à la tristesse londonienne et à la grisaille mancunienne et épargne, tant que faire se peut,  nos riantes métropoles ensoleillées.

Et pourtant, il faut bien reconnaitre qu'il y avait du monde à ce concert. C'est à croire que tout ce que la jeunesse australienne compte de marginaux et asociaux s'étaient donnés rendez-vous hier soir au Swinburne College de Melbourne. On remarquait sans peine la tristement célèbre Tank Girl, surmontée de sa ridicule houppette. Son petit ami, le kangourou mutant Booga (sic !) a eu toutes les peines du monde à s'extirper du tank, négligemment garé sur le trottoir, tant il semblait sous l'effet de substances psychotropes prohibées. C'est un pack de bières sous le bras que Tank Girl a accueilli ses amies Jet Girl et Sub Girl qui avaient laissé leur moyen de transport respectif dans un coin des Central Gardens voisins.

Parmi les pseudo-célébrités présentes on trouvait également Chris Bailey et ses soi-disants Saints, arrivés tout droit de Brisbane qu'on aurait préféré qu'ils ne quittent jamais. Il n'était pas plus étonnant de remarquer, au milieu de cette concentration de rebuts de la société, le sulfureux détective privé Glen S. Baster, qui ne recule devant aucune compromission pour associer son nom aux manifestations les plus scandaleuses, espérant ainsi glaner une pauvre gloire éphémère et futile au regard de l'indigence de sa misérable carrière.

Il semble réellement que tout l'underground de l'outback avait rappliqué backside et le leash en bandoulière pour se presser dans le backstage du groupe du soir. The Boys Next Door, un nom à oublier rapidement.
Matt Mc Onery         

Line-up :
Nick Cave : haaaaaaaaaaahhh !
Mick Harvey : gling gling
Tracy Pew : dong dong
Phil Calvert : boum chic boum

Track-list :
01 Blitzkrieg Bop    
02 Ain't It Funny    
03 I'm 18    
04 Gloria    
05 Masturbation Generation    
06 Who Needs You? (That Means You)    
07 I Put A Spell On You    
08 My Generation    
09 Big Future    
10 These Boots Are Made For Walking    
11 World Panic    
12 Louie Louie


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Till

jeudi 16 octobre 2014

Marianne Faithfull - Before The Poison [2005]

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 Une Quête de Glen S. Baster

La bouteille avait roulé au fond de la pièce. Ouais. Mais j'avais parfaitement capté son regard torve. J'avais parfaitement lu dans son œil ouvert. J'avais saisi le message. Cinq sur cinq. "Tu reviendras un jour. Vas-y, essaie de m'oublier, tu ne pourras pas. No way, tu reviendras et je serai là." C'était une vieille histoire entre elle et moi et elle n'avait pas envie que ça s'arrête. Moi si. Désolé sweet heart, terminus, fin du voyage, Me and my bottle c'est fini. Le disque est rayé, bazardé, filé au Garbage man. Mon rayon de soleil était passé par là. J'avais vu la lumière divine. Rédemption, ouais, comme un vieux con de rocker mystique.

Hey ! Je ne pouvais quand même pas tirer le rideau comme ça sans un concert d'adieu. Alors quoi ? Alors je m'étais réfugié dans mon rade préféré. Mon pub de galère. Mon bateau ivre et j'étais bien amarré au zinc. Pour la millième fois j'avais franchi la porte du O'Malley's Bar. Mon tabouret m'attendait. Le comptoir m'attendait. Son ultime pilier pour chavirer. J'allai pleurer dans ma bière.

Derrière le bar, Lucy Jordan me matait du coin de l’œil. Lucy avait vu ma gueule se pointer. Lucy avait saisi le message. Cinq sur cinq. Elle avait lâché le verre et le torchon, elle avait fouillé dans un placard et elle avait posé le disque sur la platine. Spécial Baster. Spécial déprime. Mauvaise rime, good girl. Je savais de quoi elle était revenue. Du haut de son toit elle avait compris des trucs qui m'échapperaient toujours. Elle avait vu ma tronche et elle avait choisi le bon disque. Spécial Baster.

Elle connaissait peut-être les mystères de l'amour mais rien de ça entre nous. Lucy c'était mon ange gardien. Ma bouée quand le bateau ivre chavire. Les secours en mer. La bière me rendait bavard. Je m'étais laissé aller, Lucy savait écouter. Love is crazy, love is blind. "So what Baster ? Tu nous fais chier à te lamenter sur ton sort, bouge-toi putain !" Mes amis ont la fâcheuse manie de vouloir me secouer. Lucy pareil. Je ne voulais pas de pitié, juste besoin qu'on m'écoute. Oh Lucy can you hear me when I cry and cry and cry ?

Non Lucy avait décidé de me secouer. Conneries. Je lui avais raconté mon rayon de soleil, l'admiratrice de Springsteen, ma mystérieuse inconnue. Je lui avais raconté le parfum qui flottait encore dans mon bureau longtemps après son départ. Je lui avais raconté le bruit des pas qui s'éloignaient irrémédiablement. Ouais ouais ouais. Lucy se marrait. Lucy me chambrait. "Alors Baster qu'est-ce que tu nous fais là ? C'est ta crise de la cinquantaine ?" Je ne voyais rien d'autre à faire, j'ai repris une bière.

Le poison coulait lentement dans mes veines. C'était plus facile avant. Avant je buvais mon malt pour ne penser à rien. Maintenant je buvais pour ne plus penser à ça. Lucy se marrait. Lucy sifflotait. Lucy chantait. Down the road came a Junco partner, he was loaded as he can be, he was wobbling all over the street. Impitoyable. Entre deux bières j'avais sorti le bout de papier. Avec la grâce du privé à la recherche de renseignements, j'avais fait glisser le bout de papier vers Lucy. When you remember who I am, just call. Pas de signature mais j'avais reconnu le parfum. Sans l'ombre d'un doute.

"Alors qu'est-ce que tu fous encore là Baster ? T'es un privé non ? T'es pas capable de la retrouver tout seul ?" Trois questions à la suite, c'était trop pour moi. D'habitude c'est moi qui les pose les questions. Ça m'évite de devoir répondre. A la dernière chanson du disque j'avais arrêté de compter les bières depuis un bon moment. J'avais finalement opté pour une position d'où je voyais parfaitement le dessous de mon tabouret. Là-haut le comptoir me narguait, me renvoyant la rutilance de son zinc. Plus haut les spots du plafond me menaçaient mais j'étais décidé à ne rien dire.

J'ai rouvert les yeux au moment où Lucy me déposait sur mon paillasson. Trop tôt pour essayer de comprendre comment elle avait fait. Sacrée Lucy. You're a friend of mine, I love these friends of mine. D'une paire de baffes elle m'a réveillé pour de bon. Elle m'a collé un truc dans la main et a tourné les talons. Sans un mot. Je me souviens du bruit de ses pas qui s'éloignaient dans l'impasse. Je me suis assis comme j'ai pu. Un lampadaire crachait péniblement une lumière minable. J'ai déplié le bout de papier.
When you remember who I am, just call.
Ok. J'avais une tâche à accomplir. Un vrai boulot de privé. Une quête.


01. The Mystery of Love (PJ Harvey)
02. My Friends Have (PJ Harvey)
03. Crazy Love (Marianne Faithfull, Nick Cave)
04. Last Song (Marianne Faithfull, Damon Albarn)
05. No Child of Mine (PJ Harvey)
06. Before the Poison (Marianne Faithfull, PJ Harvey)
07. There Is a Ghost (Marianne Faithfull, Nick Cave)
08. In the Factory (Marianne Faithfull, PJ Harvey)
09. Desperanto (Marianne Faithfull, Nick Cave)
10. City of Quartz (Marianne Faithfull, Jon Brion)



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Till

vendredi 12 septembre 2014

He's back - J'entends des Bruits Magiques


Il n'a pas tardé à faire son retour. Tel Wiston Smith résistant encore et toujours à Big Brother, Jimmy nous reviens en beauté, en blog et en musique. Et pour ceux qui auraient raté l'info, ça se passe ici :


Ça y est vous les entendez vous aussi les Bruits Magiques ?

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Till

mardi 9 septembre 2014

Tombé au champ d'honneur - Le Club des Mangeurs de Disques



J'avoue, c'est un peu martial comme titre. Mais c'est un combat incessant que se livrent les partisans de la culture, de l'échange et de la liberté d'un côté et les suppôts de Big Brother de l'autre. Encore une fois, la Police de la Pensée remporte une petite bataille en collant au mur le très fréquenté Club des Mangeurs  de Disques. Mais à vaincre sans péril...

Jimmy, comme tu l'as fait toi-même autrefois pour d'autres camarades tombés au combat, il fallait bien rendre un hommage à ton blog qui avait le bon goût de mettre en lumière des albums méconnus, des disques oubliés, des œuvres peu distribuées parce que si peu rentables aux yeux la Grande Confrérie de l'Industrie Musicale.

Jimmy, comme l'ont fait autrefois d'autres camarades tombés au combat, j'espère que tu vas vite te relever et nous offrir un nouveau lieu de résistance culturelle. Au pire, pour citer Kessel et Druon, "si tu tombes, un autre ami sort de l'ombre à ta place" et le combat inégal continue. Tu sais aussi que cet espace t'est ouvert, tu viens poster ici quand tu veux.

Le Club des Mangeurs de Disques n'est plus. RIP, c'est-à-dire : Reviens Immédiatement Poster !


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Till

jeudi 17 juillet 2014

Bruce Springsteen - The River [1980]



Une enquête de Glen S. Baster

Je n'en croyais pas mes yeux. C'est un truc qui se produit parfois, rarement, dans la vie d'un privé. On repose sa bouteille vide, le dernier mégot fume encore dans le cendrier plein et on s'apprête à se lancer dans une nouvelle enquête crasseuse. Imper miteux, filature foireuse et au bout du bout, une nouvelle cuite avec le pourboire laissé par le client. Et puis un jour, parfois, rarement, ce truc-là. Le rayon de soleil qui vient réchauffer une carrière de privé.

Le rayon de soleil venait juste d'éclairer mon bureau poussiéreux. Et vu l'épaisseur de la porte d'entrée, il fallait qu'il soit sacrément motivé mon rayon de soleil. J'imaginais l'état de la rue à son passage, une éruption volcanique, un tsunami, Dead end street on fire. Tonton Ray en torche humaine. Dévastée la Jubilee Street de Nick Cave. Mon rayon de soleil a refermé la porte pendant que je rangeais précipitamment le fond de scotch sans âge. Le mauvais blend des mauvais jours.

Ceux qui ont suivi mes enquêtes(1), clients(1), criminels(1), imposteurs (1) en tous genres, même l'ignoble Everett, savent que la dernière femme fatale que j'ai croisée sortait d'un disque du Velvet. Avant mon rayon de soleil. J'ai fait ce que j'ai pu pour que mon bureau ressemble à celui de Phil Marlowe. Je rêvais éveillé, j'étais Nicholson, je proposais un fauteuil à Faye Dunaway. Dans un coin de la pièce Tom Waits s'est mis au piano histoire de soigner l'ambiance.

Mon rayon de soleil m'a rapidement ramené sur Terre. "Monsieur Baster on m'a dit que je pouvais vous confier une mission délicate, blah, blah habituel sensé éveiller l'intérêt du privé". Avec un soupir intérieur je me suis préparé pour le dialogue classique. "Qu'est-ce que je peux faire pour vous aider Madame ?"

"A vrai dire, Monsieur Baster, je cherche un homme." Non Baster, ne dis pas ce que tu es en train de penser, ne fais pas ça. "Vous avez frappé à la bonne porte Madame." Baster tu es le dernier des ringards. Va en enfer ! "Et quel homme cherchez-vous ?" me repris-je maladroitement. Mais mon rayon de soleil ne semblait pas avoir remarqué ma réplique lourdingue. Pour toute réponse elle me tendit une photo. "Cet homme." "Sans indiscrétion, risquai-je après un rapide coup d’œil à la photo, pourquoi le cherchez-vous ?". "Disons que...c'est mon genre d'hommes. Grand, brun, costaud, viril. Mon genre d'homme." Son genre d'homme...Imaginez l'opposé de ce pauvre Baster et vous aurez à peu près le portrait de l'homme idéal.

"Vous pensez pouvoir le trouver ?" "C'est comme si c'était fait Madame. Revenez demain, je vous dirai tout." "Demain ? Mais..." "Faites-moi confiance, revenez demain." Ça me laissait un jour pour méditer sur le sort pitoyable des privés. Un rayon de soleil, une enquête qui n'en était pas une, un misérable rendez-vous pour le lendemain. Ouais, j'étais à deux doigts de me lamenter sur mon sort. Alors, comme d'hab, j'ai accompagné ma bouteille de scotch dans la pièce pleine de disques. Cette fois je n'ai pas eu besoin de fouiller, je savais ce que j'allais prendre. Je l'ai pris. Je l'ai écouté toute la nuit. La petite lumière s'est allumée au fond de mon cerveau, en mode bourdon. En mode nostalgie.

Je crois que j'ai fini la bouteille avant le bout de la nuit. Bien avant. J'en ai ouvert une autre. J'ai bu mon scotch. J'ai bu le calice. J'ai bu la nostalgie. Le poison qui coule leeeeeeentement dans les veines, toujours dans le même sens, sans qu'on puisse revenir en arrière. Pas de touche Rewind, au pire la touche Stop. Une larme de scotch noyée dans le chagrin. Cry me a river. Ou un lac. J'ai ouvert une autre bouteille. J'ai bu le scotch. J'ai bu la nostalgie. Jusqu'au bout de la nuit. Jusqu'à ce qu'on soit demain.

Rainy day. Un temps parfait pour une enquête de privé. Un prétexte à sortir l'imperméable usé. Un beau cliché ouais. Un crachin XXL, London calling, un temps à ne pas mettre une femme fatale dehors. La pluie tapait sur les vitres au rythme du batteur fou qui martelait mon cerveau. Migraine XXL, spéciale blend minable. Spéciale nuit blanche.

Les coups sur les vitres se sont amplifiés, se sont étendus à la porte, quelqu'un essayait de défoncer l'entrée de mon bureau. Déformé par la migraine. C'était juste quelques doigts délicats qui demandaient à entrer, qui poussaient la porte, qui étaient là devant moi. Au bout des doigts, mon rayon de soleil. Assis en face de moi. Soudain le crachin avait disparu. Les eaux s'étaient retirées au loin, dégageant un coin de paradis. Get down Moses.

Silence pesant. Elle a jaugé mon état. Pas reluisant. Sans un mot je lui ai rendu sa photo de Springsteen. Accompagné de mon vieil exemplaire de The River. Sans un mot elle a compris. Sa bouche s'est ouverte pour former un son qui n'est jamais sorti. Silence pesant. Jusqu'à ce que. "C'est un vieux disque Monsieur Baster, pourquoi celui-là ?" Croisement de regards. "Disons que... c'est mon genre de disque. Vieux, usé, poignant. Et chargé de souvenirs. Disons que l'écouter me flingue et ça c'est mauvais pour le business. Autant vous le donner, il ira bien avec la photo de votre type. Mais il a fait des trucs plus récents, cherchez un peu. Il suscite encore de grands espoirs."

La pluie a repris son martèlement assassin au moment où la porte se refermait sur elle. Migraine et crachin, mon cocktail détonnant. D'un coup de pied j'ai envoyé valser la bouteille à moitié pleine qui me lançait des regards éloquents. Comme un Ulysse de seconde zone j'ai résisté à l'appel des sirènes en écoutant les pas qui s'éloignaient trop rapidement dans l'impasse. La pluie a envahi mon bureau, j'étais submergé par les flots. Dans l'air flottait encore son parfum.

(1) Et ouais, Baster a déjà quelques aventures à son actif.

Disque 1
01. The Ties That Bind
02. Sherry Darling
03. Jackson Cage
04. Two Hearts
05. Independence Day
06. Hungry Heart
07. Out in the Street
08. Crush on You
09. You Can Look (But You Better Not Touch)
10. I Wanna Marry You
11. The River

Disque 2
01. Point Blank
02. Cadillac Ranch
03. I'm a Rocker
04. Fade Away
05. Stolen Car
06. Ramrod
07. The Price You Pay
08. Drive All Night
09. Wreck on the Highway


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Till

jeudi 5 juin 2014

XSAM



Je ne t'ai pas montré comment rester entier quand le moindre souffle menace de t'éparpiller.