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mardi 26 novembre 2013

Grand Jeu 7 - Thème 5 - Various Artists - Drug Songs [1917-1944]

 GRAND JEU DES BLOGUEURS MANGEURS DE DISQUES - SEPTIÈME EDITION
THEME N°5 - SUGAR SUGAR
Une œuvre narcotique, le type de drogue n'a pas d'importance




FLASHBACKS VOLUME 1 : DRUG SONGS 1917-1944 - HIGH AND LOW


Psychotrope hallucinogène peyotl mescaline héroïne chanvre ligne alcool chocolat dexedrine benzédrine amphétamine speed LSD haschich musique cocaïne opium neuroleptique tabac barbiturique cannabis coca psylocybe THC buvard spliff dose fix Grand Jeu codéïne nutella phénobarbital afghan religion laudanum joint méthadone belladone valium télévision pétard sibutramine méthamphétamine colle sexe thiopental pouvoir skuff kétamine khat shit herbe rail chips STP space-cake football neuroleptique antidépresseur ayahuasca café sédatif beuh internet stupéfiant ecstasy GHB jeu mescaline alcaloïde endorphine EPO héroïne pavot absinthe haschich acide éther poppers MDMA......................................................................................................................................................

Cher lecteur, un produit psychotrope redoutable s'est glissé insidieusement dans mon ordonnance. Sauras-tu le retrouver ?


01. THE INK SPOTS - That cat is high
02. CHAMPION JACK DUPREE - Junker's blues
03. HARRY "THE HIPSTER" GIBSON - Who put the benzedrine In Mrs. Murphy's Ovaltine
04. BLUE LU BARKER - Don't you make me high
05. KASAS JOE & MEMPHIS MINI - I'm wild about my stuff
06. STRUFF SMITH & HIS ONYX CLUB BOYS - You're a viper
07. MCKINNEY'S COTTON PICKERS - Selling that stuff
08. PETER CLEIGHTON w/ BLIND JOHN DAVIS - Moonshine man blues
09. FLORENCE DESMOND - Cigarettes, Cigars
10. MILLS BLUES RHYTHM BAND - Minnie the Moochers wedding day
11. CAB CALLOWAY - The ghost of Smokey Joe
12. WARING'S PENNSYLVANIANS - Let's have another cup of coffee
13. VICTORIA SPIVEY & LONNIE JOHNSON - Dope head blues
14. ELA FITZGERALD & CHICK WEBB w/ HIS ORCHESTRA - Wacky Dust
15. BUKKA WHITE - Fixin' To Die Blues
16. MEMPHIS JUG BAND - Cocaine habit blues
17. BARON LEE & THE BLUE RHYTHM BAND - Refer Man
18. DICK JUSTICE - Cocaine
19. ASA MARTIN - Jake walk papa
20. LOUIS ARMSTRONG - Kickin' the gong around
21. ROSETTA HOWARD & HARLEM HAMFATS - The Candy Man
22. RAY NOBLE & THE NEW MAYFAIR ORCHESTRA - Repeal the blues
23. BENE KRUPA & HIS ORCHESTRA - Feeling high and happy
24. BIG BILL BROONZY & JEAN BRADY - Knockin' myself out
25. HERBERT PAYNE - Smoke Clouds



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Till

mardi 15 octobre 2013

Das Kapital - Ballads And Barricades - The Music Of Hanns Eisler [2009]



 A gauche Charlottenburg. Le quartier est plongé dans l'obscurité, on ne devine même pas le Schlosspark au loin. Tout le contraire d'ici. La voiture roule lentement sur le Ku'damm. Ici c'est la lumière crue, obscène. Les néons dégoulinent le long des façades et crachent leurs couleurs. Obscène.

Sur le siège passager Gunter dit Je connais un club rock sympa dans Prenzlauerberg, ça vous dit pas ? Pas de réponse. Gunter dit Alors ? Hans monte le son. La radio dit Saxophone strident, rythmique syncopée. Gunter se tait.

La voiture roule lentement sur le Ku'damm. En arrivant devant la Gedächtniskirche, Hans tourne à droite et passe devant Kadewe. Le temple de la consommation dégouline de néons criards et obscènes. Gunter se tait. Hans monte le son. La radio dit guitare et clochettes tintinabulantes. La radio dit saxophone qui quitte la ligne mélodique. A gauche, Hans remonte vers Tiergarten. Tiergartenstraße, le parc übernachtung. Visite de nuit.

Gunter dit C'est quoi cette musique ? Pas de réponse. Gunter dit Scheiße, c'est quoi ce truc ? Hans monte le son. La radio dit guitare mélodique et saxo fou. La radio dit free jazz sur mélodie classique. Gunter se tait. Gunter regarde la ville défiler par la vitre. Hans conduit en mode touriste. De la Potzdammer Platz il remonte vers la porte de Brandebourg et tourne à droite sur Unter Den Linden. Les tilleuils de nuit c'est l'arnaque, on voit rien.

Gunter regarde les façades bourgeoises défiler par la vitre. Il regarde les trottoirs vides. Gunter dit Qu'est-ce qu'on fout là ? Tu nous fais la visite touristique ? Mû par une idée soudaine, Hans tourne à droite et s'engage dans FriedrichStraße. Direction Kreuzberg. Gunter regarde par la vitre le quartier un peu plus vivant, un peu moins bourgeois. La radio continue sur le mode guitare-batterie-saxo. La radio dit une couche mélodique, une couche libre.

De rue en rue, carrefour après carrefour, Hans remonte au nord, rejoint le bout d'Unter Den Linden, traverse la Spree. L'île des Musées est plongée dans l'obscurité, la masse fantomatique de l'ancien siège du gouvernement de la RDA continue à exposer ses ruines, témoignage pitoyable d'un ancien temps. Karl Liebknecht Straße. Ca commence à s'animer. Sur le siège passager Gunter se détend. La radio dit Hanns Eisler. Gunter se tourne vers Hans. Gunter dit Tu connais ce type ? Hans sourit. Les candélabres régulièrement espacés de Karl Liebknecht Straße font clignoter le sourire de Hans dans la voiture. En rythme avec la batterie.

Gunter frissonne et se tourne vers la vitre. Il regarde s'approcher la tour de la télévision. Il regarde apparaitre Alexander Platz et la masse de la gare, le métro aérien. Il a entendu parler de Fassbinder, pas de Eisler. Hans monte le son. Sur le siège arrière Karl sort de sa torpeur. Karl raconte à Gunter. Karl lui parle de Eisler, de Brecht. Il lui raconte le musicien, il lui raconte l'exil en 1933. Hans tourne à droite et s'engage sur Karl Marx Allee. Ligne droite. Longue, longue, longue. Karl raconte à Gunter la commisson McCarthy, il raconte le retour à Berlin, il raconte Auferstanden aus Ruinen, il raconte Nuit et Brouillard.

La voiture croise la rue de la Commune de Paris. Elle descend Karl Marx Allee et s'enfonce lentement dans Lichtenberg. Elle s'enfonce lentement dans la nuit. Hans monte le son. La radio dit un saxophone qui s'envole librement dans la nuit.

01. An Den Deutschen Mond
02. Ohne Kapitalisten Geht Es Besser
03. Vom Sprengen Des Gartens
04. Die Moorsoldaten
05. Auf Der Flucht
06. An Den Kleinen Radioapparat
07. Lied Von Der Moldau
08. Das Wunderland
09. Hotelzimmer 1942
10. Landschaft Des Exil
11. Elegie 1939
12. Solidaritätslied
13. Mutter Beimlein
14. Einheitsfrontslied
15. Marie Weine Nicht

Line-up :
Daniel Erdmann : Saxo tenor et soprano
Hasse Poulsen   : Guitare
Edward Perraud : Batterie, Percussions

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Till

vendredi 14 juin 2013

Grand Jeu N°6 - Thème 3 - Art Ensemble Of Chicago - The Third Decade [1984]


GRAND JEU DES BLOGUEURS MANGEURS DE DISQUES - 6EME EDITION

THEME N°3 /  PICTURAL
Voilà un thème dédié aux nombreux artistes qui squattent ce blog, l'épreuve de la pochette dédiée à la peinture ou au dessin.

André s'assoie dans le fauteuil club. Devant lui Amadeo soulève les couvertures et dévoile ses dernières toiles. André jubile. André le dit depuis longtemps, André le répète, André le martèle : l'art arficain est primordial et doit être une source d'inspiration pour les artistes modernes. André jubile parce que les visages démesurément allongés, les traits grossièrement esquissés des portraits d'Amadeo sont évidemment inspirés de l'art africain. Il en a déjà parlé à Pablo, à Henri, à Georges et il sent des influences subtiles dans leur travail. C'est encore plus net chez Amadeo. Art africain, art nègre, art primitif. André ne le sait pas mais dans quelques décennies la société politiquement correcte rebaptisera cela Art Premier. C'est sans importance. De toute façon André ne le sait pas. André collectionne masques, statuettes et colifichets.

Installé dans un fauteuil d'un petit club new-yorkais, André écoute l'orchestre de jazz. Décidément cette nouvelle musique née en Amérique lui plait. Et le conforte dans ses opinions puisqu'elle aussi a des origines africaines. André ne le sait pas encore mais cette musique de musiciens noirs est appelée à un grand avenir. Il ne le sait pas mais il le devine. Il ne sait pas non plus que des musiciens blancs l'adopteront. Mieux encore, des musiciens blancs joueront dans les mêmes orchestres que des musiciens noirs. Pour l'instant cette idée est tout bonnement surréaliste. Et André ne le sait pas.

Un peu rigide dans son fauteuil d'attaché culturel, André écoute un disque de jazz. André apprécie, en amateur éclairé et en théoricien avisé, l'évolution qu'a subi cette musique depuis ses débuts. En bourgeois très cultivé André a une connaissance approfondie des musiciens et des courants musicaux qui la composent. Il pourrait sans peine discourir sur Louis, le Duc, le Comte, Lester ou Charlie, raconter le dixieland, le swing, le bebop. Il serait même capable de théoriser sur les futures évolutions du jazz. C'est que rien ne lui fait peur à André.

Dans un fauteuil de sa maison de Saint-Cirq-Lapopie, où il coule péniblement ses vieux jours, André écoute le son diffusé par un microsillon apporté récemment par un de ses visiteurs. Il n'en finit plus de se demander comment ces musiciens en sont arrivés à briser le carcan des codes, des grilles, des mélodies. On lui parle de John, d'Ornette et lui se remémore le travail de ses amis Pablo, Roberto, Henri, et leur façon de se libérer des contraintes.

Faible dans son fauteuil de l'hôpital Lariboisière, André n'entendra jamais parler de Lester Bowie. Il n'entendra jamais parler de l'Art Ensemble Of Chicago et n'entendra jamais leur musique mêlant jazz et sonorités africaines. Il ne verra jamais les musiciens de l'Art Ensemble Of Chicago vêtus de costumes traditionnels africains, ni leurs visages couverts de peintures rituelles. André ne verra jamais les pochettes de leurs disques qui sont autant de peintures en hommage aux traditions africaines, au même titre que celles de Fela dont André n'entendra jamais parler non plus. Mais je suis persuadé qu'André aurait aimé les écouter parce que, décidément, Black is beautiful.

The Third Decade :

01. Prayer for Jimbo Kwesi (Jarman)
02. Funky Aeco (Art Ensemble of Chicago)
03. Walking in the Moonlight (Mitchell)
04. The Bell Piece (Mitchell)
05. Zero (Bowie)
06. Third Decade (Art Ensemble of Chicago)


Personnel :

Lester Bowie: trumpet, fluegelhorn
Malachi Favors Maghostut: bass, percussion instruments
Joseph Jarman: saxophones, clarinets, percussion instruments, synthesizer
Roscoe Mitchell: saxophones, clarinets, flute, percussion instruments
Don Moye: drums, percussion

Enregistré en juin 1984 à Ludwigsburg


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Till

samedi 8 juin 2013

John Zorn - The Big Gundown [1985/2000], Spy vs Spy [1989]

https://www106.zippyshare.com/v/L8swCjqk/file.html


Si l'initiative d'origine de cet hommage à Ennio Morricone ne vint pas de John Zorn mais de son producteur de l'époque, Yale Evelev, c'est que ledit Zorn, trop fan de l'œuvre du compositeur italien et ne voyant donc pas l'intérêt de revisiter la perfection, renâcla à s'attaquer à pareil Himalaya culturel.

De fait, on sent l'immense respect que voue Zorn à Morricone dans des reconstructions fidèles à l'esprit comme à la mélodie quoique formellement déviantes. D'ailleurs, sans doute trop occupé à donner une deuxième vie aux compositions spécialement choisies pour l'occasion, Zorn ne joue que marginalement sur l'album d'origine laissant même Tim Berne assumer le saxophone hurlant de Peur Sur La Ville. Au lieu de ça, directeur et "maquilleur" du projet, il use de la voix, d'appeaux, du piano ou de scie musicale (!) et, bien sûr !, du cerveau hyper-créatif dont Mère Nature l'a doté.

Le résultat, dans son acceptation originelle, contient dix titres dont une composition originale (Tre Nel 5000, largement inspirée de la star de l'album si pièce indéniablement la plus difficile du lot) et six de plus dans sa réédition Tzadik de 2000 célébrant le 15ème anniversaire du premier accessit "grand public" du compositeur/performer d'avant-garde. Parce qu'il faut bien l'avouer, avant c'est ce Big Gundown généralement très bien reçu au delà d'une petite sphére "à la pointe de la tendance", John Zorn n'était qu'une vague figure d'une scène certes palpitante et passionnante mais n'ayant que peu, voire pas, de retentissement en dehors d'un petit cercle d'initiés. Pas que la démarche apparaisse opportuniste, Zorn s'y applique tel le bon zélote morriconien qu'il est. Il pousse simplement dans leurs retranchements, les "avant-gardisant" ou "cartoonisant" (etc.) juste ce qu'il faut pour les ré-épicer, des compositions qui, c'est évident à l'écoute d'un Peur sur la Ville d'anthologie par exemple, ne demandaient que ça.

Respectueux mais pas timide, The Big Gundown est la totale réussite régulièrement louée depuis. Et encore un peu plus dans la réédition Tzadik avec ses exquis suppléments.  C'est aussi une bonne occasion, pour ceux qui en sauraient encore, de louer l'admirable carrière d'un "faiseur" au talent mélodique incomparable et à l'œuvre si vaste qu'elle mérite bien qu'on s'y repenche... Souvent !

Viva Morricone ! Viva Zorn !

1. The Big Gundown 7:25
2. Peur Sur La Ville 4:16
3. Poverty (Once Upon A Time In America) 3:49
4. Milano Odea 3:02
5. Erotico (The Burglars) 4:26
6. The Battle Of Algiers 3:50
7. Giu La Testa (Duck You Sucker !) 6:06
8. Metamorfosi (La Classe Operaia Va In Paradiso) 4:37
9. Tre Nel 5000 (composée par John Zorn) 4:37
10. Once Upon A Time In The West 8:33
Bonus
11. The Sicilian Clan 3:20
12. Macchie Solari 3:29
13. The Ballad Of Hank McCain 5:27
14. Suegliatti E Uccidi 3:03
15. Chi Mai 3:06
16. The Ballad Of Hank McCain (Instrumental) 5:25


Orvin Aquart – harmonica
Cyro Baptista – cuica
Joey Baron - batterie
Tim Berne – alto saxophone
Laura Biscotto – voix italienne sexy
Vicki Bodner – hautbois, cor anglais
Polly Bradfield – violon
Anthony Coleman – piano, clavecin, orgue, voix
Trevor Dunn - basse
Carol Emanuel – harpe
Reinaldo Fernandes – tambour brésilien
Anton Fier – batterie
Duduca Fonseca – caisse claire
Bill Frisell – guitare electrique
Fred Frith – guitare electrique, basse
Diamanda Galás – voix
Melvin Gibbs – basse electrique
Jody Harris – guitare electrique
Shelley Hirsch – voix
Wayne Horvitz – piano, celesta, claviers électroniques
Bob James – bandes
Guy Klucevsek – accordéon
Arto Lindsay – guitare electrique, voix
Christian Marclay – platines
Mark Miller – batterie, timbales
Big John Patton – orgue
Mike Patton - voix
Bobby Previte – batterie, percussion, timbales, voix
Robert Quine – guitare electrique
Vernon Reid – guitare electrique
Ned Rothenberg – shakuhachi, ocarina, guimbarde
Michihiro Sato – tsugaru shamisen
Luli Shioi – voix
Claudio Silva – pandeiro (tambourin)
Jorge Silva – surdo (tambour basse)
Jim Staley – trombone, trombone basse
Toots Thielemans – sifflement, harmonica
David Weinstein – mirage, ordinateur
John Zorn – saxophone alto, scie musicale, voix, clavecin, appeaux, piano




Ornette Coleman by John Zorn... Il y a comme une évidence à rapprocher le compositeur, instrumentiste et cofondateur d'une démarche libre et prospective dans le jazz avec un de ses héritiers putatifs les plus actifs.

Du coup, on attend beaucoup de ce Spy vs Spy d'autant que la quatuor de furieux new yorkais qui accompagne Zorn (avec un co-altiste en la personne de l'excellent Tim Berne et deux batteurs !) a de la gueule et que le vaste répertoir d'Ornette se prête, dans l'absolu, idéalement aux débordements free dont il est coutumier... On en attend beaucoup et, à la condition obligatoire d'aimer se faire chahuter par un jazz chaotique et souvent dissonant, on y est largement comblé.

Evidemment, en 17 titres et 41 minutes, c'est quasiment la version "grindcore" du free jazz qu'on se prend en pleine face. Ca pilonne, ça bastonne (deux batteurs !), ça hurle "saxophoniquement"(2 altistes enragés)...Ca ne plaisante jamais ! Evidemment, ce genre d'extrême jazz ne plaira pas à tous et même pas à grand monde... Ce n'est pas grave, ce n'était de tout façon pas fait pour ça. Parce que, le but, la substantifique moelle de Spy Vs Spy est de faire vivre la musique d'Ornette, de lui faire vivre autre chose même, pas si éloigné des originaux, juste violenté avec amour... Et respect ! Parce que, c'est évident !, la démarche n'est pas élégiaque ou compassée mais vibrante et triomphale, ode à un trublion ici "re-trublié".

Zorn ne fait pas souvent dans le tribute, il n'a pas le temps ! Alors forcément, quelque soit l'année de publication et donc le placement de l'œuvre dans on cheminement intellectuel et créatif, quand il hommage, on se doit de prêter l'oreille quitte à se la faire joyeusement, glorieusement saccager et de se la voir restituée dans un état... différent. En la circonstance, on ne voudrait pas autre chose même si, on ne va pas se mentir, on en sort un peu rincé !


1. WRU 2:38
2. Chronology 1:08
3. Word For Bird 1:14
4. Good Old Days 2:44
5. The Disguise 1:18
6. Enfant 2:37
7. Rejoicing 1:38
8. Blues Connotation 1:05
9. C. & D. 3:05
10. Chippie 1:08
11. Peace Warriors 1:20
12. Ecars 2:28
13. Feet Music 4:45
14. Broad Way Blues 3:42
15. Space Church 2:28
16. Zig Zag 2:54
17. Mob Job 4:24


John Zorn - alto saxophone
Tim Berne - alto saxophone
Mark Dresser - bass
Joey Baron - drums
Michael Vatcher - drums

jeudi 23 mai 2013

Archie Shepp - Fire Music [1965]

 
Dès le titre, Shepp nous prévient, Fire Music est un album brûlant, sans concession qu'on ne conseillera pas aux âmes sensibles qui risqueraient de s'y griller les tympans. Clairement, c'est ici de Jazz lorgnant sur le Free dont il s'agit, la touche Shepp cependant, cette touche swing’n’soul qu'on retrouve dans quasiment tous ses albums, fait la différence.

Contextuellement, Archie Shepp est alors un jeune saxophoniste de même pas 28 printemps dont s’avance, après l’album hommage à Coltrane, Four for Trane, la seconde sortie pour le légendaire label Impulse! qui est aussi sa seconde contribution au monde du jazz en tant que leader de plein droit et le moins que l’on puisse dire c’est qu’on a déjà ici affaire à un talent bien affirmé et à une vision personnelle de ce que se doit de devenir le jazz dans ces bouillonnantes et décisives années 60.

Concrètement, trois originaux et deux reprises de standards qu’on n’attendait pas aussi radicalement revus et corrigés constituent l’album auquel la présente réédition cd ajoute une version live de l’introductif Hambone enregistré au Village Gate de New York en mars 1965, soit avant même la sortie de Fire Music, avec déjà un personnel différent de celui l'ayant enregistré sur l'album.  Et quel personnel ! Et quel album ! Certes, il y demeure quelques maladresses  - rien que de très normal quand on connait les conditions d’enregistrement alors dévolues au Jazz imposés par l’impérieuse nécessité de limiter les coûts pour des travaux destinés à un public plutôt restreint – mais tellement d’excellents moments et de promesses pour l’avenir qu’il est impossible de résister à cet abrasive galette où le swing se mue en un furibard animal, où quatre cuivres et une section rythmique provoquent notre remue-méninges, où dissonances et mélodies sont intimement liées, souvent pour le meilleur comme sur un Girl from Ipanema certes reconnaissable mais voguant dans des limbes fort éloignées de ses originelles plages de Rio de Janeiro.

C’est avec ce théâtral, puissant et spirituel Fire Music que Shepp rejoint le bataillon de ceux qui poussent alors le jazz dans ses ultimes retranchements. Accompagné du Trane, de Mister Charles M. et autres Ornette C. (pour ne citer qu’eux), il s’impose comme une voix d’une musique alors en pleine mutation et continuera longtemps encore (souhaitons !) de nous réjouir des chemins de traverses qu’il emprunte avec un bonheur sans cesse renouvelé. Alors, Fire Music ? Indispensable, c’est le mot.


1. Hambone 12:29
2. Los Olvidados 8:54
3. Malcolm, Malcolm-Semper Malcolm 4:49
4. Prelude To A Kiss 4:51
5. The Girl From Ipanema 8:37
Bonus
6. Hambone (Live Version, the Village Gate, Marsh 28, 1965) 11:51


#1, 2, 4, 5
Archie Shepp - saxophone ténor
Ted Curson - trompette
Joseph Orange - trombone
Marion Brown - saxophone alto
Reggie Johnson - contrebasse
Joe Chambers - batterie
#3
Archie Shepp - saxophone ténor, voix
David Izenzon - contrebasse
J.C. Moses - batterie
#6
Archie Shepp - saxophone ténor
Marion Brown - saxophone alto
Fred Pirite - saxophone bariton
Ashley Fennell - trombone
Virgil Jones - trompette
Reggie Johnson - contrebasse
Roger Blank - batterie

lundi 20 mai 2013

Ceramic Dog - Your Turn [2013]

https://www33.zippyshare.com/v/BeTvRHb1/file.html

C'est Marc Ribot qui le dit, Ceramic Dog est son premier groupe de rock depuis le lycée. Diantre ! Forcément, avec Marc Ribot, qu'on situera comme excellent musicien de studio chez Bashung ou Tom Waits, pour ne citer qu'eux, ou comme crépitant guitariste surf & rock chez John Zorn ou encore comme artiste solo multiple capable de la plus grande ascèse comme du plus monumental bordel punk jazz, un groupe de rock ne peut pas être qu'une simplette entreprise à enchainer du couplet sur du refrain avec quelques bons riffs et un petit solo de temps en temps... Trop facile !

De fait, dans la lignée d'un premier album déjà très réussi (Party Intellectuals), Your Turn est, une fois de plus, une relecture inspirée et libre de l'idiome rock (au sens large) par un musicien qui s'amuse visiblement beaucoup avec ses deux excellents compagnons, le bassiste Shahzad Ismaily (Laurie Anderson, Will Oldham, Jolie Holland, Secret Chiefs 3) et le batteur Ches Smith (Xiu Xiu, Secret Chiefs 3, Trevor Dunn's Trio Convulsant). Relecture libre mais relativement plus traditionnelle, pour ne pas dire traditionaliste, qu'elle ne l'avait été dans l'opus originel qui, plus expérimental que ne l'est Your Turn n'en était, en toute logique, que plus difficile à appréhender. Illustrant cette nouvelle abordabilité, on y trouve ce qu'on pourrait assimiler à du Satriani "garage" sur l'instrumental Your Turn, simple tournerie où Ribot laisse libre court à sa transe guitaristique, un swinging blues fun et désarmant (The Kid Is Back), ou à une fusion rap'n'rock'n'fun à classer entre Fishbone et les Beastie Boys (We Are the Professionals), mais aussi à de jolies folies comme l'arabisant et rigolard Masters of the Internet, les uns aussi irrésistibles que les autres, ceci dit en passant parce que, fondamentalement, tout ceci n'est pas sérieux même si c'est fait sérieusement... du Rock, quoi ! Une musique où Gene Vincent voisine Devo, où les Ramones ont autant voie au chapitre que Faust, où Link Wray (qui n'est jamais bien loin) en remontre à Led Zeppelin !

Dire, cependant, que toutes traces de l'appartenance jazzistique et expérimentale de Ribot ont disparues serait une exagération. Quand sur Ritual Slaughter, il trippe dans des soli free évoquant autant John Cipollina qu'Ornette Coleman ou quand, sur The Prayer, d'intimiste à explosif, il met à l'amende toute une génération de shredders ET de droners qui s'en trouvent, pour le coup, sur le cul, ou quand, encore, il reprend, dissonances et virtuosité combinées, le Take 5 de Paul Desmond, il rappelle clairement d'où il vient, le bagage qu'il transporte, ses credentials... Mais sans intellectualiste aucun, jamais !, parce qu'il y a chez Ceramic Dog et son patron, chevillée au corps, une volonté de se faire plaisir en "lâchant les chevaux" (dans l'inspiration parce que l'album réserve quelques belles plages de repos pas très éloignées de son poteau Waits, bizarrerie incluse) qui fait un bien fou à entendre et prouve qu'on n'est pas blasé à presque 60 ans après plus de 25 ans de carrière... et quelle carrière !

Party Intellectuals avait été, en son temps, une excellente surprise qui, sans totalement nous chavirer, donnait des envies d'encore, laissait un gout de trop peu tant il semblait que la formation avait encore moult pistes à explorer. On n'était alors pas sûr que lendemain il y aurait ni qu'il serait du niveau d'un Your Turn où tout le potentiel entrevu se voit démultiplié, comme le plaisir de l'auditeur ! Ca n'en fait que plus espérer que Ceramic Dog fassent encore des petits parce que, mine de rien, on tient peut-être déjà l'album rock de l'année... tout simplement !


1. Lies My Body Told Me 5:30
2. Your Turn 3:59
3. Masters of the Internet 4:04
4. Ritual Slaughter 4:04
5. Avanti Popolo 0:57
6. Ain’t Gonna Let Them Turn Us Round 3:54
7. Bread and Roses 5:17
8. Prayer 5:39
9. Mr. Pants Goes to Hollywood 4:31
10. The Kid is Back! 3:06
11. Take 5 5:25
12. We are the Professionals 3:53
13. Special Snowflake 1:39


Ceramic Dog
- Marc Ribot: guitars, vocals, eb horn (3, 5, 11, 12), banjo (3),
trumpet (3, 12), melodica (5), bass (5)
- Ches Smith: drums, percussion, electronic, vocals, keys (13)
- Shahzad Ismally: bass, vocals, moog (5), keys (3, 13),
additional guitar (1), samples (3)
&
- Eszter Balint: vocals (1, 6, 10), melodica (9), organ (10), violin (13)
- Keetus Ciancia: samples (3, 7, 8, 12)
- Dan Willis: Oboe, zurna (3)
- Arto Lindsay: additional guitar (10)

samedi 11 mai 2013

John Zorn/Pat Metheny - Tap: Book of Angels Volume 20 [2013]

 
Ca faisait des mois qu'on l'attendait, depuis que la rumeur que Pat Metheny interviendrait dans la série des Book of Angels (pour l'ultime volume disait-elle, vilaine !). Voila, c'est fait, elle est là la rencontre au sommet d'un guitariste ô combien révéré et d'un compositeur toujours avide de nouvelles expériences, d'entendre sa musique triturée, réinterprétée par d'autres mains, d'autres cerveaux.

En l'occurrence, il n'y a pas pléthore, que ce soit pour la tracklist ou le line-up (6 et 2) mais les émotions sont bien au rendez-vous et la rencontre de deux univers à priori pas exactement compatibles porte magnifiquement ses fruits. Pas qu'on n'en attendait quoique ce soit d'autre, notez, quand deux géants se croisent, ça fait forcément quelques étincelles... Et si peu de musiciens interviennent ici, c'est tout bonnement parce que Metheny bouffe toute la place faisant montre, comme il l'a souvent fait sur ses récentes livraisons, de ses qualités de producteur/arrangeur/multi-instrumentiste. De fait, il n'a recours qu'au seul Antonio Sanchez, frappeur de peau de service, pour s'inviter sur les plates bandes d'un Zorn ô combien consentant.

Musicalement, la surprise est, finalement, de ne jamais en rencontrer vraiment. Je m'explique... Si, en effet, le traitement que se voient infligées les compositions de John Zorn est unique (tout en étant multiple, j'y viens), il est totalement dans les valeurs et inclinaisons stylistiques de Metheny qui s'est, en la circonstance, totalement réapproprié les notes de son compositeur. En introduction, ça donne un Mastema au "klezmerisme" discret occulté qu'il est par la folie fusion à bruitages électroniques que commet Metheny... Et ça fonctionne du feu de Dieu (ou des Anges, c'est bienvenu pour la série !).  Suit Albim qui, plus respectueux des cannons du compositeur Zorn, est une charmante ballade nous emmenant presque jusqu'à Buenos Aires avec sa guitare acoustique, son discret bandonéon, son doux chaloupement et sa fin dramatique, parfait, et parfaitement maîtrisé, ça va sans dire ! Tharsis, piste 3, plus électrique et rapide n'est pas bien différent, comme si les deux thèmes qui le précédent se retrouvaient... Si l'empreinte Zorn y est impossible à rater, ça ne signifie pas que Metheny se soit laisser aller à la facilité, pièce à la fois rythmée et ambiante, elle bénéficie de son exceptionnelle qualité de guitariste en plus de ses capacités d'arrangeur/metteur en son, devenant "autre chose" au contact d'un imaginaire riche, "autre chose" de particulièrement prenant en son magnifique crescendo.
J'arrête là le menu non sans préciser que la seconde moitié des titres propose d'au moins aussi fortes émotions, d'au moins aussi belles révélations musicales pour une satisfaction finale évidemment acquise.

Formellement, les petits plats ont été mis dans les grands et, grande première dans la série sans doute motivée par quelques obligations contractuelles, ce Tap bénéficie d'une double sortie, chez Nonesuch (label attitré de Metheny) et chez Tzadik (la maison de qui vous savez). C'est finalement, sauf pour Tzadik peut-être, une bonne nouvelle qui, espérons-le, permettra à un compositeur toujours trop méconnu de récolter quelques suiveurs fanatiques supplémentaires dans l'opération, Zorn le mérite, Metheny le lui offre... Elle est pas belle la vie ?

Reste que cette rencontre (un sommet au sommet !) donne extrêmement envie d'en entendre plus, que John Zorn fasse plus de nouvelles rencontrent qui élargiront encore le spectre d'une série et d'un monde pourtant déjà si riche parce que, si vous ne l'aviez pas compris, ce Tap, 20ème Book of Angels, c'est de l'or en barre... Tout simplement !


- John Zorn: compositions
- Pat Metheny: production, arrangements, electric & acoustic guitars, baritone guitar, sitar guitar,
tiples, bass, piano, keyboards, marimba, bells, bandoneon, percussion, electronics, flugelhorn
- Antonio Sanchez: drums


1. Mastema 7:20
2. Albim 9:07
3. Tharsis 5:54
4. Sariel 11:09
5. Phanuel 10:55
6. Hurmiz 6:12

vendredi 3 mai 2013

John Zorn - The Mysteries [2013]

 
On prend les mêmes et on recommence.
 
Hé oui, voilà de retour Bill Frisell (guitare), Carol Emanuel (harpe) et Kenny Wollesen (vibraphone et cloches) soit la même (fine) équipe à qui nous devions, il y a une année de ça, l’excellent Gnostic Preludes. Cette fois, ça s’appelle The Mysteries mais le principe, l’univers sont fondamentalement les mêmes.
 
Entre jazz de salon et musique de chambre contemporaine, le trio égrène les mélopées précieuses d’un Zorn en mode « ear-friendly ». De fait, ça « bave » rarement, c’est (re)tenu et mélodique à souhait... à mille lieues d’exactions freejazzophiles ou d’explorations avant-gardistes bruitistes.  Pas routinier, pour autant. Zorn aime à revenir en terrain connu pour creuser un filon encore riche de précieuses promesses et d'en profiter pour "pousser un peu les murs", ouvrir les fenêtres et voir/entendre ce que l'air du jour apporte.  
 
Pas routinier, donc, mais pas réellement surprenant non plus, comme de réenfiler une veste légère à la remontée du thermomètre, de se rendre compte qu'elle a (rayer les mentions inutiles) élargi, rétréci, raccourci ou qu'elle vous va encore comme un gant (ce qui, pour une veste peut s'avérer problématique)... Mais trêves de comparaison costumières ! The Mysteries, nul doute !, plaira à ceux qui aiment leur Zorn harmonieux mais un peu savant quand même, ceux-là mêmes (les bonnes gens !) qui apprécièrent les deux volumes du Book of Angels du Masada String Trio, celui de Bar Kokhba ou l'entièreté de l'œuvre des Dreamers. Du "easy" Zorn, spirituel et éthéré, rythmé ce qu'il faut où il faut, enchanteur sans tapage, digne et beau.
 
Evidemment, "easy", quand on en vient à évoquer un gentil fou tel que l'hyper productif  compositeur New Yorkais, ça n'empêche pas quelques charmantes et bienvenues sorties de routes, dérapages dans un virage en épingle... Toujours contrôlé par un compositeur/arrangeur malin bien entouré d'un trio d'instrumentistes dont l'expertise et la sensibilité n'est plus à démontrer. 
 
Si on s'adonnait au petit jeu de la comparaison et qu'on étalonnait The Mysteries à l'aulne des mérites de son glorieux prédécesseur, on dirait que, l'effet de surprise passé, le charme agit toujours mais que l'œuvre fondatrice, forcément, l'emporte.  Mais fi de mauvais esprit, un an après, la fine équipe des Gnostic Preludes a, une fois encore, merveilleusement servi son compositeur. L'essentiel est là, on ne boude pas sa joie.
 
Youpi !
 

1. Sacred Oracle 5:35
2. Hymn of the Naassenes 5:05
3. Dance of Sappho 4:05
4. The Bacchanalia 2:56
5. Consolamentum 5:48
6. Ode to the Cathars 6:55
7. Apollo 3:27
8. Yaldabaoth 3:54
9. The Nymphs 10:47

lundi 8 avril 2013

Lol Coxhill - The Rock On The Hill [2011]

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Des mouches aux pattes démesurément longues vrombissent autour de ma tête. Le bruit assourdissant des battements amplifiés de leurs ailes rend plus insupportable encore l'air irrespirable, le sature de vapeurs toxiques. Leurs pattes démesurément longues transportent des notes de musique, un Do file sous mon nez, un Ré frôle ma bouche. Je les vois parfaitement dans l'obscurité épaisse. Elles tourbillonnent, note contre note, se regroupent en accords, les escadrilles se succèdent près de mes tympans. Et toujours impossible de bouger, impossible de les chasser d'un revers de main, impossible de me débarrasser de ce bourdonnement incessant et oppressant.Je ne suis pas attaché, ni ligoté. Je ne peux pas bouger, c'est comme ça, une impossibilité physique.

La plus grande des mouches s'arrête en vol stationnaire à trente centimètres de mon visage. Elle me fixe de sa multitude d'yeux diptériques, je perçois clairement le sourire ironique qu'elle m'adresse. La plus grande des mouches a les pattes les plus démesurément longues de toutes. Elle transporte à elle seule une série d'accords, je les entends, leur son couvre en partie le brouhaha. La plus grande des mouches parle maintenant : "Tu ne peux pas bouger hein ? C'est toi, uniquement toi, depuis le début. Tu commences à suffoquer, tu le sens ? C'est pas fini, pas fini et ça va durer. Longtemps".

Sa tête noire apparait clairement dans l'obscurité, ses milliers de regards fixes me clouent au sol. J'entends son rire énorme pendant que des centaines de mouches s'engouffrent dans ma bouche fermée. Le vacarme est dans ma tête en même temps que dehors. Elles envahissent mon nez, mes oreilles. J'essaie de hurler, aucun son de sort, je ne fais qu'amplifier le bourdonnement. Respirer ? J'ai oublié comment on fait. Respirer quoi ? L'air est irrespirable, malgré moi je respire des mouches , je respire des accords de mouches assourdissants, je respire une musique qui m'étouffe. Respirer m'étouffe.

La lézarde dans le mur apparait en même temps que ce son inconnu. La lézarde devient deux, trois, dix, cent. La lézarde devient le mur, le mur n'est plus. A sa place la lumière aveuglante apaise mes yeux. Les mouches ont disparu, le bourdonnement a disparu, la plus grande des mouches aux pattes démesurément longues a disparu. Je bouge, pourquoi ne pourrais-je pas bouger ? Je me lève, je traverse le mur-lézarde-lumière. Non, le mur n'est plus, la lumière est partout. Et partout j'entends ce son. Autour de moi je découvre une faune et une flore inconnues. Pourtant je connais le nom de chaque plante et chaque animal.

Le sol est couvert à l'infini d'herbatterie plus fraiche et moelleuse qu'on ne peut le rêver. Ici et là on peut voir bondir parfois un Tac parfois un Poum qui disparait en gambadant joyeusement dans l'herbatterie. On les repère aisément au son particulier qu'ils émettent en bondissant et qui s'atténue en un écho harmonieux. Plus loin en contrebas pousse un bosquet d'arbres à quatre cordes. Une brise légère et rafraichissante les fait vibrer doucement en un son grave.

Il y a un chemin, il y a toujours un chemin. Je serpente avec lui entre les arbres à quatre cordes, un Tac me file entre les jambes, l'herbatterie s'étend partout à l'infini. J'ai oublié comment respirer, pourtant je respire. Le son est l'air, je respire l'air, je respire le son, l'air-son. L'air-son s'immisce naturellement en moi, me ramène à des souvenirs que je n'ai pas. Le chemin serpente, je serpente en direction du saxofonus sopranus dont la silhouette élancée envahit l'horizon. Les Tacs et les Poums m'accompagnent, me crocnotent, les arbres à quatre cordes vibrent et milarésolent, je serpente vers la colline.

Le saxofonus sopranus étend ses racines aériennes, ses branches octopussiennes bourgeonnotent vers le ciel, tentaculent l'air, rythment les rythmes. De ses bras sopranus des nuées de notaigües s'envolent, leurs ailes battent l'air-son d'un mouvement gracieux. Les notaigües tourbillonnent autour de moi, se mêlent aux Tacs, aux Poums, aux Milarésols puis disparaissent. D'autres notaigües les remplacent dans l'air-son, parfois un, parfois cent, répondant à un appel mystérieux.

Au somment de la colline, ivre d'air-son je titubécoute encore quelques pas d'oreilles avant de m'effondrer sur le matelas d'herbatterie moelleuse, sèche et grasse en même temps. Je continue à m'enivrer de cet air improbable. Les yeux fermés je vois l'air-son, je vois le saxofonus sopranus qui pousse toujours librement et exhibe de nouveaux bourgeons-notes. Sur la pierre à côté de moi, un visiteur facétieux a gravé trois lettres barrées : LOL.

Des papillons aux ailes démesurément longues vrombissent silencieusement autour de ma tête, avec une grâce infinie.


01. Rivers Bend
02. Anything So Natural    
03. Scratch
04. Ergo Somme
05. The World In A Grain Of Sand
06. Tarentelle For Nelly
07. Full Of Butterflies

Si vous cherchez un mot de passe, essayez donc downgrade.
Merci aux visiteurs qui laissent une trace de leur passage.

 Till