GRAND JEU DES BLOGUEURS MANGEURS DE DISQUES - 6EME EDITION
THEME N°3 / PICTURAL
Voilà un thème dédié aux nombreux artistes qui squattent ce blog, l'épreuve de la pochette dédiée à la peinture ou au dessin.
André s'assoie dans le fauteuil club. Devant lui Amadeo soulève les couvertures et dévoile ses dernières toiles. André jubile. André le dit depuis longtemps, André le répète, André le martèle : l'art arficain est primordial et doit être une source d'inspiration pour les artistes modernes. André jubile parce que les visages démesurément allongés, les traits grossièrement esquissés des portraits d'Amadeo sont évidemment inspirés de l'art africain. Il en a déjà parlé à Pablo, à Henri, à Georges et il sent des influences subtiles dans leur travail. C'est encore plus net chez Amadeo. Art africain, art nègre, art primitif. André ne le sait pas mais dans quelques décennies la société politiquement correcte rebaptisera cela Art Premier. C'est sans importance. De toute façon André ne le sait pas. André collectionne masques, statuettes et colifichets.
Installé dans un fauteuil d'un petit club new-yorkais, André écoute l'orchestre de jazz. Décidément cette nouvelle musique née en Amérique lui plait. Et le conforte dans ses opinions puisqu'elle aussi a des origines africaines. André ne le sait pas encore mais cette musique de musiciens noirs est appelée à un grand avenir. Il ne le sait pas mais il le devine. Il ne sait pas non plus que des musiciens blancs l'adopteront. Mieux encore, des musiciens blancs joueront dans les mêmes orchestres que des musiciens noirs. Pour l'instant cette idée est tout bonnement surréaliste. Et André ne le sait pas.
Un peu rigide dans son fauteuil d'attaché culturel, André écoute un disque de jazz. André apprécie, en amateur éclairé et en théoricien avisé, l'évolution qu'a subi cette musique depuis ses débuts. En bourgeois très cultivé André a une connaissance approfondie des musiciens et des courants musicaux qui la composent. Il pourrait sans peine discourir sur Louis, le Duc, le Comte, Lester ou Charlie, raconter le dixieland, le swing, le bebop. Il serait même capable de théoriser sur les futures évolutions du jazz. C'est que rien ne lui fait peur à André.
Dans un fauteuil de sa maison de Saint-Cirq-Lapopie, où il coule péniblement ses vieux jours, André écoute le son diffusé par un microsillon apporté récemment par un de ses visiteurs. Il n'en finit plus de se demander comment ces musiciens en sont arrivés à briser le carcan des codes, des grilles, des mélodies. On lui parle de John, d'Ornette et lui se remémore le travail de ses amis Pablo, Roberto, Henri, et leur façon de se libérer des contraintes.
Faible dans son fauteuil de l'hôpital Lariboisière, André n'entendra jamais parler de Lester Bowie. Il n'entendra jamais parler de l'Art Ensemble Of Chicago et n'entendra jamais leur musique mêlant jazz et sonorités africaines. Il ne verra jamais les musiciens de l'Art Ensemble Of Chicago vêtus de costumes traditionnels africains, ni leurs visages couverts de peintures rituelles. André ne verra jamais les pochettes de leurs disques qui sont autant de peintures en hommage aux traditions africaines, au même titre que celles de Fela dont André n'entendra jamais parler non plus. Mais je suis persuadé qu'André aurait aimé les écouter parce que, décidément, Black is beautiful.
The Third Decade :
01. Prayer for Jimbo Kwesi (Jarman)
02. Funky Aeco (Art Ensemble of Chicago)
03. Walking in the Moonlight (Mitchell)
04. The Bell Piece (Mitchell)
05. Zero (Bowie)
06. Third Decade (Art Ensemble of Chicago)
Personnel :
Lester Bowie: trumpet, fluegelhorn
Malachi Favors Maghostut: bass, percussion instruments
Joseph Jarman: saxophones, clarinets, percussion instruments, synthesizer
Roscoe Mitchell: saxophones, clarinets, flute, percussion instruments
Don Moye: drums, percussion
Enregistré en juin 1984 à Ludwigsburg
Si vous cherchez un mot de passe, essayez donc downgrade.
Merci aux visiteurs qui laissent une trace de leur passage.
Till
Ouah. Là difficile d'écrire, l'intense émotion déclenchée par ton texte avait envie de me conduire au silence, et puis après tout pas envie d'écrire, pas besoin, ton texte suffit. MERCI !!!
RépondreSupprimerOuaih tout à fait d'accord.. décidemment j'adore tes billets :D
RépondreSupprimerCool la pochette
Ouais j'aime beaucoup cette pochette, pourtant pas du tout dans mon style. Mais elle a une folie qui colle bien au disque.
SupprimerMagnifique écrit pour cet album.
RépondreSupprimerMes convictions musicales vont dans ce sens - l'art ensemble figure parmi ces groupes/collectifs d'avant garde enracinés en l'Afrique que j'affectionne, pour ne pas dire adore.
Chacun de leur album est un moment de grâce, ni plus, ni moins.
Je les ai adoré en concert.
Bien bel hommage à André également, ce jazz maniac qui a tant ouvert la voie à ces artistes, positionnant cet art au degré de culture.
Mil bravos pour tout, texte, choix, musique etc...
Ah tu les as vu en concert ? Ça devait être un sacré moment.
SupprimerLe rapport d'André à la musique n'a pas été si idyllique que ça me semble-t-il, il lui a fallu du temps avant de lui accorder le statut d'art à part entière.
Oui, un sacré moment. de ceux qu'on oublie pas, on aurait dit une tribu urbaine invoquant le vaudou.
SupprimerC'était impressionnant...
« La plus grande faiblesse de la pensée contemporaine me paraît résider dans la surestimation extravagante du connu par rapport à ce qui reste à connaître » - André Breton.
SupprimerOn n'est pas encore au free...
Il faudra avancer encore.
Avec l'Art Ensemble, les codes musicaux sont dialectes.
La source communie avec le modernisme et s'est adaptée à l'urbain tout en ayant gardé ses fondamentaux.
C'est véritablement inhabituel.
Merci et encore bravo pour cet excellentissime choix (et billet/article).
J'ai toujours eu une petite préférence pour les petites formations et je n'ai jamais creusé de ce côté là... à tort ici... vu qu'il ne sont pas si nombreux... On a l'impression qu'ils sont quinze mais non...
RépondreSupprimerNon non ils ne sont que cinq et c'est bien suffisant. Mais de temps en temps les big bands ça a du bon aussi.
SupprimerOoops... texte superbe et je me rue là-dessus dès ce soir ! Et je ne savais pas qu'André (auquel je ne peux jamais m'empêcher de penser en admirant la tour Saint Jacques, mon monument préféré de Paris, sortie d'un temps si lointain et si seule désormais) aimât le jazz !
RépondreSupprimerOui tiens, c'est vrai qu'il avait cette adoration pour la tour St Jacques. Concernant le jazz il me semble avoir lu que la démarche intellectuelle a été longue mais qu'il a fini par admettre l'automatisme psychique du jazz. Mais je ne suis pas assez connaisseur du surréalisme pour m'étendre sur le sujet, le texte est surtout une fantaisie de l'imagination.
SupprimerPour le disque, je prends, à ajouter avec Urban et Sophie entre autres.
RépondreSupprimerPour le texte, je constate que tes chroniques se tiennent toutes seules.
Elles sont belles.
Merci beaucoup. Mais pour les chroniques il faut des sources d'inspiration et la musique en est une belle quand elle fait rêver et voyager. Tout le mérite lui en revient.
SupprimerBah, je connais pas. Mais la pochette, c'est brutal comme art, vif! Nickel!
RépondreSupprimerArt brutal ou Art Brut ? Et la musique, tu as essayé ?
SupprimerNon pas encore, vraiment pas eu le temps...
SupprimerAh! Magnifique texte Till. L'art primitif et tellurique. Juste. Comme je n'avais pas je prend avec plaisir. You rock!
RépondreSupprimerMerci je suis touché. Je n'ai pas encore eu le temps d'aller voir dans ta chambre rouge ce que tu as proposé, mais j'arrive bientôt.
SupprimerMerci pour ce disque, sa pochette et ta belle présentation
RépondreSupprimerEt merci à toi pour ton commentaire. J'espère que le contenu du disque te plaira.
SupprimerFracas : il est peut-être temps, mais c'est pas obligé non plus, on peut vivre sans. Ici c'est pas complètement jazz, la musique africaine est présente aussi, on pense parfois à Fela.
RépondreSupprimerSorgual : bin quoi, je ne pensais pas te laisser sans mots. Tu aimes, tu n'aimes pas l'AEoC ? Y a plein de trucs à dire.
Mon Jimmy le Grand Jeu c'est comme l'école des fans, ils ont tous gagné !
RépondreSupprimerMais il me semblait que celui-ci te plairait.
Hello.
RépondreSupprimerJe crois bien que Jimmy nous avait posté un "AEOC pour aller danser" sur un thème précédent et ma foi ça m'avait bien plu.
J'ai un pote considéré comme une sommité mondiale sur l'Art Lobi (plutôt des statues et très primitives) Burkina-Faso/Côte d'Ivoire. Je sais ça n'a rien à voir mais tu viens de m'y faire penser...
L'un dans l'autre, et avec le piment de ton texte tellement vivant, superbe post !
EWG
AEOC pour aller danser, pourquoi pas. Le deuxième morceau de celui-ci, comme son titre l'indique a une basse très funky. L'ensemble a des colorations qui l'éloigne du jazz pur et dur (expression qui n'a absolument aucun sens, j'en ai peur).
SupprimerChez les Lobi je connais surtout Chantal (tiens voilà que je fais du Everett moi). En fait j'aime beaucoup l'art africain en général, mais je suis loin d'être un spécialiste, très loin.
Rho t'es gonflé, pour une fois que j'étais sérieux !
Supprimer(Ou plutôt que je voulais frimer un peu…)
Bah, surle prochain thème tu pourras être sérieux...ou pas.
SupprimerNah, bad news from an old (and young) friend j'l'ai pas trop senti j'ai un peu botté en touche ...
SupprimerOk, là tu me cueilles, sur le texte comme sur le choix.
RépondreSupprimerEn plus je ne connais pas cet album... Il faudra donc que je revienne mais je ne pouvais pas ne pas souligner la qualité de ta prestation ! ^_^
Ok reviens vite, l'AEOC t'attends.
SupprimerOui j'aime cet ensemble. Oui j'aime ce disque. Mais purée ton texte m'a renversé d'émotion .. et dans cet instant là ; les mots sont difficiles à trouver. Beau momen pour moi, encore un, putain oh le thème suivant ... je suis un maso de l'émotion ?
RépondreSupprimerAh oui le thème...encore un vecteur d'émotions fortes.
SupprimerHello Till,
RépondreSupprimerj'ai essayé d'écouter ce matin mais trop occupée avant de partir, et ce soir c'est ma 2e : magnifique ! (+ un effet "je l'ai déjà aimé avant mais où-où-où??") Pourquoi, mais pourquoi je les avais pas essayés plus tôt ?? Alors qu'ils étaient déjà intrigants à souhait avec B. Fontaine ... comme un teasing.
La dimension africaine est déterminante et irremplaçable, et ton billet aussi!
Grand merci pour ce choix de luxe! Voilà un mp3 qui mériterait une pochette de 30x30, bien costaud et belles couleurs, un mp3 physique, d'Afrique, qu'on pourrait toucher, palper, tenir et garder longtemps.
L'intro de Zero m'embarque pour la 2e fois, ya pas à résister... je m'envole
Bravo, Till, re-coup de maître :-))
Hey Damned :-)
SupprimerC'est presque toujours le cas, c'est encore plus flagrant quand la pochette est belle, le support vinyle manque cruellement. Une grande pochette de 30 cm c'est un vrai bonheur dans les mains. A l'époque des vinyles j'écoutais presque toujours les disques avec la pochette et les paroles entre les mains. J'ai perdu cette habitude pour plein de raisons : support CD moins approprié, moins de temps à consacrer aux paroles, beaucoup plus de choses à écouter avec les mp3, textes écrits plus petits, la vue qui baisse...:-))
Zero, oui. J'adore aussi Prayer for Jimbo Kwesi, complètement hypnotique. Le Jeu a été une bonne occasion de réécouter plusieurs fois le disque.