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vendredi 3 janvier 2014
[SINGLéS] - Dee Dee Ramone - I Am Seeing U.F.O's [1997]
Une enquête de Glen S. Baster
30 décembre, 19h.
Quand le type est entré j'ai tout de suite flairé la méprise. Erreur de casting. J'ai l'habitude. Sur cinq pékins qui franchissent le seuil de ma porte, quatre se sont trompés d'adresse. De peu faut dire, l'expert-comptable est au 2 bis. On n'a pas idée. Expert-comptable au fond d'une impasse que le soleil a oublié, faut pas avoir besoin de pécher le client. D'ailleurs quatre sur cinq sonnent chez lui après avoir avoir ouvert ma porte. Finalement c'est moi l'erreur de casting, j'aurais dû faire expert-comptable plutôt que détective privé.
Quand j'ai accroché la plaque, je me voyais en plein roman noir. Un verre de whisky, un flingue, des femmes fatales qui tournent autour. Romantisme débile. Cliché à deux balles. Privé, du grand comique. Un boulot à la con ouais. Chiens perdus, adultères, fugues. Le grand frisson. La seule femme fatale c'était sur un disque du Velvet. Jamais eu besoin d'un flingue, jamais eu de flingue. Reste le whisky. Du single malt quand je signe un contrat juteux. Un blend minable du 1er janvier au 31 décembre.
Quand le type est entré, j'ai tout de suite flairé la méprise. Note perso : "Ne plus me fier à mon flair, il est bidon". En bon aiguilleur du ciel je l'ai réorienté sur le 2 bis. "Si vous venez pour faire le bilan de l'année, vous vous êtes trompé de maison. Les bilans c'est la porte à côté". Mais non. Un 30 décembre pluvieux et froid, au fond de mon impasse sombre, ce type venait pour moi. Ce type ne ressemblait à rien. Ce type me ressemblait. "J'ai eu du mal à vous trouver". Normal, le détective c'est moi. Quand même, j'avais soigné l'ambiance. Impasse, pluie, obscurité. La plaque bon marché au-dessus de la vitre sale. Pendant une fraction de seconde j'ai vu Jack Nicholson. Pendant une fraction de seconde j'ai entendu Tom Waits.
Maintenant qu'il m'avait trouvé, mon apprenti-client était bien disposé à me raconter le but de sa visite. Moi j'étais bien disposé à palper un peu d'oseille. Mon cerveau a formé l'image d'une étiquette de single malt écossais. Elle a percuté un panneau "31 décembre". Mes glandes salivaires se sont mises à travailler trèèèèèès vite. J'ai sorti mon mauvais blend hooooors d'âge et servi deux verres. De but en blanc le type a expliqué qu'il était à la recherche d'un disque, un truc rare. Mes oreilles se sont ouvertes en position XXL et mes yeux ont affiché $. Clignotant doré sur fond rouge. Comme une pochette de Nick Cave.
31 décembre, 11h.
Je relisais mes notes au rythme du marteau-piqueur qui scandait les travaux au fond de mon crâne. Difficile de dire ce qui était le pire, la pauvreté de ces fameuses notes ou l'intensité de ma gueule de bois. Pour trouver un disque c'est relativement simple normalement. Mais il faut un minimum d'indices, tout le monde sait ça. Un interprète, un titre, une pochette. De quoi lancer les recherches, faire parler les indics, fouiller dans les fichiers des flics. Il faut des indices, tout le monde sait ça. Pas mon client. Tout en sirotant mon tord-boyaux Mr. X m'avouait ne presque rien savoir de ce disque. Une histoire d'OVNI and that's it. Au quatrième verre il s'est rappelé un jean et des lunettes noires. Quel progrès.
Le quatrième verre c'est celui de la gueule de bois du lendemain. Migraine. Marteau-piqueur. Relis 20 fois les maigres notes. Téléphone. Recherche internet. Migraine. Tournée des indics. Wik, Diseur, Shark, ce ptit salaud de Napster. Marteau-piqueur. Bam bam bam bam bam. Virée dans tous les rades de la ville qui proposent un juke-box. Migraine. Consultation des catalogues des maisons de disques. Migraine. Piratage des bases de données. Sacem, MPAA, DMCA, CIA, FBI, FSB. Migraine. Résultat : des toooooooonnes d'informations. Des milliiiiiiiiiiers de chansons à propos d'OVNI, des wagooooooooooons de musiciens en jean et lunettes noires. Résultat : une migraine king-size. Dernier recours : soigner ma gueule de bois. Traiter le mal par le mal. Mauvais blend et musique. S'enfermer au milieu des milliers de disques en cherchant l'illumination. Ecouter, fouiller, retourner, regarder, comparer, écarter, farfouiller, vérifier, revérifier, encore et encore, quitte à y passer la nuit. Jusqu'à l'éclaircie, la lumière, la révélation. L'Illumination au milieu des vinyles et des vapeurs de malt.
1er janvier, 15h.
Impossible de bouger de ce foutu parquet. Les clous traversent mon crâne et me maintiennent au sol. Le roulis me fout la gerbe, la bouteille vide se fout de ma gueule et me chante One bourbon, one scotch, one beer. En boucle.
2 janvier, 9h.
"Monsieur X ? J'ai retrouvé votre disque. Pas facile, mais je l'ai trouvé." Sésame. Dans l'heure qui suivit j'ai vu arriver un chèque accompagné d'un paquet. Lagavulin, 16 ans, Monsieur X sait vivre. Je ne suis pas amateur de bilans, je préfère voir ce que cette nouvelle année propose. Je me sers le premier verre, je monte le son. I am seeing U.F.O's. Elle commence plutôt bien cette nouvelle année. I got a bad horoscope, mais je m'en fous, elle commence plutôt bien.
A. I Am Seeing U.F.O's [Feat. Joey Ramone]
B. Bad Horoscope [Feat. Lux Interior]
Line-up :
Dee Dee Ramone: Guitar
Barbara Ramone: Bass
Daniel Rey: Guitar
Marky Ramone: Drums
Joey Ramone: Lead Vocals (1)
Lux Interior: Lead Vocals (2)
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Till
dimanche 13 octobre 2013
[SINGLéS] Dr Feelgood - Roxette / Keep It Out Of Sight (Live) [1976]
Désespérément vide. Je regarde le fond de mon verre où la mousse disparait peu à peu. Leeeeeeeeentement. On devine encore les initiales que j'ai gravées dans la mousse avant de commencer à boire, histoire de vérifier la légende. Je lève le nez de mon verre pour commander une autre Guinness et je croise le regard de Mike. Mike est mon meilleur ami depuis au moins trois heures, Mike n'a pas fini son verre, Mike boit de la lager. Leeeeeeeeentement.
Mike connait les groupes de Londres. Pour un petit Frenchie qui débarque avec des envies de musique plein la tête, Mike c'est le meilleur ami idéal. Mike parle beaucoup alors Mike boit sa bière leeeeeeeeentement. En trois heures il m'a déjà raconté la scène londonienne, ce qu'on peut voir et écouter en ce moment, ce qu'il sent venir pour bientôt. SEX. Mike veut m'emmener dans une boutique de fringues branchée sur King's Road. Il dit Tu vas voir l'ambiance, ça bouillonne autour de cette boutique. Il dit Y a des tas de groupes qui vont sortir de là et faire parler d'eux. Il dit Souviens-toi de ce que je te dis. Boutique, fringues, musique, l'association fait rire le petit Frenchie qui ne connait rien à la scène londonienne.
Mais ce soir Mike a voulu me faire écouter un groupe qui tourne dans les pubs. The Rose. La bière est bonne, l'ambiance est bonne, la musique est bonne. J'attaque ma deuxième pinte, Mike finit sa première. Mike dit Tu vas voir ce groupe est une tuerie sur scène. Mike dit Le guitariste est un fou génial. Mike dit J'suis sûr que demain tu fonces dans un magasin acheter leur disque. Pour coller complètement à l'ambiance j'allume clope sur clope et je participe au grand nuage collectif qui flotte du bar jusqu'à la scène au fond. Désespérément vide. Le petit Frenchie qui débarque avec des envies de musique plein la tête est pressé que ça commence. Je bois ma bière leeeeeeeeentement pour faire durer, je caresse du bout du doigt les boiseries du bar. So british. Ça commence quand ?
Dans le nuage de fumée dense je devine des formes qui bougent sur la scène là-bas tout au fond. J'entends le bruit d'une batterie. J'entends le bruit d'un accord de guitare. J'entends le bruit d'une basse. Les gens se tournent vers la scène là-bas tout au fond. Les joueurs abandonnent la cible, une fléchette flotte encore en l'air et finit par se planter au centre. Bull's Eye. Mike m'entraine par le bras, à peine le temps d'attraper ma pinte. Mike dit On va devant. Mike dit C'est là qu'il faut être. Mike dit C'est là qu'on en prend plein la tête.
Dans l'heure qui suit le petit Frenchie en prend plein la tête. Le petit Frenchie saute sur place sur des rythmiques saccadées. Le petit Frenchie renverse sa bière comme un plouc. Le petit Frenchie respire la fumée et avale des accords. Pur Rock'n Roll. Le petit Frenchie saute en l'air et ne redescend pas. Une nouvelle bière est apparue dans sa main. Mike rigole. Mike jubile. Mike est mon meilleur ami depuis au moins quatre heures. Le petit Frenchie redescend leeeeeeeeentement. Il renverse sa bière. Il rate la cible et plante la fléchette dans les boiseries. Il renverse sa bière. Mike rigole.
Le petit Frenchie chante à tue-tête. Je t'ai vu l'autre soir, un mec te tenait bien serrée, je me demande qui c'était. Il faisait sombre je n'ai pas pu voir mais je sais que ce n'était pas moi. Putain c'était pas moi Roxette...
A. Roxette (live)
B. Keep It Out Of Sight (live)
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Till
jeudi 25 juillet 2013
[SINGLéS] The B-52's - Rock Lobster / 52 Girls 7" [1978]
Ça commence mal. La fête sur la plage tourne au cauchemar quand un convive perd malencontreusement son lobe d'oreille. On le retrouve vite fait mais c'est définitivement le bordel sur cette plage. Un plongeur se noie dans un tourbillon de bulles et se fait bouffer par un coquillage géant, les sirènes sont des gorgones qui cherchent l'âme frère, les dauphins flippent, les hippocampes se la jouent surfeurs, les nageoires clapotent, sous les applaudissements de coquillages facétieux. Mais c'est bel et bien une langouste qui est responsable de tout ce cirque. Rock Lobster est un des plus joyeux bordels aquatiques qu'il m'ait été donné d'entendre.
B. 52 Girls
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Till
mardi 25 juin 2013
[SINGLéS] Téléphone - Métro (Live) 7" - 1977
7 juin 1977. Téléphone et Television sont dans un bateau. L'Olympia, au top de la communication, est équipé pour un soir de Téléphone et de Television. Aubertignac vs Verlaine. Television a déjà sorti Marquee Moon, Téléphone a déjà sorti les poubelles. Rien d'autre.
Le lendemain se trouve être le 8 juin 1977. Le monde est bien fait. Téléphone, sans Television, est dans un bus. Le Bus Palladium sera la scène de leur premier enregistrement qui verra la sortie du premier single. Auto-produit, pressé en 2000 exemplaires, vendu à la sortie des concerts. Moi je le tiens d'un pote. Merci Hyp.
A. Métro
B. Hygiaphone
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Till
mercredi 29 mai 2013
[SINGLéS] John Cale - Ready...For War...7" - [1980]
Depuis quelques jours on semble célébrer à droite et à gauche la Saint John Cale alors j'ai décidé de suivre le mouvement en improvisant un petit post pour un petit single paru en 1980. Petit uniquement par son format 7 pouces parce qu'en l'espace de deux titres Mister Cale m'aurait convaincu qu'il était indispensable si ça n'avait pas déjà été le cas.
Mais reprenons dans l'ordre. John Cale en général et ce single en particulier j'y suis venu par la reprise de Bauhaus de Rosegarden Funeral Of Sores. Bauhaus était grand, leur reprise est magnifique. Pour la performance vocale de Peter Murphy, pour le jeu de guitare atypique de Daniel Ash et pour tout ce qui fait que Bauhaus est encore aujourd'hui un groupe majeur : l'alliance talentueuse d'un post-punk dont ils ont été d'évidence une figure de proue et des influences formidables qu'ils ont su savamment intégrer. Bowie, Cale, Lou Reed, Eno, T-Rex parmi les reprises qui parsèment leur discographie, ça situe d'emblée la sphère dans laquelle on évolue.
Et si reprendre Ziggy Stardust ou Telegram Sam ne relève pas d'un choix très original, il en allait tout autrement de l'idée de choisir la B-Side d'un single presque anecdotique de John Cale. Moins produite, donc plus brute, plus sobre aussi, la version de Cale contient évidemment déjà tout la force du morceau. Je ne peux pas m'empêcher de trouver étrange de reléguer en face B sans jamais le sortir sur un album un tel titre. Mais peu importe, ça le rend plus précieux encore.
Quant à la face A du single, tout aussi importante, elle propose une version studio de Mercenaries. Et si j'aime beaucoup Sabotage/Live paru l'année précédente, j'avoue sans peine que ma préférence va à cette version studio. Moins esbroufe, la guitare plus discrète, elle compense largement par sa sobriété ce qu'elle perd en énergie live : toute en rage contenue, elle devient plus inquiétante, plus venimeuse. Jusqu'au final où une rafale de batterie remplace finement l'explosion un peu trop démonstrative de la version live.
Un contraste renforcé par la pochette, elle aussi plus inquiétante et sournoise que celle de Sabotage/Live.
A. Mercenaries (Ready For War)
B. Rosegarden Funeral Of Sores
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Till
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