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mercredi 23 octobre 2019

[Retour de concert] The Good The Bad and The Queen - 15 juillet 2019




Où l'on apprend qu'on fait de bonnes soupes dans les vieilles soupières à condition que les vieilles soupières soient bonnes.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Tu as survécu à la canicule au prix de litres d'eau engloutis, d'une utilisation forcenée de la clim et, en conséquence, d'un élargissement flou mais certain du trou de la couche d'ozone, même si - entre nous - tu n'es pas très sûr de bien comprendre le sens profond de cette donnée climatique que tu régurgites en bon être humain conscient de la tâche ardue qui l'attend, lui et ses compères. Tu es passé au travers des orages de grêle, des orages de pluie, des pluies de grêle, des matches de tennis à coup de glaçons tombés du ciel, tellement fort qu'ils feraient passer les dix plaies d’Égypte pour la nouvelle attraction du monde merveilleux de Mickey. Tu as traversé avec plus ou moins de brio - mais suffisamment de satisfaction pour partir l'esprit apaisé - une journée de travail assez identique à beaucoup d'autres, c'est-à-dire suffisamment prise de tête pour avoir envie de débrancher le cerveau, ou plutôt le connecter pendant quelques heures sur un réseau alternatif propre à te doper à la dopamine à doses quasi létales pour pour pour..."Novocaïne for the soul...", ouais on connait la chanson.

Et donc en cette fin de journée presque cauchemardesque - mais ne te mens pas, tu les aimes ces journées, tu en redemandes - tu sors la tête de l'eau, tu ouvres la bouche et, dans un bruit d'aspirateur ou de conduit de ventilation ou d'un mélange des deux, tu remplis tes poumons d'un air qui sent déjà un peu la dopamine, la bière et les vibrations de la basse dans ta cage thoracique. A la fin de cette journée, tu te retournes - ok c'est une image hein, en réalité tu peux exécuter la suite sans te retourner réellement - et tu te dis que merde, tu l'as bien mérité. Il y a des signes qui ne trompent pas.

Après des mois d'enfer, des semaines endiablées, des journées démoniaques - Demon Days, j'assure dans l'art de la transition - tu aspires juste à un miracle. Ici l'histoire semble prendre une tournure un peu biblique mais c'est pour mieux appuyer le propos. Un miracle et rien d'autre. Un machin fou, énorme, délirant, une soirée de malades, un truc de dingue que t'avais jamais vécu, que tu pourras raconter à tes petits enfants - quand t'en auras - qui te regarderont comme un extra-terrestre en se demandant si papy n'aurait pas abusé de substances bizarres qui se consommaient au temps où il était jeune - le moyen-âge ou un truc approchant - mais qui comprendront en voyant ta tronche ahurie et ton air possédé - par le démon again - que tu as vécu un évènement proche de l'indescriptible, à la limite du c'est pas possible, aux confins du à peine croyable. Un miracle !

Paul Simonon qui danse avec sa basse dans les bras. Paul Simonon qui a appris à jouer de la basse. Pauuuuuuuuuuuuuul Simooooooooooooooonon ! Je sais, j'en fais des tonnes, c'est le problème avec les miracles. Paul Simonon qui se marre sous sa casquette de Gavroche, Paul Simonon qui porte le costume de mon grand-père il y a 50 ans. Dopamine, bière et basse. What else ? Évidemment Damon (Démon ?) Albarn est le showman, il est fait pour ça. Bien sûr Simon Tong tricote à l'aise à la guitare, une corde à l'endroit, une corde à l'envers. Pas de doute, Tony Allen est un génie, c'est pas moi qui dirai le contraire, j'y connais rien en génie. Naturellement les cocos sont bien entourés, un percussionniste, un claviériste, deux violonistes, une violoncelliste, tous ces trucs en iste qui font vachement classe quand on est un groupe de rock aux ambitions musicales assumées.

N'empêche, malgré l'impressionnante liste de spécialistes en iste sur la piste, tu n'as d'yeux que pour Paul. Et si j'écris simplement Paul ce n'est pas pour économiser de précieux, bien que très hypothétiques, caractères sur twitter mais parce qu'on peut te proposer tous les Paulos du monde, des Weller et des Westerberg, des Macca et des Anka, Simon ou Personne, si on te dit Paul, y en a un et un seul. Et donc notre Paul de Brixton a bel et bien l'air de s'amuser avec sa basse. Semble à l'aise, se marre, avance, recule, esquisse un pas d'un côté, deux de l'autre côté. Déconne avec Albarn. Au rythme d'une set-list probablement préparée par le stagiaire de première année de MBA, comprenez Musiciens Branleurs Associés, tellement elle brille par son originalité : on vous joue l'intégralité du deuxième album dans l'ordre, intro comprise, et ensuite on vous balance le premier album mais attention, pour celui-là on a mélangé les titres parce qu'on est un peu des fous quand même.

Mais c'est pas grave, pendant ce temps Paul danse, et ce jeu de mot audacieux arrachera probablement un petit sourire de contentement au lecteur qui aurait pu sentir une pointe de sarcasme dans la fin du paragraphe précédent. Et puis sois honnête, le sarcasme et le cynisme ne sont ici qu'affaire de posture du narrateur qui se la raconte en racontant, parce que, entre nous, quelle que soit la set-list, il suffit de remarquer le battement trépident de ton pied sur la pierre multi-séculaire, qui en a vu défiler des blaireaux aux goûts douteux en 2000 ans d'existence, pour se convaincre que tu passes un bon moment dans un bon concert. Démon fanfaronne juste ce qu'il faut, Simon a tôt fait de te confectionner une petite laine spéciale fin de canicule et Tony et Paul s'entendent plutôt bien pour te désosser la cage thoracique à coups de basse et de fûts bien sentis, le tout élégamment emballé, reconnais-le, par la section à cordes comme on dit dans la salle de rédac des Inrocks.

Et c'est tout à ta joie, arborant le sourire un peu niais, mais communicatif, de celui qui a vu une apparition, la Sainte-Vierge en maillot de bain, un alien en short, le Père-Noël en tongue, que tu quittes le théâtre antique et ses coussins en toc, les pierres surchauffées et la bière réchauffée, fredonnant au hasard History Song ou The Great Fire, repartant vaillamment vers des lendemains caniculaires, le cœur rempli de cette allégresse qui t'inonde sitôt qu'un bon vieux shoot de dopamine t'a imbibé le cerveau.

Par honnêteté intellectuelle et déontologie journalistique, ici un nouveau sourire est de rigueur, je glisse un petit mot sur le groupe de première partie : Satellite Jockey. Sans faire injure à leur "pop mélodique aux arrangements subtils, fouillés mais cependant évidents", à leurs combinaisons d'entrainement de la NASA et à la gentillesse évidente de ces six musiciens tout mignon, tout ça m'a glissé dessus sans que je m'en rende compte. Il y a des signes qui ne trompent pas.


C'était le 15 juillet 2019 aux Nuits de Fourvière. J'y étais.




Deux vidéos - qui ne m'appartiennent pas - du concert pour illustrer. Quand je vous dis qu'il danse avec sa basse...
 

Set-List :

Introduction
Merrie Land
Gun to the Head
Nineteen Seventeen
The Great Fire
Lady Boston
The Truce of Twilight
Ribbons
The Last Man to Leave
The Poison Tree (with extended intro)
History Song
80's Life
Herculean
Nature Springs
Three Changes

Encore:
Kingdom of Doom
Green Fields
The Good, The Bad & The Queen


Si vous cherchez un mot de passe, essayez donc downgrade.


Merci aux visiteurs qui laissent une trace de leur passage.

Till

jeudi 24 novembre 2016

Retour de concert [croisés] - Kevin Morby - Bordeaux 19-11-2016 - Lyon 16-11-2016

L'Epicerie Moderne - Feyzin - 16-11-2016
Rock-School Barbey - Bordeaux - 19-11-2016



Un an bordel, un an !
Un an que le monde entier est suspendu au bord du gouffre du Beautiful Downgrade et ne voit plus rien venir … Et là, tout d’un coup, le volcan se réveille, les indicateurs virent au rouge, l’excitation monte, et, et … tout ça retombe comme un soufflé : aucune trace de Glen S Baster, encore moins de Till son géniteur, non juste ce minable acronyme en guise de signature …
Désolé, je suis sincèrement désolé de vous avoir infligé cette fausse joie. Si-si, je vous assure. Mais bon, maintenant qu’on est là autant en profiter.
Till et moi avons quelques points communs, musicaux d’abord, même si, vous nous connaissez, nous sommes plutôt du genre à nous chambrer sévèrement sur nos différences, cette manie qu’il a de ne jurer que par cet australopithèque mal dégrossi … Parenthèse, pour Dev : on se chambre mais c’est pas grave, on a tort tous les deux, on a raison tous les deux, j’ai raison et Till a tort (le plus souvent) mais non, vraiment, c’est pas grave…
Et donc, en matière de point commun, je m’en vais vous parler aujourd’hui d’un jeune artiste à l’endroit duquel nous sommes en train de vouer une sorte de, n’ayons pas peur des mots, culte, j’ai nommé Kevin Morby. Dans le but d’éviter les répétitions et pour coller à la réalité je me réfèrerai parfois à lui en tant que ‘’Litteul Kevin’’ (des fois on l’appelle comme ça entre nous) . La musique c’est sérieux (disait je sais plus qui) mais on est quand même un peu là pour rigoler aussi.

[Il ne faut pas désespérer de la jeunesse. Baster n'était pas là mais on a parfois de drôle de surprises dans un concert de KM. Même à l'Epicerie Moderne un 16 novembre.]

Nous sommes en 2014 : je dois partir en stage à Londres et je farfouille sur le net à la recherche d’artistes en concert (petites salles, toujours) qui pourraient m’intéresser. Ma foi c’est pas gagné, y a bien les Libertines qui fêtent leur réformation à l’Alexandra Palace, juste à côté de mon hôtel, mais sans déconner, Doherty et ses ‘’potes’’, non, pas question ! Je continue à chercher et je tombe sur un nom qui me dit vaguement quelque chose : Kevin Morby passe au Shacklewell Arms, un pub du côté de Dalston. Ça y est, je me souviens, un post de Charlu, j’ai écouté brièvement, ouais, pas mal, j’y suis pas retourné. Là il est question d’aller ou non à l’autre bout de Londres (Muswell Hills-Dalston, c’est pas simple !) retour donc chez Charlu, un peu plus concentré, Harlem River, blaaaam , putain de claque !!! Et vous allez rire, dans son post Charlu qui mentionne Doherty et donc forcément je le flambe (du calme Dev, puisque je te dis qu’on rigole…) et remontez un peu plus haut, les Libertines qui se reforment au moment-même où, c’est décidé, je vais faire connaissance avec Litteul Kevin ! Bref, Kevin Morby au Shacklewell Arms bah ce fut simplement génial, un two-piece avec son vieux pote Justin, batterie-guitare/chant qui emplit l’espace comme t’y crois pas, c’est frais c’est inspiré, j’en reste sur le cul. Une vidéo postée chez Marius sur le Canut Brains et Till qui débarque, genre ‘’ouais c’est cool mais c’est vrai qu’y a un côté Doherty …’’, le rat, il a fouillé et m’a débusqué ce fameux échange avec Charlu … En attendant, Till est mordu (par Morby, haha !) et il est foutu. Lui aussi. Nous sommes en 2015 : Kevin passe à Lyon et à Bordeaux, là c’est Till qui se colle à la vidéo et au post enfiévré (ici-même donc, cherchez bien vous trouverez) puisque bien sûr Till va le voir à Lyon et moi à Bordeaux. Concert toujours aussi intimiste, juste l’ajout d’une bassiste qui apporte une touche à la foi féminine et de basse (elle a bien fait de venir …) et s’appelle Meg. [Elle me fait marrer avec son look Jenesuispasunerockstar, fringues amples et petite tresse, la guitare bien haut sur le buste. Ne change rien Meg, c'est parfait comme ça]

Litteul Kevin grandit, un peu, et c’est toujours aussi bon, je vous renvoie au post du maître de céans. Nous arrivons à 2016 : il y a quelques jours Morby passe à Lyon et Bordeaux et devinez quoi ? Tout juste ! Vous trouverez donc ici une ‘tite vidéo du concert à Barbey, filmée (mal) par ma pomme. L’an dernier c’était aussi à Barbey mais dans la petite salle, là on a droit à l’auditorium, genre 700 places. Non pas que l’audience de Litteul Kevin Morby se soit exponentiellement développée, non c’est juste qu’à Barbey ils ont lié ce concert à une opération gastronomique (S.O. Good) et fait venir sur place 4 chefs étoilés de la région, un producteur d’huîtres et un vigneron bio, dont j’ai oublié le nom, qu’on appelle la rock-star des vignerons même que le livre écrit sur lui a été préfacé par Iggy Pop ! [Je crois qu'il veut parler de Stéphane Derenoncourt, note le co-auteur qui aime à suppléer la mémoire défaillante de EWG quand l'occasion se présente]

Moi j’ai zappé le truc, à Bordeaux je suis chez ma fille, j’en profite un peu avant de l’emmener voir Morby (qu’elle avait vu aussi l’an dernier, ça va vous suivez?) et on débarque à l’heure prévue dans un bordel sans nom, la rock-star des vignerons a laissé des traces … Des traces qu’on retrouve dans le public dont on se rend vite compte, s’il était nécessaire, qu’il n’était pas forcément venu pour la même chose que nous. Bon ben c’est simple, sans autre forme de procès que d’envoyer sa sauce (ouais, c’est gastro-rock), Morby les a fait taire. Et faire taire un sexagénaire bordelais aviné et bavard venu, lui aussi, en famille, c’est pas ce qu’il y a de plus facile. Et les spécimens de ce genre étant nombreux, on les rajoute aux fans de KM (c’est pour Kevin Morby) et on se retrouve un peu plus loin que d’habitude, d’où une vidéo pas top mais j’ai pas peur, elle fera son effet.

 [Il ne faut pas désespérer de la jeunesse. En attendant le début du concert je zone dans l'Epicerie une bière à la main et je tombe nez-à-nez avec Louis, fils d'amis, 21 ans tout carrossé, qui zone dans l'Epicerie une bière à la main en attendant le début du concert. "J'en reviens pas que tu viennes voir Kevin Morby" me dit-il ébahi. "J'en reviens pas que tu viennes voir Kevin Morby" réponds-je étonné, avec un sens de la répartie à faire frémir les héritiers de Philippe Bouvard. Nous avons donc zoné dans l'Epicerie, une bière à la main en attendant le début du concert. Mais ensemble. Il ne faut pas désespérer de la jeunesse.]

 Cette année Litteul Kevin est entouré d’un batteur (ah merde il ressemble pas à Justin, chuis inquiet. Calme-toi me dis-je, c'est pas possible ils sont trop potes… Mais si c'est bien lui, ouf !), d’un bassiste, oui un car Meg est toujours là mais elle est passée à la guitare. Si chaque année il rajoute un membre ça va finir en Big-Band cette histoire. Moi ça me gênerait pas.

[En attendant le big-band, à 4 on fait parfois plus de bruit qu'à 3, le son est plus rock que l'an dernier et les envolées s'envolent. "Harlem River" est en crue, "I've been to the mountains" atteint des sommets, "Singing Saw" me coupe les jambes. Toujours malin, KM termine encore une fois par la ballade d'Arlo Jones, histoire que tout le monde rentre en fredonnant des ouhouhouh ouhouhouhouh ouhouh addictifs.]



 La fameuse scène de la Bordeaux Pinard Arena


Y avait une autre Meg, Baird de son nom, en première partie, et ça n’a pas été facile pour elle … Kevin l’a fait revenir pour son rappel, ils ont chanté un truc de/en hommage à Leonard Cohen [Pour ceux que ça intéresse, ils reprennent Passing Through tous les 5. Si, si recomptez bien, ça fait 5, je vous promets j'ai vérifié]. Kevin a aussi repris Townes Van Zandt tout seul, comme un grand qu’il est train de devenir. Voilà, c’est tout.

[Vu toutes les premières parties un peu pourries que je me suis tapées depuis 35 ans, j'ai trouvé le set de Meg Baird sympathique et extremely cooooooooool. Faut oser se pointer sur scène toute seule avec sa guitare et tenter d'accrocher le public en lui parlant avec son accent de, de...d'où d'ailleurs ? à couper au sabre-laser. Elle s'en sort bien la petite.]

Ah non, deux trucs encore : les trois tournées successives de Morby suivaient la parution de chacun de ses trois disques solo, je ne saurais même pas lequel vous recommander pour appréhender le bonhomme, on tient là le début d’une Œuvre avec un grand Œ. A mon avis.
Et puis les dates, j’ai tout essayé mais j’ai pas pu coordonner : Kevin Morby est passé à Lyon deux jours avant l’anniversaire de Till. Et à Bordeaux un jour après le mien. Faut qu’on se démerde pour l’an prochain.
Parce que ouais, c’est un autre truc qu’on a en commun avec Till, la date de naissance. 
Happy birthday Boss !
EWG

[C'était le 16 novembre 2016 à L'Epicerie Moderne. J'y étais.]


Merci aux visiteurs qui laissent une trace de leur passage.
Merci surtout à EWG qui redonne un peu de souffle à ce blog.

Till

dimanche 21 juin 2015

[Retour de concert] Kevin Morby au Marché Gare - 10 juin 2015


Retour au Marché Gare, ça faisait plusieurs mois que je n'y avais pas mes pieds d'Homo Rock'n'Rollus attardé. Mais là, forcément, l'ancien Babies devenu grand tout seul avait retenu mon attention et j'avais coché la date depuis longtemps.

Chronologie oblige, j'attaque par les premières parties, deux pour le prix de zéro, une affaire en or. Impossible de ne pas parler un peu de Weyes Blood, pseudo de Natalie Mering que je ne connais pas. Mais hey, je ne connais pas tout le monde dans le monde non plus hein. Pourtant c'est une expérience. Courageuse. Une voix troublante, fragile dirait l'apprenti Inrock And Folk que j'ai renoncé à être, posée sur, sur...sur quasiment rien. Parfois une guitare discrète, parfois des sons samplés. Pas de la musique à proprement parler, plutôt des murmures musicaux. Le tout fait immanquablement penser à une certaine Nico. La dame est seule sur scène, dans une tenue aux antipodes de son folk gothique - Inrock And Folk sors de ce corps - et voilà. C'est troublant, pas toujours passionnant mais une expérience à vivre. Au moins une fois.

La suite est plus commune. Ou presque. Du rock, du vrai, qui sent la sueur et la bière. D'ailleurs j'ai fini la mienne, c'est la misère. Rock, un peu punk, un peu garage, un peu noise. Indie comme on écrit chez vous-savez-qui. Hé les mecs, 4 guitares pour une basse, vous êtes sûrs que c'est suffisant ? Sinon demandez à Miss Weyes Blood, elle en a peut-être une autre dispo, peu servi, état neuf, une affaire.

Mais voilà qu'au fond de la scène, d'un écran de fumée noire jaillit un fier cavalier blanc. La foule extatique retient son souffle, dans l'attente de la parole divine. Ok, ok j'en fais beaucoup, ça s'est pas passé du tout comme ça. Sauf que, le cavalier blanc quand même hein. J'avais laissé Little Kevin en chemise de cow-boy rouge à carreaux blancs et le voilà qui bluffe tout son monde avec sa chemise de cow-boy blanche. A se demander si c'était bien lui. Mais mon garçon, on ne me l'a fait pas à moi, j'étais prévenu, j'ai un indic.

Donc, oubliez l'écran de fumée, la foule extatique et la parole divine. Mr Morby se pointe sur scène comme un petit gamin sympa, accompagné d'un grand batteur et d'une petite bassiste. Ok Kevin, tu veux te la jouer cool, folk-singer, guitare acoustique, pas de problème, fais comme tu veux. Mais je te connais tu tiendras pas longtemps. Tu vas vite revenir à l'électricité, j'en suis sûr. Alors vas-y, déroule ton folk, balance-nous tes "hou hou hou", j'ai même pas envie de me moquer. All of my life, waiting for you, j'exagère à peine. Mais ho, la gratte électrique te démange hein ? T'as parcouru des miles miles miles pour venir ici alors profite.

Et oui, le gamin a pris la guitare électrique et enchaine les morceaux avec l'aisance insouciante du petit génie qui se fout de tout ce buzz autour de lui. Ah ouais tu fais pas la star Kevin ? Pas de discussion effrénée avec le public, tout juste quelques mots pour annoncer un titre. Mais attention. Kevin agite la tête, Kevin secoue sa guitare, Kevin martèle les cordes. Guitar hero pour rire, les morceaux deviennent plus rock. T'as pas oublié les Babies hein Kevin ? C'est Cassie qui serait contente.

Pas de bol, quelques problèmes techniques perturbent le show. Bon d'abord les mecs, le réglage de la basse, c'était pas au point. Harlem River I'm in love love love love mais alors là, la basse m'a démonté la cage thoracique. J'ai senti mes côtes danser séparément pendant quelques minutes. All because of you. Et puis ce larsen merde ! Le pôv petit Kevin ne sait plus quoi faire avec sa guitare. Alors ni une ni deux, il quitte la scène et il va en chercher une autre. Comment ? T'as même pas un roadie pour faire ça ? Quand je vous dis que c'est pas une star ce Kevin.

Oubliées la basse qui désosse et la guitare qui flingue les tympans, j'irai faire un check-up demain. En attendant je tiens le coup, la soirée est pas finie. If you knew just how far I'd travel... Oh mais quoi, qu'est-ce que tu nous fais là ? Les musicos se retirent et tu restes tout seul sur scène ? C'est-y pas mignon ça. Non, je me moque mais j'aime bien ton truc. The dead they don't come back. Et Our Moon n'est pas dans le caniveau, elle brille tout là-haut.

Mais rappelle quand même tes potes, on n'en a pas fini avec vous. Tu me dois un truc Kevin, dépêche, c'est déjà le rappel. Tu joues le mec têtu hein. On te demande The Jester et tu attaques autre chose, mais je t'ai à l'oeil et je te laisserai pas partir comme ça. Ah voilà, tu vois quand tu veux. So where is Arlo now ? One, he was my friend.

C'était le 10 juin 2015 au Marché Gare, j'y étais.


 





 














Merci aux visiteurs qui laissent une trace de leur passage.

Till

lundi 28 avril 2014

[Retour de concert] The Strypes au Marché Gare - 28 avril 2014




You can't judge a book by looking at the cover.  Bo Didley avait raison. Si je m'étais fié à leur look je n'aurais probablement jamais écouté The Strypes. Donc je les ai écoutés et bien écoutés, au point de me dire que ce serait une bonne idée de voir de quoi ils sont capables en live.

C'est pas souvent que je vais voir des baby-rockers, alors je soigne mon look de quinqua toujours jeune, y a pas de raison, moi aussi je peux le faire. Surprise - mais je suis un peu con j'aurais pu m'en douter - l'assistance est globalement plus âgée que moi. Concours de cheveux blancs, de crânes dégarnis, collection de papys rockers, rouflaquettes inside,  en sortie dominicale. En groupe, en couple, en famille. Du coup mon look de jeune quinqua branché fait fureur. Auprès de moi-même.

Tower quoi ? Towerbrown(*). La première partie lance magnifiquement la soirée. Un rythm and blues élégant et énergique, du british beat 60's en veux-tu-en-voilà, avec un orgue hammond qui caresse délicatement l'échine. Excellent. Et tout à fait approprié à une délicieuse reprise de Green Onions. Et à celle du Responsable de Dutronc. Une première partie jouissive, c'est à noter, c'est pas toujours le cas. Merci Towerbrown. Au fait les mecs, j'ai voulu acheter votre album à la sortie mais il n'y avait plus que le merchandising des Strypes, c'est vraiment ballot.

Puis vinrent les Strypes. J'imagine qu'ils sont habitués à jouer dans des maisons de pré-retraite où leur allure teenager et leurs postures font fureur. Parce que postures il y a et, tout à fait entre nous, un peu trop. Le style mods et les coupes de cheveux soignées moi je veux bien. Je trouve ça même plutôt marrant. En revanche j'adhère moins aux attitudes bien répétées,  lunettes noires et poses pseudo-provocante je-mate-le-public-d'un-air-arrogant-en-singeant-des-attitudes-de-guitar-hero. Surtout que le décalage avec le visage poupon de Josh McClorey est plutôt risible.

J'avoue qu'à cause de ça j'ai un peu de mal à rentrer dans l'ambiance. Finalement je décide de laisser le cynisme au vestiaire et de pardonner à mes irish boys ces petits défauts puérils. Je suis un vieux con les garçons, faut pas m'en vouloir. Surtout qu'entre temps She's so fine, Blue Collar Jane et Mystery Man sont passées par là, déversant un flot d'énergie rock'n'rollienne absolument enthousiasmant. De l'énergie les gamins en ont à revendre, le set se déroule à un rythme endiablé et je ne choisis pas cet adjectif au hasard : je suis sûr que le diable leur a vendu son âme. Pete O'Hanlon en a récupéré un bout, plus le set avance, plus la folie s'empare de lui.

La chaleur monte, les vestes tombent. Les jolies coiffures s'affalent et les masques rejoignent les vestes. (Presque) finies les postures, mes youngsters sont dans leur trip. Et sortent leurs tripes. Rock'n'rollisent le Concrete Jungle des Specials. Dynamitent l'éternel Rollin' and Tumblin'. Incendient le cœur cœur de la ville de Nick Lowe. Pas encore charismatique le petit McClorey mais il essaie. Let's see those hands, c'est à peu près tout ce qu'on entend entre les titres, qui s'enchaînent au point que parfois, on ne sait plus si c'est encore la fin de What a shame ou déjà le début de Hometown Girls. Un parfait ouragan électrique s'abat sur la petite salle du Marché Gare. La seule occasion de reprendre son souffle c'est le très bluesy Angel Eyes qui a le bon goût de ne pas être juste une copie de l'album.

Dans l'assistance les papies et les mamies en veulent encore. Recharger leurs batteries avant de rentrer à l'hospice. Encore donc. You fancy a few more? Un peu mon neveu, envoie la sauce. Un Rockaway Beach overspeedé rallume la mèche illico. Suivi de près par Louie Louie, multibreaké, chanté en chœur par le public, si si je vous jure, et même a capella par Ross Farrelly qui montre, qu'à même pas 17 ans, il a déjà une sacrée voix. Mais il est déjà tard, les garçons va falloir penser à aller vous coucher. Allez, on s'en fait une dernière. Ç’aurait été dommage de l'oublier celle-là : You can't judge a book by looking at the cover.

C'était le 27 avril 214. J'y étais.


(*) après une petite recherche ce matin, Towerbrown s'est formé à Grenoble en 2009 autour de Yann "Cracker" Poitou des Firecrackers. On peut les écouter ici ou là et notamment sur leur blog : http://towerbrown.blogspot.fr

Merci aux visiteurs qui laissent une trace de leur passage.

Till

mardi 8 avril 2014

[Retour de concert] Batlik au Marché Gare - 03 avril 2014



J'ai une confidence à vous faire. Ça fait belle lurette que les comiques français ne me font plus rire. Mais plus rire du tout. J'exagère. A peine. A vrai dire je n'ai pas besoin de la main entière pour compter sur mes doigts ceux que je trouve vraiment drôles. Non, finalement je ris plus avec des artistes qui ne sont pas là pour faire rire. Ne vous méprenez pas, il ne s'agit pas de se moquer, il m'arrive de sortir en laissant le cynisme à la maison. Mais sur scène, un type qui ne se prend pas au sérieux, tout en jouant sérieusement sa musique, peut être bien plus marrant que les pseudo-comiques qu'on essaie de nous fourguer à longueur d'année(s).

Parce qu'il est comme ça le père Batlik. La musique, les paroles c'est du sérieux. Ça on le savait déjà, pour peu qu'on ait eu le bon goût d'écouter ses disques. C'est bien écrit, c'est personnel, ça sonne bien. Même si parfois la voix dérape un peu. Ou parce qu'elle dérape un peu justement. Bref, j'en ai déjà parlé, Batlik est un artiste et un artisan. Ce n'est pas un hasard si les deux mots ont la même racine.

Mais ce que ses disques ne rendent pas c'est sa simplicité et ses rapports tranquilles avec le public. Pour un peu, on le sentirait presque gêné d'être debout sur la scène, juste un peu au-dessus des spectateurs. Faut dire qu'au Marché Gare, la scène est assez basse, ça lui évite de nous prendre de haut. En même temps, le garçon est à l'aise, presque comme chez lui. Son chien est là qui se balade dans le public. Batlik discute avec les spectateurs. Batlik discute avec ses musiciens. Les musiciens discutent avec les spectateurs. Parfois même les spectateurs discutent entre eux, surtout les trois derrière moi, et ça c'est plus chiant.

Du coup l'ambiance est franchement détendue. Ça parle presque autant que ça chante et on sent bien qu'on a affaire à un mec qui ne se prend pas au sérieux. Un mec qui pratique l'humour et l'auto-dérision avec bonheur. Parce qu'on rit de bon cœur pendant un concert de Batlik. Au passage, Gaspard, ta blague elle était pas si pourrie, tout le monde s'est bien marré. Nous y voilà. Ça a été long pour en arriver là. La blague, je ne vous la raconterai pas. C'est impossible par écrit. Mais allez voir Batlik en concert il vous la racontera sûrement.

Si vous avez encore un brin d'attention, on peut aussi parler musique. Évidemment le set fait la part belle aux chansons du nouvel album Mauvais Sentiments, sans négliger pour autant les précédents. Le virage un peu plus rock des deux derniers disques se confirme sur scène. Ça n'est pas pour me déplaire. La guitare se fait un peu plus agressive, la batterie plus lourde. Surtout quand elle est jouée avec des marteaux. Batlik martèle plus fort ses cordes. Il ose parfois une guitare électrique.

Et puis. Et puis, il y a la contrebasse de James Sindatry. Ah le plaisir de se prendre de bonnes vibrations graves. Des sensations physiques ! Au sens propre. Celles qu'on ressent dans les muscles, dans les os, dans les tripes. Celles qui font que, décidément, le disque et le concert sont bien deux univers différents. Le concert c'est aussi l'histoire d'amour entre James Sindatry et sa contrebasse. Il faut le voir l'étreindre, l'enlacer, gratter amoureusement ses cordes pour comprendre ce qui peut unir un musicien et son instrument.

Il faut aussi voir et entendre la complicité évidente entre les musiciens pour comprendre ce qui fait la réussite d'une formation.  Reconnaitre le rire d'une spectatrice qu'on a déjà entendu lors du précédent concert lyonnais. Déballer les trucs et astuces qui peuvent sauver un chanteur qui oublie ses paroles. Je vous ai dit que Batlik avait de l'humour ? Ses musiciens aussi. Qui se ressemble s'assemble parait-il. Ceux-là doivent se ressembler beaucoup pour s'assembler aussi bien. Guitare, contrebasse, batterie. Le trio leur va si bien.


C'était le 3 avril 2014, j'y étais.



Merci aux visiteurs qui laissent une trace de leur passage.

Till

jeudi 12 décembre 2013

[Retour de concert] The Ex au Transbordeur - 11 décembre 2013





Préambule : le 11 décembre 2013 au Transbordeur, journée "Le Père Noël et ses rockers", action au profit du secours populaire. Animations pour les enfants l'après-midi avec déjà un set de The Ex, concert le soir. Le billet d'entrée ? Un jouet neuf. Ça m'a coûté 6 pots de peinture au doigt, je ne regrette rien. Non rien de rien. J'espère qu'avec ça je vais susciter une vocation et être à l'origine d'une grande carrière artistique. Petit(e), toi qui récupèreras mon joli cadeau, quand tu seras devenu(e) un(e) peintre renommé(e), souviens-toi que tout ça c'est grâce à The Ex.

Ambule : un mot du groupe qui a ouvert la soirée. Rien A Branler. RAB déboule sur scène avec de l'envie et une belle énergie. Ça fait du bruit, ça donne dans un genre punk/hardcore/métal : pas taper les gars, les étiquettes en vrai j'en ai Rien A Branler mais si je veux bosser un jour chez Rock&Folk il faut bien que je m'y mette. Bref, on sent le plaisir d'être là, l'envie de s'éclater et suffisamment d'autodérision pour me faire bouger les jambes. Et puis, je vous le dis tout net : jouer du hardcore avec des chemisettes à carreaux c'est la classe absolue, j'applaudis. C'était presque trop court mais il suffit de jeter un œil aux flyers qui tournent ici et là pour voir que du RAB y en a régulièrement en concert. Juste un truc les mecs : arrêtez avec ces effets stroboscopiques, à mon âge c'est mauvais. Vous me décollez la rétine, on va encore creuser le trou de la Sécu.

Ambule (suite) : j'ai eu plus de mal avec le deuxième groupe. Doberman Crew. Je ne dois pas être loin de la vérité si j'appelle ça du métal-fusion. Ah oui, ça existe encore ce genre. Désolé les gars mais même quand j'ai la rage contre la machine je bloque sur ce genre-là. Mais allez, là encore c'est fait avec de l'envie et de l'énergie alors continuez comme ça. Après tout, ça intéresse qui mon opinion ? A part moi ?

Postambule :  Nous y voilà.  Tom Cora avait une bonne excuse pour être absent, Getatchew Mekuria habite trop loin et le Brass Unbound est trop encombrant pour le Club Transbo. Allons-y en petite formation. The Ex c'est plug-and-play, pas de chichi, droit au but. Tout le monde est bien installé, Katherina derrière ses fûts, les autres accrochés à leur manche.

Sous l'effet des quelques bières qui m'ont aidé à patienter j'ai cru pendant quelques instants que la basse d'Andy Moor avait 5 cordes. En fait elle en a 6 comme toute bonne guitare baryton qui se respecte. La guitare de Terrie doit être plus vieille que ma basse et elle a d'évidence beaucoup plus souffert. Normal. Tout le long du set il entretient avec elle des rapports sado-maso, la frappant du poing ou la frottant avec une baguette quand il ne lui tord pas le cou. La peinture est usée, mais elle toujours là. Respect. Ajoutez à ces deux-là, la guitare d'Arnold De Boer dont le manche sert aussi à régler la pédale d'effets et vous aurez un tableau assez précis de l'ambiance.

Plus de basse donc depuis quelques années mais trois guitares depuis l'arrivée d'Arnold. Trois guitares étonnamment complémentaires. Une rythmique ici, un effet par-ci, un solo par-là. Permutez le tout, ça marche aussi. Derrière la caisse, Katherina n'est pas en reste. A la fois concentrée et souriante, Kat c'est la Moe Tucker hollandaise. Elle joue assise mais il lui arrive de faire entendre sa voix. Il arrive aussi que Kat/Moe se lève pour chanter sur le devant de la scène. Trois guitares, plus de batterie, avec The Ex ça marche aussi.

Maybe I Was The Pilot. Terrie joue en transe, se balance d'une jambe sur l'autre. Toute la bande s'amuse bien, visiblement contents d'être là, presque surpris de la farce qui dure depuis 30 ans. C'est communicatif, les 150 personnes qui assistent au concert prennent autant de plaisir. Ça chante, ça hurle, ça danse. Et quand les Ex font mine de quitter la scène c'est l'émeute. Vous déconnez les mecs, c'était beaucoup trop court. Merci beaucoup, vous êtes...très belles. De rien Arnold, c'est vraiment gentil de ta part. Un dernier effort et une apothéose noisy à souhait. La jeunesse sonique faisait du bruit, les anciens n'ont décidément rien à leur envier. C'était le 11 décembre 2013. J'y étais.






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Till

lundi 2 septembre 2013

[Retour de concert] Et l'âne vit l'Ange...

  

Le 27 juillet dernier la foudre est tombée sur Lyon faisant environ 4500 victimes. Oh, on en a très peu parlé dans la presse, les journaux télévisés étaient déjà fort occupés à traiter des sujets brûlants comme la migration des poules d'eau dans le marais Poitevin ou la culture de l'andouille dans les boîtes branchées de Cannes. Et comment leur en vouloir ? Qui s'intéressait à 4500 bienheureuses victimes ? Bienheureuses ? Oui bienheureuses. Et consentantes.

Pourtant, rien ne laissait présager un tel cataclysme. Le ciel désespérément bleu rappelait aux plus étourdis que l'été s'était installé pour de bon depuis un mois, la température était estivale ce qui n'a rien d'extraordinaire un 27 juillet, la bière coulait à flot dans de pauvres gobelets en plastique prompts à se renverser sur les pieds maladroits et on apercevait même de maigres sandwiches et de tristes crêpes arpenter les travées d'un théâtre romain au bout de bras affamés.

Non, rien ne laissait présager un tel cataclysme. Sauf quelques oiseaux de mauvais augures espérant avidement qu'un séisme gigantesque vienne secouer la torpeur multi-millénaire des gradins en pierre. attendant impatiemment un déferlement d'énergie, un raz-de-marée électrique, un orgasme musical. Les dernières miettes de Belin rapidement dispersées, la tension était vite devenue palpable dans les rangs serrés des naufragés volontaires du proscenium. Au moindre frôlement, des étincelles jaillissaient des corps coupables et éclairaient joliment la fosse, jetant des ombres inquiétantes sur les âmes perdues en quête d'énergie vitale.

Puis, répondant à un signal mystérieux, une coutume ancestrale ou une décharge tellurique, tous ces corps se sont connectés en un immense réseau. Plugged. Ce réseau improvisé, vecteur d'un flux électrique dévastateur, s'est tout entier tourné vers la scène qui enfin, enfin, laissait germer ses mauvaises graines. Nous savons qui vous êtes.

Le flux électrique est instantanément absorbé par les mauvaises graines, transformant les semences diaboliques en un  monstre incontrôlable, créature mythologique, trou noir, noyau d'antimatière, générateur et amplificateur d'énergie. Le monstre saisit la foule dans sa gueule et l'entraîne en hurlant le long de Jubilee Street. Cours, galope, trébuche dans la rue devenue brasier, façades en flammes, immeubles en ruine, poursuivi par une boule de feu inarrêtable. I'm flying, look at me. Le monstre vole sur les flammes, s'y brûle les ailes, terrible et sublime. Trop tôt pour un paroxysme.

I want to tell you about a girl
She lives in room 29
That’s the one right on top of mine...


La chambre 29 elle aussi est emportée dans le grand incendie. Les planchers grincent, les poutres fument, personne ne sortira d'ici vivant. Flammes, ruines, débris, poussière, fumée, plus que les yeux pour pleurer. I hear her cryin'. Pleurer. Une chanson pour pleurer pendant que les femmes et les hommes dorment. Mais personne ne peut dormir quand l'orage continue à gronder. Les roulements de tonnerre déchirent les tympans, les éclairs zèbrent le ciel, magnifiques. Comme un soir d'orage sur Tupelo, Mississipi, comme un soir d'orage pour célébrer la naissance d'un autre mythe, un roi sans couronne.

Poursuivant sa course folle, crachant flammes et fumée le monstre écrase, piétine, broie tout sur son passage. Des sirènes exsangues lancent en vain leur chant vénéneux, les chœurs d'une église baptiste s'en remettent à ce qu'ils connaissent le mieux mais rien n'y fait, leur gospel endiablé échoue à son tour. Le monstre écrase, piétine, broie tout sur son passage. Poor Deanna.

Soudain, comme terrifié par sa propre férocité, il s'immobilise, pétrifié au son de quelques accords de piano. Le temps est suspendu, le monstre semble touché par la grâce, proche de la rédemption, la Belle et la Bête s'affrontent silencieusement. Rédemption. Grâce. Temps suspendu. Mais non, la voix intérieure le guide. Les gens ne sont pas bons, alors attaque, dévaste, détruit, pas de quartier, pas de pitié. Alors la bête rugit à nouveau, plus fort que jamais. La bête serre la foule dans ses bras et reprend sa course folle. La bête entraîne la foule dans une danse diabolique. Le fantôme de Robert Johnson surgit, une guitare à 10 dollars dans le dos. Avec un mauvais sourire il plante un archet dans celui d'Ellis.

La messe est dite, le diable s'invite au festin. Robert Johnson et le diable, qui sait lequel étripera l'autre ?
La lutte est rude, âpre, acharnée. Toutes griffes dehors, les coups pleuvent, les démons se mêlent à la transe. Stagger Lee, Jack l'Eventreur, une main droite ensanglantée arrache les âmes au son d'une cloche lugubre. Le monstre rugit, hurle, crache. La lutte est rude, âpre, acharnée, à en repousser les limites du ciel.

Le ciel désespérément bleu a cédé aux teintes de la nuit naissante. Dans le brasier 4500 témoins muets, essoufflés, épuisés regardent la bête se retirer lentement des décombres, repue, rassasiée, victorieuse. Personne ne sortira d'ici vivant, personne ne sera plus vraiment comme avant.

Thank you Mr Cave.
C'était le 27 juillet 2013. J'y étais.




Set-List :

We Know Who U R
Jubilee Street
From Her to Eternity
The Weeping Song
Tupelo
Mermaids
Deanna
People Ain’t No Good
Into My Arms
Higgs Boson Blues
The Mercy Seat
Stagger Lee
Push the Sky Away

Rappel :

We Real Cool
Red Right Hand
Papa Won’t Leave You, Henry
Jack the Ripper
Love Letter


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Till