jeudi 7 novembre 2013

John Zorn - Locus Solus [1983]




Toc toc ding dong toc toc toc diiiiiiiiing ça grince ça craque je marche sur des trucs qui croustillent ça craque des voix au fond dans la pièce à côté un lapin à piles traverse devant mes pieds en tapant sur son tambour je l'évite de justesse paf le nez contre l'horloge tic tac tic tac tic tac il est encore tôt les travaux ont repris juste derrière moi la poussière entre par la fenêtre ouverte le soleil réchauffe l'otarie qui dort sur le canapé en fonte de velours rose au milieu des gravats j'enjambe le canapé un morceau de mon pantalon se déchire et reste accroché au barbelé du dossier l'otarie le lapin aussi mais je vois clair dans son jeu j'aurai sa peau de lapin il tend une de ses oreilles et me fait une croche au pied je m'affale sur le piano aqueux qui s'écoule lentement dans l'entonnoir et blanches se mélangent avec le rose otarie du canapé et le roseau tari des rideaux soulevés par le soleil le vent qui inonde la pièce il y en a partout on ne sait plus où mettre les pieds à part sur le tapis volant tapis dans l'ombre de l'abat-jour en peau de lapin qui me barre le passage en tapant sur son tambour alors je le piétine il fait un drôle de bruit chlik chlak ça craque par terre sur le tapis inondé de soleil et d'eau tarie qui coule du plafond à ciel ouvert ou bleu parfois et rend le piano aqueux qui sourit de toutes ses dent quand je me prends les pieds dans le tapis volant je me raccroche de justesse au filet de pêche en répandant par terre le fruit de la pêche pas le fruit la pêche l'otarie est en colère elle voit ses poissons lui échapper à vélo dans l'ascension d'un col de cygne the fish needs a bike je lui souris de toutes mes dents pour m'excuser mais je me prends un rateau très tôt l'horloge tic tac je mets le doigt dans l'engrenage qui sourit de toutes ses dents en contemplant la scène le canapé rose le piano aqueux qui a une drôle de touche le ballon bleu et le rateau qui sourit de toutes ses dents il poursuit une souris qui traverse la pièce mais l'otarie est plus rapide elle croque la souris de toutes ses dents et elle retourne sur le canapé rose qui grince craque sous son poids elle cherche ses poissons pilotes en vélo un poisson grimpe aux rideaux les autres nagent sur le dos sur le tapis inondé de soleil et tâché de lapin à piles écrasé le tambour flotte  dans l'eau tarie du piano aqueux qui coule des jours tranquilles dans l'entonnoir en couleur l'otarie jaune me jette un regard noir bondit du canapé rose et me poursuit en jonglant avec son ballon bleu je m'enfuis en courant d'air par la fenêtre ça y est je suis sauvé je me retourne pour regarder l'horloge qui rit mais les rideaux m'empêchent de revenir en arrière c'est bloqué impossible de rentrer toc toc ding dong toc toc toc diiiiiiiing ça grince ça craque je marche sur des trucs qui croustillent ça craque des voix au fond dans la pièce à côté un lapin à piles.


Personnel :
Peter Blegvad - vocal (1-8)
Anton Fier - batterie (9-15)
Wayne Horvitz - orgue, électronique (23-30)
Whiz Kid - platines (31-38)
Arto Lindsay - guitare, vocal (9-22)
Christian Marclay - platines (1-8)
Mark E. Miller - batterie (16:22, 31-38)
Ikue Mori - batterie (23-30)
John Zorn - saxophone alto, saxophone soprano, clarinette, appeaux

Paru en 1983 chez Rift Records
Réédité en 1997 par Tzadik Records

01.Bass And The Treble
02.The Acquisition & Control Of Fire
03.Honey-Cab
04.Switch
05.Juan Talks It Out Of His System
06.The Wish
07.A Case Arose
08.The Elf
09.Getting Curly
10.Don't Switch
11.Smooth Cheeks Of A Big Ego
12.Add Water
13.Cold
14.Friar T.
15.Too Me
16.You Rang ?
17.Self-Satisfied
18.Agora
19.Dot Dot, Dot
20.Moi Non Plus
21.Liver
22.The Footman's Eyes Get Crossed
23.Heike Cipher Mystery
24.Jedi Mind Trick
25.Mysterious Island
26.You Only Live Twice, Mr. Bond
27.When Arrows Meet
28.Never Say Never Again
29.Sign Of The Four
30.Locus Solus (Parts 1&2)
31.Where Are My Victims ?
32.Disco Volante
33.Kaiser In Borneo
34.The Saint
35.The Violent Death Of Dutch Schultz
36.Thunderball
37.White Zombie
38.The Slaves Of Vesuvius

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Till

lundi 4 novembre 2013

Grand Jeu Sans Frontières Des Blogueurs Mangeurs De Disques - Septième Edition

 


 C'est Jimmy qui le dit, dans le Club des Mangeurs de Disques :


Et si nous nous consolions de la disparition de nos héros tombés au champ d'honneur en nous lançant dans une nouvelle édition du Grand Jeu ? Cela réveillerait peut-être les commentateurs endormis...
Je rappelle la règle pour d'éventuels nouveaux venus : il s'agit d'avoir un blog (ou de connaître un bon pote susceptible de vous héberger) et de poster un album, un jour sur deux, selon des thèmes imposés.
Pour cette septième édition, c'est l'ami Toorsch' qui a concocté le programme, et il y a des bricoles croustillantes.
Merci de m'envoyer vos réponses à l'adresse du Club.
Soyons fous avant que le diable ne nous pique le tagaga avec sa fourche !


Alors voilà, c'est (bientôt) reparti pour la Grande Rock'n'Roll (mais pas que) Party. Le Jeu le plus fou du monde et des environs démarre le 18 novembre pour s'achever dans le délire le plus complet le 30 novembre 2013.

Prochainement sera diffusée la liste complète des participants, mais on me glisse dans l'oreillette qu'elle se composerait d'une bonne vingtaine d'allumés prêts à en découdre sur les thèmes concoctés par Toorsch.

A suivre...


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 Till

jeudi 31 octobre 2013

Lester Bangs Peter Laughner - The Creem Office Session [1975]







Je n'apprends  rien à personne, Lou Reed nous a quitté dimanche. Depuis j'hésite. Préparer un post pour lui rendre hommage ? Un article de plus, noyé dans la blogosphère où j'ai pu lire des hommages bien écrits, émouvants, pertinents. Alors écrire un hommage de plus qui, au mieux, serait une répétition des autres, au pire, un truc fade et indigne de l'artiste célébré, quel intérêt ?

Donc j'hésite. Jusqu'à ce que me reviennent en mémoire ces enregistrements d'un des plus grands admirateurs de Lou Reed. Lester Bangs qui, au plus fort de sa relation amour / haine avec Lou Reed, enregistre dans les bureaux de Creem une jam avec son pote Peter Laughner. Peter n'est plus le guitariste de Rocket From The Tombs puisque le groupe n'est plus, il vient de se faire virer proprement de Pere Ubu(*) à cause de sa toxicomanie. Lui aussi grand admirateur de Lou, il trouve en Lester le complice idéal pour ses quelques morceaux dont la moitié ont Lou ou le Velvet comme sujet.

Soyons clairs. Tous ces G'Bye Lou ne sont pas à proprement parler des hommages, plutôt des parodies. Lester reprochait à Lou de ne pas sortir un chef-d’œuvre à chaque disque, ses critiques envers son idole pouvaient être corrosives. Qui aime bien châtie bien. Venant de ces deux grands admirateurs difficile malgré tout de ne pas y voir un hommage. Ça alimentera peut-être leurs discussions maintenant qu'ils sont réunis au paradis des amoureux de la musique. G'Bye Lou



(*) A vrai dire je ne suis pas très sûr de la chronologie entre son départ de Pere Ubu et la Creem Session, mais quelle importance ?

01 Drugstore Cowboy / I'm So Bored / G'bye Lou
02 G'bye Lou, Too
03 G'Bye Lou, Three / Cry Your Blues Away
04 A Little Bit Of Heaven
05 Seventeen
06 Lester Ray
 
Line-up : vous rigolez ?


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  Till

dimanche 27 octobre 2013

The Ex + Tom Cora - And The Weathermen Shrug Their Shoulders [1993]


FIGURE IMPOSÉE PAR LE ZORNOPHAGE



Le décor ? Urbain, très urbain. Disons l'hyper-centre d'une mégalopole, des tours, des gratte-ciels, un vertige à l'envers, la démesure. La ville ? Ça pourrait être New-York. Ça pourrait être Shanghai. Ça pourrait être Toronto. Ça pourrait être Sidney. Ça pourrait être New-York. Va pour New-York, c'est parfait / pratique  pour former les images mentales. Le moment ? La nuit. Mais la nuit, la ville qui ne dort jamais ne dort pas. C'est parfait / pratique pour raconter une histoire. Ça se passe une nuit à New-York, dans l'hyper-centre, au pied des gratte-ciels. Si on lève la tête on est saisi de vertige. Démesure, vertige.

Zoom avant. Une avenue avec un numéro. Une avenue qui grouille d'une foule disparate, anonyme, désorganisée. Vue d'en haut la fourmilière intrigue, la fourmilière amuse, la fourmilière fascine. La scène est altérée par un malaise impalpable, impossible à définir pour l'instant. C'est parfait / pratique pour démarrer l'histoire.

Zoom avant. Un taxi. Jaune évidemment. Attention cliché. La caméra bascule à l'intérieur du taxi et passe en vision subjective. Il pleut. En vision subjective le personnage assis à l'arrière du taxi jaune une nuit sur une avenue numérotée de New-York. Il pleut, suffisamment pour que les gouttes perturbent la vision à travers les vitres. Pas assez pour empêcher de voir à travers les vitres. En vision subjective le personnage assis à l'arrière du taxi décrit mentalement la scène. Les façades, les enseignes, les magasins crachent leurs couleurs jusqu'à l’écœurement. Les gouttes de pluie sur les vitres diffractent la lumière, les centaines de prismes renvoient des rayons rouges, bleus, jaunes. On dirait un clip diffusé sur MTV. Sauf que. Les lumières sont immobiles, le taxi est immobile.

Flash-back. Vue d'en haut la fourmilière s'active mais la longue file de voiture ne bouge pas. Panoramique. La file de voiture s'étend sur plusieurs blocs, immobile. Le long serpent mort attaqué par l'armée des fourmis. Cut. Retour dans le taxi, vision subjective. On perçoit le mouvement de la foule à l'extérieur. Des ombres anonymes qui s'agitent, courent, sautent. Du trottoir monte une colonne de vapeur échappée d'un réseau de chauffage défaillant. De la rue monte des colonnes de fumée d'origine inconnue. On les perçoit déformées à travers les gouttes de pluie sur les vitres. On dirait une vidéo arty d'étudiants de première année.

Le son ? La radio débite en boucle des infos sur le mode alarme. La radio dit émeutes, affrontements, pillages, état d'urgence. La radio débite en boucle des infos jusqu'à l’écœurement. Le bruit de fond ? Des cris, des appels. Les ombres anonymes s'agitent, courent, sautent en hurlant. C'est parfait / pratique pour mettre en place l'ambiance. Lumières colorées, jet de vapeur, colonnes de fumées, ombres qui courent, cris de la foule. On dirait l'Apocalypse filmée par Hollywood. Nemesis strike back.

Le personnage assis à l'arrière du taxi se tait. Le chauffeur du taxi se tait. La radio débite en boucle des infos sur le mode guerre civile / émeutes / fin du monde. La radio dit la Bourse s'effondre, la radio dit le Président en fuite. La police dépassée, NYPD à la mer. Écœuré le chauffeur du taxi éteint la radio et glisse un CD dans le lecteur. Le personnage assis à l'arrière du taxi se crispe dans l'attente du disque de rap qui va accompagner le clip MTV. Attention cliché. Mais écoute cette rythmique. Vise ce son. Sens cette basse. MTV n'émet plus. Pas de rap, plus de MTV. Dépassée, à la mer. Devant une guitare saturée un violoncelliste arrache à ses cordes la bande-son idéale. Un chanteur arrache à ses cordes le chant de la foule, prête sa voix aux ombres anonymes. La fumée sent le soufre.

Zoom arrière. Une tâche jaune immobile au milieu d'une foule bariolée. Le son ? La musique s'étend en dehors du taxi. Les accords résonnent d'une façade à l'autre. Dans les nuages de fumée colorés par les façades aux néons, les ombres anonymes s'agitent, courent, sautent. Sur une scène improvisée un groupe scande sa rage apprivoisée. Au milieu de la scène un violoncelliste arrache à ses cordes la bande-son idéale.


01 Dere Geliyor Dere
02 The Big Black
03 What's the Story
04 Lamp Lady
05 One-Liner from China
06 Everything and Me
07 New Clear Daze
08 Oh Puckerlips Now
09 Empty V
10 Okinawa Mon Amour
11 Dear House
12 Conviction Going Gaga
13 Stupid Competitions
14 Hickwall
15 War OD
16 Untitled

Line-Up :

Terrie : guitare
G.W. Sok : chant
Luc : basse
Andy : guitare
Katrin : batterie, chant
Tom Cora : violoncelle



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Till

mardi 15 octobre 2013

Das Kapital - Ballads And Barricades - The Music Of Hanns Eisler [2009]



 A gauche Charlottenburg. Le quartier est plongé dans l'obscurité, on ne devine même pas le Schlosspark au loin. Tout le contraire d'ici. La voiture roule lentement sur le Ku'damm. Ici c'est la lumière crue, obscène. Les néons dégoulinent le long des façades et crachent leurs couleurs. Obscène.

Sur le siège passager Gunter dit Je connais un club rock sympa dans Prenzlauerberg, ça vous dit pas ? Pas de réponse. Gunter dit Alors ? Hans monte le son. La radio dit Saxophone strident, rythmique syncopée. Gunter se tait.

La voiture roule lentement sur le Ku'damm. En arrivant devant la Gedächtniskirche, Hans tourne à droite et passe devant Kadewe. Le temple de la consommation dégouline de néons criards et obscènes. Gunter se tait. Hans monte le son. La radio dit guitare et clochettes tintinabulantes. La radio dit saxophone qui quitte la ligne mélodique. A gauche, Hans remonte vers Tiergarten. Tiergartenstraße, le parc übernachtung. Visite de nuit.

Gunter dit C'est quoi cette musique ? Pas de réponse. Gunter dit Scheiße, c'est quoi ce truc ? Hans monte le son. La radio dit guitare mélodique et saxo fou. La radio dit free jazz sur mélodie classique. Gunter se tait. Gunter regarde la ville défiler par la vitre. Hans conduit en mode touriste. De la Potzdammer Platz il remonte vers la porte de Brandebourg et tourne à droite sur Unter Den Linden. Les tilleuils de nuit c'est l'arnaque, on voit rien.

Gunter regarde les façades bourgeoises défiler par la vitre. Il regarde les trottoirs vides. Gunter dit Qu'est-ce qu'on fout là ? Tu nous fais la visite touristique ? Mû par une idée soudaine, Hans tourne à droite et s'engage dans FriedrichStraße. Direction Kreuzberg. Gunter regarde par la vitre le quartier un peu plus vivant, un peu moins bourgeois. La radio continue sur le mode guitare-batterie-saxo. La radio dit une couche mélodique, une couche libre.

De rue en rue, carrefour après carrefour, Hans remonte au nord, rejoint le bout d'Unter Den Linden, traverse la Spree. L'île des Musées est plongée dans l'obscurité, la masse fantomatique de l'ancien siège du gouvernement de la RDA continue à exposer ses ruines, témoignage pitoyable d'un ancien temps. Karl Liebknecht Straße. Ca commence à s'animer. Sur le siège passager Gunter se détend. La radio dit Hanns Eisler. Gunter se tourne vers Hans. Gunter dit Tu connais ce type ? Hans sourit. Les candélabres régulièrement espacés de Karl Liebknecht Straße font clignoter le sourire de Hans dans la voiture. En rythme avec la batterie.

Gunter frissonne et se tourne vers la vitre. Il regarde s'approcher la tour de la télévision. Il regarde apparaitre Alexander Platz et la masse de la gare, le métro aérien. Il a entendu parler de Fassbinder, pas de Eisler. Hans monte le son. Sur le siège arrière Karl sort de sa torpeur. Karl raconte à Gunter. Karl lui parle de Eisler, de Brecht. Il lui raconte le musicien, il lui raconte l'exil en 1933. Hans tourne à droite et s'engage sur Karl Marx Allee. Ligne droite. Longue, longue, longue. Karl raconte à Gunter la commisson McCarthy, il raconte le retour à Berlin, il raconte Auferstanden aus Ruinen, il raconte Nuit et Brouillard.

La voiture croise la rue de la Commune de Paris. Elle descend Karl Marx Allee et s'enfonce lentement dans Lichtenberg. Elle s'enfonce lentement dans la nuit. Hans monte le son. La radio dit un saxophone qui s'envole librement dans la nuit.

01. An Den Deutschen Mond
02. Ohne Kapitalisten Geht Es Besser
03. Vom Sprengen Des Gartens
04. Die Moorsoldaten
05. Auf Der Flucht
06. An Den Kleinen Radioapparat
07. Lied Von Der Moldau
08. Das Wunderland
09. Hotelzimmer 1942
10. Landschaft Des Exil
11. Elegie 1939
12. Solidaritätslied
13. Mutter Beimlein
14. Einheitsfrontslied
15. Marie Weine Nicht

Line-up :
Daniel Erdmann : Saxo tenor et soprano
Hasse Poulsen   : Guitare
Edward Perraud : Batterie, Percussions

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Till

dimanche 13 octobre 2013

[SINGLéS] Dr Feelgood - Roxette / Keep It Out Of Sight (Live) [1976]


Désespérément vide. Je regarde le fond de mon verre où la mousse disparait peu à peu. Leeeeeeeeentement. On devine encore les initiales que j'ai gravées dans la mousse avant de commencer à boire, histoire de vérifier la légende. Je lève le nez de mon verre pour commander une autre Guinness et je croise le regard de Mike. Mike est mon meilleur ami depuis au moins trois heures, Mike n'a pas fini son verre, Mike boit de la lager. Leeeeeeeeentement.

Mike connait les groupes de Londres. Pour un petit Frenchie qui débarque avec des envies de musique plein la tête, Mike c'est le meilleur ami idéal. Mike parle beaucoup alors Mike boit sa bière leeeeeeeeentement. En trois heures il m'a déjà raconté la scène londonienne, ce qu'on peut voir et écouter en ce moment, ce qu'il sent venir pour bientôt. SEX. Mike veut m'emmener dans une boutique de fringues branchée sur King's Road.  Il dit Tu vas voir l'ambiance, ça bouillonne autour de cette boutique. Il dit Y a des tas de groupes qui vont sortir de là et faire parler d'eux. Il dit Souviens-toi de ce que je te dis. Boutique, fringues, musique, l'association fait rire le petit Frenchie qui ne connait rien à la scène londonienne.

Mais ce soir Mike a voulu me faire écouter un groupe qui tourne dans les pubs. The Rose. La bière est bonne, l'ambiance est bonne, la musique est bonne. J'attaque ma deuxième pinte, Mike finit sa première. Mike dit Tu vas voir ce groupe est une tuerie sur scène. Mike dit Le guitariste est un fou génial. Mike dit J'suis sûr que demain tu fonces dans un magasin acheter leur disque. Pour coller complètement à l'ambiance j'allume clope sur clope et je participe au grand nuage collectif qui flotte du bar jusqu'à la scène au fond. Désespérément vide. Le petit Frenchie qui débarque avec des envies de musique plein la tête est pressé que ça commence. Je bois ma bière leeeeeeeeentement pour faire durer, je caresse du bout du doigt les boiseries du bar. So british. Ça commence quand ?

Dans le nuage de fumée dense je devine des formes qui bougent sur la scène là-bas tout au fond. J'entends le bruit d'une batterie. J'entends le bruit d'un accord de guitare. J'entends le bruit d'une basse. Les gens se tournent vers la scène là-bas tout au fond. Les joueurs abandonnent la cible, une fléchette flotte encore en l'air et finit par se planter au centre. Bull's Eye. Mike m'entraine par le bras, à peine le temps d'attraper ma pinte. Mike dit On va devant. Mike dit C'est là qu'il faut être. Mike dit C'est là qu'on en prend plein la tête.

Dans l'heure qui suit le petit Frenchie en prend plein la tête. Le petit Frenchie saute sur place sur des rythmiques saccadées. Le petit Frenchie renverse sa bière comme un plouc. Le petit Frenchie respire la fumée et avale des accords. Pur Rock'n Roll. Le petit Frenchie saute en l'air et ne redescend pas. Une nouvelle bière est apparue dans sa main. Mike rigole. Mike jubile. Mike est mon meilleur ami depuis au moins quatre heures. Le petit Frenchie redescend leeeeeeeeentement. Il renverse sa bière. Il rate la cible et plante la fléchette dans les boiseries. Il renverse sa bière. Mike rigole.

Le petit Frenchie chante à tue-tête. Je t'ai vu l'autre soir, un mec te tenait bien serrée, je me demande qui c'était. Il faisait sombre je n'ai pas pu voir mais je sais que ce n'était pas moi. Putain c'était pas moi Roxette...





A. Roxette (live)
B. Keep It Out Of Sight (live)

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Till

jeudi 5 septembre 2013

Ukulele Orchestra Of Great Britain - Anarchy in Ukulele




 Le ukulélé dans tous ses états. Teenage Kicks revisité à grands coups d'accords aigrelets, un Should I Stay Or Should I Go qu'aurait adoré mon ami Joe, Kate Bush devenue supportable, Lou Reed servi rôti avec une sauce à la menthe, le mystère de la vie sur Mars enfin résolu, Morricone flingué à coup de 4 cordes.

Breaking news : Kurt Cobain n'est pas mort, il vit à Hawaï.

So british

Set List :

1. Devil's Gallop, Dick Barton Special Agent

2. Teenage Kicks 03:30
3. Leaning on a Lampost 06:00
4. Wuthering Heights 10:52
5. Smells like Teen Spirit 14:25
6. You don't bring me Flowers 20:00
7. Life on Mars 23:40
8. Hard to Handle 27:22
9. Mcarthur Park 30:03
10. Orange Blossom 36:27
11. The Good, the Bad and the Ugly 41:50
12. Hot Tamales, They're Red Hot 47:00
13. Satellite of Love 50:41
14. Fly me off the Handel 54:28
15. Should I stay or should I go 59:45
16. Le Freak 01:02:20

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 Till

lundi 2 septembre 2013

[Retour de concert] Et l'âne vit l'Ange...

  

Le 27 juillet dernier la foudre est tombée sur Lyon faisant environ 4500 victimes. Oh, on en a très peu parlé dans la presse, les journaux télévisés étaient déjà fort occupés à traiter des sujets brûlants comme la migration des poules d'eau dans le marais Poitevin ou la culture de l'andouille dans les boîtes branchées de Cannes. Et comment leur en vouloir ? Qui s'intéressait à 4500 bienheureuses victimes ? Bienheureuses ? Oui bienheureuses. Et consentantes.

Pourtant, rien ne laissait présager un tel cataclysme. Le ciel désespérément bleu rappelait aux plus étourdis que l'été s'était installé pour de bon depuis un mois, la température était estivale ce qui n'a rien d'extraordinaire un 27 juillet, la bière coulait à flot dans de pauvres gobelets en plastique prompts à se renverser sur les pieds maladroits et on apercevait même de maigres sandwiches et de tristes crêpes arpenter les travées d'un théâtre romain au bout de bras affamés.

Non, rien ne laissait présager un tel cataclysme. Sauf quelques oiseaux de mauvais augures espérant avidement qu'un séisme gigantesque vienne secouer la torpeur multi-millénaire des gradins en pierre. attendant impatiemment un déferlement d'énergie, un raz-de-marée électrique, un orgasme musical. Les dernières miettes de Belin rapidement dispersées, la tension était vite devenue palpable dans les rangs serrés des naufragés volontaires du proscenium. Au moindre frôlement, des étincelles jaillissaient des corps coupables et éclairaient joliment la fosse, jetant des ombres inquiétantes sur les âmes perdues en quête d'énergie vitale.

Puis, répondant à un signal mystérieux, une coutume ancestrale ou une décharge tellurique, tous ces corps se sont connectés en un immense réseau. Plugged. Ce réseau improvisé, vecteur d'un flux électrique dévastateur, s'est tout entier tourné vers la scène qui enfin, enfin, laissait germer ses mauvaises graines. Nous savons qui vous êtes.

Le flux électrique est instantanément absorbé par les mauvaises graines, transformant les semences diaboliques en un  monstre incontrôlable, créature mythologique, trou noir, noyau d'antimatière, générateur et amplificateur d'énergie. Le monstre saisit la foule dans sa gueule et l'entraîne en hurlant le long de Jubilee Street. Cours, galope, trébuche dans la rue devenue brasier, façades en flammes, immeubles en ruine, poursuivi par une boule de feu inarrêtable. I'm flying, look at me. Le monstre vole sur les flammes, s'y brûle les ailes, terrible et sublime. Trop tôt pour un paroxysme.

I want to tell you about a girl
She lives in room 29
That’s the one right on top of mine...


La chambre 29 elle aussi est emportée dans le grand incendie. Les planchers grincent, les poutres fument, personne ne sortira d'ici vivant. Flammes, ruines, débris, poussière, fumée, plus que les yeux pour pleurer. I hear her cryin'. Pleurer. Une chanson pour pleurer pendant que les femmes et les hommes dorment. Mais personne ne peut dormir quand l'orage continue à gronder. Les roulements de tonnerre déchirent les tympans, les éclairs zèbrent le ciel, magnifiques. Comme un soir d'orage sur Tupelo, Mississipi, comme un soir d'orage pour célébrer la naissance d'un autre mythe, un roi sans couronne.

Poursuivant sa course folle, crachant flammes et fumée le monstre écrase, piétine, broie tout sur son passage. Des sirènes exsangues lancent en vain leur chant vénéneux, les chœurs d'une église baptiste s'en remettent à ce qu'ils connaissent le mieux mais rien n'y fait, leur gospel endiablé échoue à son tour. Le monstre écrase, piétine, broie tout sur son passage. Poor Deanna.

Soudain, comme terrifié par sa propre férocité, il s'immobilise, pétrifié au son de quelques accords de piano. Le temps est suspendu, le monstre semble touché par la grâce, proche de la rédemption, la Belle et la Bête s'affrontent silencieusement. Rédemption. Grâce. Temps suspendu. Mais non, la voix intérieure le guide. Les gens ne sont pas bons, alors attaque, dévaste, détruit, pas de quartier, pas de pitié. Alors la bête rugit à nouveau, plus fort que jamais. La bête serre la foule dans ses bras et reprend sa course folle. La bête entraîne la foule dans une danse diabolique. Le fantôme de Robert Johnson surgit, une guitare à 10 dollars dans le dos. Avec un mauvais sourire il plante un archet dans celui d'Ellis.

La messe est dite, le diable s'invite au festin. Robert Johnson et le diable, qui sait lequel étripera l'autre ?
La lutte est rude, âpre, acharnée. Toutes griffes dehors, les coups pleuvent, les démons se mêlent à la transe. Stagger Lee, Jack l'Eventreur, une main droite ensanglantée arrache les âmes au son d'une cloche lugubre. Le monstre rugit, hurle, crache. La lutte est rude, âpre, acharnée, à en repousser les limites du ciel.

Le ciel désespérément bleu a cédé aux teintes de la nuit naissante. Dans le brasier 4500 témoins muets, essoufflés, épuisés regardent la bête se retirer lentement des décombres, repue, rassasiée, victorieuse. Personne ne sortira d'ici vivant, personne ne sera plus vraiment comme avant.

Thank you Mr Cave.
C'était le 27 juillet 2013. J'y étais.




Set-List :

We Know Who U R
Jubilee Street
From Her to Eternity
The Weeping Song
Tupelo
Mermaids
Deanna
People Ain’t No Good
Into My Arms
Higgs Boson Blues
The Mercy Seat
Stagger Lee
Push the Sky Away

Rappel :

We Real Cool
Red Right Hand
Papa Won’t Leave You, Henry
Jack the Ripper
Love Letter


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Till

jeudi 25 juillet 2013

[SINGLéS] The B-52's - Rock Lobster / 52 Girls 7" [1978]


https://www97.zippyshare.com/v/80QSaK18/file.html
  

 Ça commence mal. La fête sur la plage tourne au cauchemar quand un convive perd malencontreusement son lobe d'oreille.  On le retrouve vite fait mais c'est définitivement le bordel sur cette plage. Un plongeur se noie dans un tourbillon de bulles et se fait bouffer par un coquillage géant, les sirènes sont des gorgones qui cherchent l'âme frère, les dauphins flippent, les hippocampes se la jouent surfeurs, les nageoires clapotent, sous les applaudissements de coquillages facétieux. Mais c'est bel et bien une langouste qui est responsable de tout ce cirque. Rock Lobster est un des plus joyeux bordels aquatiques qu'il m'ait été donné d'entendre.

A. Rock Lobster
B. 52 Girls

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Till

mardi 23 juillet 2013

Batlik - L'Art des Choix [2010]


https://www97.zippyshare.com/v/Ii9sDcaz/file.html




Recyclage du blog Lemieletlesoreilles


Pourquoi Batlik ? A priori ce n'est pas mon univers musical. Hé ho Till, keske tu racontes là ? Oui c'est vrai qu'est-ce que je raconte ? Mon univers musical englobe tous les gens dont la musique me fait quelque chose . Pour ceux qui ne voient pas plus loin que leur écran, désigne une zone de mon anatomie située approximativement entre le bas-ventre et le début de la cage thoracique. L'abdomen, le ventre, le bide, le buffet, appelez-ça comme vous voulez, moi je me comprends et c'est bien l'essentiel.

Voilà ! C'est ça la réponse. Pourquoi Batlik ? Parce que sa musique me fait quelque chose . J'ai mis du temps à m'intéresser au monsieur. Quand il s'agit de chanteurs français je suis toujours méfiant. Mon drame c'est que je parle le français couramment et que je comprends plutôt bien les paroles. Sauf celles d'Indochine. Donc je me méfie. Un texte qui me gêne, une musique qui fait du sous-Têtes Raides et aussi sec je mets de côté pour écouter plus tard, souvent aux prochaines Calendes grecques. Curieusement je n'ai pas la même réaction avec les étrangers qui chantent en étranger. Mais je sais que c'est idiot.

Donc Batlik c'est venu tardivement. Parce qu'un ami m'a offert L'art des choix. On se connait assez, lui pour savoir que ça me plairait et moi pour savoir que ça me plairait. Et réciproquement. Et donc je l'ai écouté et donc ça m'a plu. Parce que le monsieur écrit bien, parce que sa musique je ne sais pas en parler, parce que son phrasé sacca
dé, où parfois les mots sont reje
tés plus loin accroche mon oreille avec bonheur.

Et puis le monsieur je l'ai vu sur scène depuis. C'était une toute petite salle et ça c'était bien. Ils étaient trois musiciens sur scène avec une bonne ambiance et ça c'était bien. Les instruments n'étaient plus tout à fait les mêmes que sur le disque et ça c'était bien. Il a passé presque autant de temps à discuter avec le public qu'à jouer et ça c'était bien aussi.

Batlik j'aime bien. Batlik travaille en dehors des circuits commerciaux. Disques auto-produits, label indépendant. Batlik ne fait pas de buzz. Batlik est un pur. Batlik mérite bien qu'on parle un peu de lui.


01 - sage renoncement 3'06
02 - un bon français 3'14
03 - la main dans le sac 2'46
04 - le mal est fait 3'19
05 - l'effort de soumission 4'18
06 - l'indépendant 2'56
07 - na dé milyons d'années 3'35
08 - l'art des choix 2'59
09 - mauvais homme 3'28
10 - à la ronde 2'09
11 - nuisible retranché 2'42
12 - porte de Clichy 3'36


Batlik (guitare chant)
Jean Marc Pelatan (basse, clarinette)
Seb Brun (batterie)
Nicolas Brûche (trompette)
Julie Rousseau (choeurs)
Hugo Votocek (ingé son)

Merci aux visiteurs qui laissent une trace de leur passage.
Till