jeudi 9 mai 2013

The Golden Palominos - The Golden Palominos [1983], Visions of Excess [1985]

Formé par le batteur et compositeur Anton Fier en 1981, The Golden Palominos est un groupe à géométrie variable avec Fier, le bassiste/producteur Bill Laswell et le guitariste Nicky Skopelitis comme seuls membres récurrents.
 

Premier opus du projet mené par Anton Fier et, rien qu'à voir la splendide collection d'allumés que comprend la formation, on se doute que, si on risque fort de ne pas s'y ennuyer, on sera aussi mis à rude épreuve, sur le gril... Ou pris dans un furieux torrent, dont on risque de ne pas sortir indemne, à l'image des canassons de la pochette.

Il faut dire qu'on ne rencontre pas si souvent une fusion aussi étrange que celle proposée par l'éponyme des Golden Palominos, une sorte de funk mutant, blanchi aussi, où les bruitages, déviances sonores, grooves décalés et autres évènement percussifs inattendus tiennent le haut du pavé. Pas exactement le genre de machin à confier à toutes les (sensibles) oreilles mais pas non plus une œuvre si avant-gardiste qu'on ne puisse la conseiller qu'à quelques happy-fews. D'une part, il y a le côté historique de voir tous ces extraordinaires musiciens réunis (dont John Zorn qui rendra l'appareil à Fier en l'invitant sur son Locus Solus la même année) mais aussi l'impact d'un style, d'un son qui fera florès quelques années plus tard (par exemple chez les Talking Heads), évidence impossible à nier à l'écoute de l'introductif Clean Plate.

Ne le nions pas, The Golden Palominos, l'album, reste avant tout une étrangeté qui ne plaira qu'à ceux qui apprécient la "musique qui cherche", se donne le droit à l'erreur aussi (toutes les pistes ne fonctionnent pas ici avec le même bonheur) parce qu'elle se sent investie d'une mission prospective ô combien louable débouchant, qui plus est, sur une dose de fun plus que conséquente et même décisive dans le plaisir pris par l'auditeur.

Il n'en faut pas plus pour décréter qu'on tient bien là une vraie belle réussite en plus d'une odyssée sonique hors du commun.


1. Clean Plate 6:30
2. Hot Seat 5:16
3. Under the Cap 5:36
4. Monday Night 6:31
5. Cookout 4:40
6. I.D. 6:48
7. Two Sided Fist 7:43


- Anton Fier: drums, Oberheim DMX, percussion, production, mixing
- John Zorn: alto saxophone, clarinet, game calls
- Fred Frith: guitar, violin
- Bill Laswell: bass guitar, production, mixing
- Arto Lindsay: vocals, guitar, additional production
&
- Thi-Linh Le: vocals on "Monday Night", design, photography
- Mark E. Miller: vocals on "Hot Seat", turntables on "Hot Seat" and "Monday Night"
- David Moss: percussion on "Clean Plate", "Under the Cap" and "Two Sided Fist"
- Nicky Skopelitis: guitar on "Monday Night" and "I.D."
- Jamaaladeen Tacuma: Steinberger bass guitar on "Clean Plate" and "Two Sided Fist"
- Roger Trilling: tape on "Cookout"
- Michael Beinhorn: drums and Oberheim DMX on "Hot Seat", piano on "Cookout"



The Golden Palominos c'est, premièrement et avant tout, Anton Fier, batteur de son état et capitaine du navire ce que prouve clairement ce second opus au line-up ô combien différent de l'inaugural éponyme avec, cette fois, une sélection de musiciens/invités nettement moins versés dans la Downtown scene de la Big Apple et nettement plus vers un mainstream rock de qualité... Enfin, le line-up parce que, musicalement, si l'aspect bruitistes et les glissements avant-gardistes ont été largement revus à la baisse, le ton n'est tout de même pas à la facilité et au FM-compatible.

Concrètement, si on reconnait, via les éléments rythmiques et l'approche sonique des GP originels restants, de notables différences se font jour et les invités de l'occasion ne sont pas tout à fait innocents quand à ce renversement de tendance avec, en tête, un Michael Stipe de R.E.M. qui, présent sur les trois titres d'ouverture de Visions of Excess, donne le ton de l'ensemble. De fait, le format chanson, totalement absent des précédents ébats du collectif, est ici au centre des débats. Ca n'empêche évidemment pas quelques musiciens d'exception de faire montre de leurs sens artistiques et leurs capacités instrumentales au dessus de la moyenne. On citera notamment Bill Laswell, master bassiste, et Nicky Skopelitis, guitariste exubérant s'il en fut, ici particulièrement à leur aise et mis en valeur.

Si on peut regretter la relative facilité de l'ensemble, dans lequel à un avant-gardisme funkoide de bon aloi s'est substitué un côté presque stadium rock, on est obligé de louer l'efficacité et la réussite générales. Ca donne, forcément, une œuvre plus classique, moins aventureuse mais aussi un album dans lequel on reviendra plus volontiers picorer tel ou tel titre particulièrement marquant (les trois de Stipe en sont !), et, en définitive, une réussite encore plus totale.


1. Boy (Go) 5:30
2. Clustering Train 6:07
3. Omaha 3:11
4. The Animal Speaks 4:07
5. Silver Bullet 5:09
6. (Kind of) True 4:47
7. Buenos Aires 3:48
8. Only One Party 4:30


- Anton Fier: drums, DMX, percussion
- Bill Laswell: bass guitar
- Jody Harris: guitars, slide guitar
- Richard Thompson: guitars
- Mike Hampton: guitar
- Henry Kaiser: guitars
- Nicky Skopelitis: guitars
- Arto Lindsay: guitar, vocals
- Chris Stamey: guitar, piano, vocals
- Bernie Worrell: Hammond organ
- Carla Bley: Hammond organ
- Syd Straw: vocals
- Michael Stipe: vocals
- Jack Bruce: vocals, harp
- John Lydon: vocals

vendredi 3 mai 2013

John Zorn - The Mysteries [2013]

 
On prend les mêmes et on recommence.
 
Hé oui, voilà de retour Bill Frisell (guitare), Carol Emanuel (harpe) et Kenny Wollesen (vibraphone et cloches) soit la même (fine) équipe à qui nous devions, il y a une année de ça, l’excellent Gnostic Preludes. Cette fois, ça s’appelle The Mysteries mais le principe, l’univers sont fondamentalement les mêmes.
 
Entre jazz de salon et musique de chambre contemporaine, le trio égrène les mélopées précieuses d’un Zorn en mode « ear-friendly ». De fait, ça « bave » rarement, c’est (re)tenu et mélodique à souhait... à mille lieues d’exactions freejazzophiles ou d’explorations avant-gardistes bruitistes.  Pas routinier, pour autant. Zorn aime à revenir en terrain connu pour creuser un filon encore riche de précieuses promesses et d'en profiter pour "pousser un peu les murs", ouvrir les fenêtres et voir/entendre ce que l'air du jour apporte.  
 
Pas routinier, donc, mais pas réellement surprenant non plus, comme de réenfiler une veste légère à la remontée du thermomètre, de se rendre compte qu'elle a (rayer les mentions inutiles) élargi, rétréci, raccourci ou qu'elle vous va encore comme un gant (ce qui, pour une veste peut s'avérer problématique)... Mais trêves de comparaison costumières ! The Mysteries, nul doute !, plaira à ceux qui aiment leur Zorn harmonieux mais un peu savant quand même, ceux-là mêmes (les bonnes gens !) qui apprécièrent les deux volumes du Book of Angels du Masada String Trio, celui de Bar Kokhba ou l'entièreté de l'œuvre des Dreamers. Du "easy" Zorn, spirituel et éthéré, rythmé ce qu'il faut où il faut, enchanteur sans tapage, digne et beau.
 
Evidemment, "easy", quand on en vient à évoquer un gentil fou tel que l'hyper productif  compositeur New Yorkais, ça n'empêche pas quelques charmantes et bienvenues sorties de routes, dérapages dans un virage en épingle... Toujours contrôlé par un compositeur/arrangeur malin bien entouré d'un trio d'instrumentistes dont l'expertise et la sensibilité n'est plus à démontrer. 
 
Si on s'adonnait au petit jeu de la comparaison et qu'on étalonnait The Mysteries à l'aulne des mérites de son glorieux prédécesseur, on dirait que, l'effet de surprise passé, le charme agit toujours mais que l'œuvre fondatrice, forcément, l'emporte.  Mais fi de mauvais esprit, un an après, la fine équipe des Gnostic Preludes a, une fois encore, merveilleusement servi son compositeur. L'essentiel est là, on ne boude pas sa joie.
 
Youpi !
 

1. Sacred Oracle 5:35
2. Hymn of the Naassenes 5:05
3. Dance of Sappho 4:05
4. The Bacchanalia 2:56
5. Consolamentum 5:48
6. Ode to the Cathars 6:55
7. Apollo 3:27
8. Yaldabaoth 3:54
9. The Nymphs 10:47

mardi 30 avril 2013

John Zorn - Lemma [2013]

 
Attention ! Ce Zorn ci fait peur à beaucoup. Ce n’est pas celui qui cajole les oreilles de douces mélopées où se rencontrent klezmer, jazz, americana, etc. Non, ce Zorn ci donne dans la complexité, dans la recherche aussi, il exprime la facette contemporaine d’un compositeur toujours aussi multiple, jamais vraiment là où on l’attendrait malgré l’immense diversité de son catalogue.
 
En l’occurrence, un instrument est mis à l’honneur sur ce Lemma : le violon. Et trois instrumentistes, (mais pas le « régulier » Mark Feldman, sans doute occupé alors à d’autres explorations) : David Fulmer, Chris Otto et Pauline Kim. Et trois sections distinctes habitant les 17 pistes de la livraison : Apohthegms, Passagen et Ceremonial Magic.

On commence par Apophthegms duo de violons entre David Fulmer et Christopher Otto, progression en douze courtes vignettes dans les méandres du cerveau Zornien à son "avant-gardissime" soit une musique se jouant de la mélodie (plus qu'en jouant) pour produire des effets, des impressions, des émotions différentes. La partition, en l'occurrence, n'épargne pas les bizarreries d'usage à l'auditeur même s'il lui arrive, c'est heureux, de s'apaiser jusqu'à évoquer furtivement Bach ou Bartók. Pas simple tout ça mais diablement attirant et, en définitive, réussi.

Suit Passagen et ses 14 massives minutes. Et quelle beauté ! Pas besoin de plus qu'une violoniste précise et passionnée telle que Pauline Kim pour habiter cette pièce pour laquelle Zorn avoue s'être inspiré de quelques œuvres de grands compositeurs ayant dédié une partie de leur art à l'instrument qui nous intéresse ici (le violon, donc, et, nommément, Bach, Paganini, Bartók et Carter). On reste, ceci dit, en Zornerie l'inspiration étant plus stylistique qu'harmonique... Et c'est parfait comme ça !

Last but not least, Ceremonial Magic, déjà présent dans une version rythmée dans Music And Its Double (avec Kenny Wollesen à la batterie), déjà joué alors par David Fulmer dont la maîtrise instrumentale et le feeling ne se démentent pas ici. Pas une découverte, donc, que cette suite en quatre mouvements, juste la confirmation de la grâce déjà entendue et ici confirmée mais pas forcément la pièce à la marge entre précision compositionnelle et improvisation échevelée qu'il nous avait semblé entendre précédemment tant la réplique présente s'approche au plus près de l'enregistrement originel.

On ne le niera pas, ce Zorn là, le Zorn contemporain, en déstabilisera certains. De fait, il faut connaître cette grammaire musicale, cet esprit à la fois revêche  et ludique, cette volonté régulièrement réaffirmée de ne pas simplement "faire" pour pleinement goûter au festin présentement offert. Quoique les moments de pure grâce soient, finalement, suffisamment nombreux pour offrir une porte d'entrée viable à cet univers ô combien particulier.


- David Fulmer : violon (Apophthegms; Ceremonal Magic)
- Pauline Kim : violon (Passagen)
- Christopher Otto : violon (Apophthegms)


Apophthegms 
01. Apophthegms I 0:45
02. Apophthegms II 1:06
03. Apophthegms III 1:44
04. Apophthegms IV 1:22
05. Apophthegms V 1:34
06. Apophthegms VI 1:50
07. Apophthegms VII 2:40
08. Apophthegms VIII 1:48
09. Apophthegms IX 2:05
010. Apophthegms X 1:20
11. Apophthegms XI 1:55
12. Apophthegms XII 2:46

13. Passagen 14:19

Ceremonial Magic 
14. Ceremonial Magic I 5:27
15. Ceremonial Magic II 4:04
16. Ceremonial Magic III 5:50
17. Ceremonial Magic IV 3:49

samedi 27 avril 2013

David Bedford - The Odyssey [1976]

Un petit préambule pour expliquer ma présence, maintes fois retardée, sur le blog de Till... Au départ, j'avais pensé ne proposer que du John Zorn ici (deux sont d'ailleurs à venir prochainement) et puis, finalement, débarrassé des obligations quotidiennes que je m'étais moi-même imposées et reprenant goût à bloguer à-qui-mieux-mieux, et un peu "coupable, aussi, de squatter quelques bonnes maisons (nommément Jeepeedee Rips et Les Jolies Compiles de Keith Michards), adorant enfin ce nouveau statut de partageur SBF (sans blog fixe), j'ai décidé d'élargir le spectre. En gardant une certaine cohérence de ton, tout de même...

Voilà, ainsi, comment se partagera ma "carrière" de blogueur "mercenaire" :
- Chez Jeepeedee tout ce qui reste, à mon humble avis, d'un accès assez aisé.
- Chez Keith Michards, les compiles maisons, évidemment !!!
- Chez Till (This Beautiful Downgrade), tout ce qui demande un investissement un peu plus important de l'auditeur, le zarbi mélodique aussi...
et enfin
- Sur "Mangemesdix", les jeux divers et variés proposés par notre informelle fratrie (Jimmy Mangeur de Disques  en tête !).

Ces digressions explicatives achevées, il est grand temps de passer à la musique !!!



Mais qui connait David Bedford ? Probablement pas grand monde et, tudiou, ô immense injustice des hasards de la notoriété, c’est bougremment dommage ! Pour situer le personnage, musicien/compositeur d’avant-garde formé à la Royal Academy of Music de Londres, il a opéré sa transition vers le "rock" en collaborant avec Kevin Ayers ou Soft Machine, on pourrait imaginer pire. Se faisant, il rencontra Mike Oldfield et se lia d’amitié avec le taciturne progueux qui n’hésitera pas à l’employer à quelques reprises (et réciproquement). Commençant sa carrière solo aux naissantes 70s, ses albums les plus "connus" sont Rime of the Ancient Mariner, Nurses Song With Elephants et, celui dont il s’agit ici, Odyssey, son magnum opus comme qui dirait... Inspiré par l'Odyssée d'Homère en plus.
Et donc, nous sommes en 1976, période d'apogée d'un certain progressisme "suffisant" (pour rester aimable avec messieurs, Emerson, Wakeman & Anderson, Schulze, Vangelis et consorts...) auquel, on ne va pas se mentir, David Bedford pourrait être facilement assimilé s'il n'y avait une relative simplicité dans les grilles harmoniques et un défini goût pour la retenue chez le compositeur. Ainsi, là où la plupart de ses contemporains étalent largement des capacités instrumentales tape à l'œil, l'objectif de Bedford semble être, avant tout, de glorifier son travail de création mélodique.

Parfois complètement planante (évoquant parfois le meilleur de Klaus Schulze, souvent le versant "new-ageux" d'Oldfield), parfois quasiment lysergique (sur le central et épatant The Sirens et ses 10 minute de grâce éthérée) la musique présentement proposée par Bedford a évidemment beaucoup recours aux synthétiseurs divers et variés si typiquement et couramment employés dans ces glorieuses Septantes. Certes, on ne peut donc pas dire que Bedford brille particulièrement par son originalité, ces territoires sont bien connus de tout amateur de prog' qui se respecte, le bougre se rattrape, par contre, par une expertise harmonique permettant à l'auditeur de surfer sur des vagues de sons exemptes de tout couac-à-chaos (à peine sur l'épique et guerrier The Battle in the Hall, même pas sur le sautillant et trippé Scylla And Charybdis... Wakeman sort de ce corps !). Quand en plus quelques pièces proposent des instrumentistes "de complément" de la trempe de Mike Oldfield (à la baladeuse guitare sur The Phaecian Games et le précité The Sirens) ou Andy Summers alors futur The Police, déjà un guitariste versatile et inventif ou le diaphane timbre des vocalistes Sophie Dickson et Vicky Cooper, on ne peut que se réjouir de la belle trouvaille qu'on a fait là.

Evidemment, si vous ne supportez ni Schulze, ni Wakeman, ni Oldfield, ni Emerson... Ca ne le fera pas trop. Si vous avez, par contre, ne serait-ce qu'une vague curiosité pour la chose progressive planante (pas à la Floyd !) vous tomberez, en l'occurrence, sur une belle petite pépite (presque) perdue, de ces albums qu'on fait écouter au pote qui a Rubycon de Tangerine Dream ou un Jon & Vangelis.dans sa collec' comme au cousin Germain qui aime bien la "grande musique" ou à tante Albertine qui a le sonotone de toute façon plus si performant. Bref... De la musique d'hier qu'on peut encore encaisser aujourd'hui parce qu'elle est, fondamentalement, mélodiquement réussie et même pas marquée par un Gabriel-bis ou un Wetton de supérette. Du beau boulot, vraiment.


01. Penelope's Shroud I 1:37
02. King Aeolus 4:44
03. Penelope's Shroud II 1:20
04. The Phaeacian Games 3:59
05. Penelope's Shroud III 1:03
06. The Sirens 10:17
07. Scylla And Charybdis 7:59
08. Penelope's Shroud IV 0:48
09. Circe's Island 7:44
10. Penelope's Shroud Completed 0:31
11.  The Battle In The Hall 7:55


The Band:
— David Bedford /ARP 2600 Synthesizer, Stringman String Synthesizer, Fender
Rhodes Electric Piano,Steinway Grand Piano, Clavinet, Vibraphone, Hammond
Organ, Wine Glasses, Timpani, Cymbal, Gong
— Mike Oldfield / guitar (4,6)
— Andy Summers / guitar (9)
— Anne Murray / recorder (11)
— Rosalind Kandler / recorder (11)
— Layne Halstead / oboe (11)
— Nicolette Alvey / ARP Synthesizer (2,7), Wine Glasses (9)
— Sophie Dickson / Vocals, Wine Glasses (9)
— Vicky Cooper / Vocals (6)
— Elly Lemos / Wine Glasses (9)
— Serena Macready-Sellars / Wine Glasses (9)
— Queen's College Choir / Choir (6)

lundi 8 avril 2013

Lol Coxhill - The Rock On The Hill [2011]

https://www17.zippyshare.com/v/zYTi1Vvw/file.html


Des mouches aux pattes démesurément longues vrombissent autour de ma tête. Le bruit assourdissant des battements amplifiés de leurs ailes rend plus insupportable encore l'air irrespirable, le sature de vapeurs toxiques. Leurs pattes démesurément longues transportent des notes de musique, un Do file sous mon nez, un Ré frôle ma bouche. Je les vois parfaitement dans l'obscurité épaisse. Elles tourbillonnent, note contre note, se regroupent en accords, les escadrilles se succèdent près de mes tympans. Et toujours impossible de bouger, impossible de les chasser d'un revers de main, impossible de me débarrasser de ce bourdonnement incessant et oppressant.Je ne suis pas attaché, ni ligoté. Je ne peux pas bouger, c'est comme ça, une impossibilité physique.

La plus grande des mouches s'arrête en vol stationnaire à trente centimètres de mon visage. Elle me fixe de sa multitude d'yeux diptériques, je perçois clairement le sourire ironique qu'elle m'adresse. La plus grande des mouches a les pattes les plus démesurément longues de toutes. Elle transporte à elle seule une série d'accords, je les entends, leur son couvre en partie le brouhaha. La plus grande des mouches parle maintenant : "Tu ne peux pas bouger hein ? C'est toi, uniquement toi, depuis le début. Tu commences à suffoquer, tu le sens ? C'est pas fini, pas fini et ça va durer. Longtemps".

Sa tête noire apparait clairement dans l'obscurité, ses milliers de regards fixes me clouent au sol. J'entends son rire énorme pendant que des centaines de mouches s'engouffrent dans ma bouche fermée. Le vacarme est dans ma tête en même temps que dehors. Elles envahissent mon nez, mes oreilles. J'essaie de hurler, aucun son de sort, je ne fais qu'amplifier le bourdonnement. Respirer ? J'ai oublié comment on fait. Respirer quoi ? L'air est irrespirable, malgré moi je respire des mouches , je respire des accords de mouches assourdissants, je respire une musique qui m'étouffe. Respirer m'étouffe.

La lézarde dans le mur apparait en même temps que ce son inconnu. La lézarde devient deux, trois, dix, cent. La lézarde devient le mur, le mur n'est plus. A sa place la lumière aveuglante apaise mes yeux. Les mouches ont disparu, le bourdonnement a disparu, la plus grande des mouches aux pattes démesurément longues a disparu. Je bouge, pourquoi ne pourrais-je pas bouger ? Je me lève, je traverse le mur-lézarde-lumière. Non, le mur n'est plus, la lumière est partout. Et partout j'entends ce son. Autour de moi je découvre une faune et une flore inconnues. Pourtant je connais le nom de chaque plante et chaque animal.

Le sol est couvert à l'infini d'herbatterie plus fraiche et moelleuse qu'on ne peut le rêver. Ici et là on peut voir bondir parfois un Tac parfois un Poum qui disparait en gambadant joyeusement dans l'herbatterie. On les repère aisément au son particulier qu'ils émettent en bondissant et qui s'atténue en un écho harmonieux. Plus loin en contrebas pousse un bosquet d'arbres à quatre cordes. Une brise légère et rafraichissante les fait vibrer doucement en un son grave.

Il y a un chemin, il y a toujours un chemin. Je serpente avec lui entre les arbres à quatre cordes, un Tac me file entre les jambes, l'herbatterie s'étend partout à l'infini. J'ai oublié comment respirer, pourtant je respire. Le son est l'air, je respire l'air, je respire le son, l'air-son. L'air-son s'immisce naturellement en moi, me ramène à des souvenirs que je n'ai pas. Le chemin serpente, je serpente en direction du saxofonus sopranus dont la silhouette élancée envahit l'horizon. Les Tacs et les Poums m'accompagnent, me crocnotent, les arbres à quatre cordes vibrent et milarésolent, je serpente vers la colline.

Le saxofonus sopranus étend ses racines aériennes, ses branches octopussiennes bourgeonnotent vers le ciel, tentaculent l'air, rythment les rythmes. De ses bras sopranus des nuées de notaigües s'envolent, leurs ailes battent l'air-son d'un mouvement gracieux. Les notaigües tourbillonnent autour de moi, se mêlent aux Tacs, aux Poums, aux Milarésols puis disparaissent. D'autres notaigües les remplacent dans l'air-son, parfois un, parfois cent, répondant à un appel mystérieux.

Au somment de la colline, ivre d'air-son je titubécoute encore quelques pas d'oreilles avant de m'effondrer sur le matelas d'herbatterie moelleuse, sèche et grasse en même temps. Je continue à m'enivrer de cet air improbable. Les yeux fermés je vois l'air-son, je vois le saxofonus sopranus qui pousse toujours librement et exhibe de nouveaux bourgeons-notes. Sur la pierre à côté de moi, un visiteur facétieux a gravé trois lettres barrées : LOL.

Des papillons aux ailes démesurément longues vrombissent silencieusement autour de ma tête, avec une grâce infinie.


01. Rivers Bend
02. Anything So Natural    
03. Scratch
04. Ergo Somme
05. The World In A Grain Of Sand
06. Tarentelle For Nelly
07. Full Of Butterflies

Si vous cherchez un mot de passe, essayez donc downgrade.
Merci aux visiteurs qui laissent une trace de leur passage.

 Till

mercredi 27 mars 2013

Ballade à Paris, du soir au matin





Je ne suis pas peu fier d'annoncer la première collaboration de DamNed à ce blog. Première collaboration tout en délicatesse qui nous propose une superbe balade/ballade à la découverte du Paris nocturne. Le plus beau dans l'histoire c'est qu'on annonce déjà une suite. Mais il vaut mieux que je lui laisse la parole.
Till


Un petit film pour les oreilles, en dehors des repères du temps. On y rencontre le Paris des Parisiens et un peu le Paris des touristes, on s’y penche sur la Seine et on met les ponts en perspective. La nuit tombe doucement sur des saynètes de la rue, des cafés aux clients variés, pendant qu’il fait presque noir dans quelques petites rues oubliées et vides. On n’est pourtant jamais loin du complémentaire, quitte à se faire des surprises. On traverse un grand poème d’Aragon, et le jour se lève avant l’arrivée des travailleurs du matin, qui ont encore le temps de rêver les yeux ouverts dans le métro du matin.


DamNed


01 – Les Mystères de Paris – Etienne Grandjean et la Nouvelle Société
02 - L’accordéon désaccordé – Jacques Higelin
03 – Rive Gauche – Alain Souchon
04 – Le Bateau-mouche – David McNeil
05 – Le Vent – René Aubry
06 – Dans la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs – Pigalle
07 – Sex, accordéon et alcool – Java
08 – Quartier Saint-Merri – Azzola, Caratini, Fosset
09 – Je suis snob – Boris Vian
10 – Les amants de la place Dauphine – Françoise Kucheida et Pierre Barouh
11 – Paris s’éveille – Jacques Dutronc
12 – Le parc Montsouris – Jacques Higelin
13 – Le poinçonneur des Lilas – Serge Gainsbourg
14 – Les passantes – Francis Cabrel
15 – Sous le ciel de Paris – La Campagnie des Musiques à Ouïr

Ici une balade qui musarde de rue en rue, les morceaux fondus les uns dans les autres.
une balade qui s'arrête à chaque station d'omnibus.


Si vous cherchez un mot de passe, essayez donc downgrade.
Merci aux visiteurs qui laissent une trace de leur passage.

vendredi 15 mars 2013

Et bien moi je n'irai pas !





Le 15 juillet  prochain Neil Young et son Crazy Horse seront en concert au théâtre antique de Vienne. Quand j'ai vu l'affiche j'ai pensé que ce serait une bonne idée d'aller voir le vieux Young en couple. Nous ne l'avons jamais vu en concert et sa dernière pilule psychédélique montre un retour en forme intéressant.

Mais il est une autre pilule, autrement plus difficile à avaler : le prix. Les tarifs, divisés en trois catégories, s'étalent de 67.50€ à 122.50€. 67.50€ pour être installé tout en haut des gradins où certes, grâce aux Romains,  on entend très bien mais où on ne voit rien ou presque.

Depuis le temps que je fréquente des concerts de rock et de jazz au théâtre antique de Vienne - ça remonte à plus de 30 ans - j'ai toujours connu les tarifs uniques qui permettaient de s'installer à sa guise dans les gradins ou dans le proscenium - la fosse quoi. Cette fois on me propose - si être assis tout en haut, au pied de Notre-Dame du Pipet, ne me convenait pas - d'être debout dans le proscenium pour la modique somme de 95€.

Je fais partie de ces vieux cons qui s'acharnent encore et toujours à convertir en francs certaines sommes en euros quand ça les arrange. 65€ à deux ça représente 850 F. Dans la fosse ça monte à 1250 F. Pour un concert ? De qui se moque-t-on ? De moi manifestement et de tous ceux qui ont envie d'aller voir un vieux héros du rock sans devoir contracter un emprunt auprès de leur banque.

Je ne sais pas qui est responsable d'un tarif aussi prohibitif. Est-ce le Loner qui prépare tardivement sa retraite après avoir oublier tout sa vie de cotiser auprès d'une caisse du même nom ? Est-ce le vieux chef indien qui est devenu aussi fou que son cheval ? Est-ce l'organisateur (un EPIC, Etablissement Public à caractère Industriel ou Commercial a pris le relai depuis quelques années de Vienne Action Culturelle) ? Est-ce la mafia russe ? L'intelligentsia judeo-maçonnique (ta mère) ? Les forces de Véga ? Les Klingons ?
Je ne sais pas. Je me méfie des Klingons, mais en regardant les tarifs des autres concerts du Crazy Horse en France j'ai un élément de réponse.

Ce que je sais par contre c'est que je n'irai pas à ce concert. Il y a quelques mois j'ai vu Blurt pour 9 €. NEUF EUROS !

Sorry Mr Young. On se verra une autre fois. Peut-être.


Merci aux visiteurs qui laissent une trace de leur passage.
 Till

jeudi 28 février 2013

Juke-Box Mental #17.1 - Le Salon Des Refusés

https://www8.zippyshare.com/v/TK6CVhc8/file.html


Le plaisir éprouvé à composer le juke-box mental pour le Club de Jimmy a, malgré tout, laissé de la place à la frustration. Celle de devoir écarter des chansons, des artistes, parce qu'il faut faire des choix drastiques, impitoyables, au nom de la cohérence de l'ensemble, à cause de la limite des 15 titres, parce qu'il y a des règles. Mais les règles n'empêchent pas une séance de rattrapage pour montrer une autre vision de ce qu'aurait pu être ce juke-box mental. Une façon aussi de réparer les injustices de la première compilation.

Alors, comme pour les peintres impressionnistes, exclus du Salon officiel de l'Académie, voici mon Salon des Refusés. :


01. Chanson pour la route : Dropkick Murphys - The Rocky Road To Dublin
Une route caillouteuse et une route très rock que nous proposent Dropkick Murphys, des irlando-américains de Boston, plus électriques que les Pogues, des racines celtes sous amphétamine.

02. Chanson pour la soif : Gogol Bordello - Alcohol
Qui a bu boira ! Ceux-là chantent la fin de soirée alcoolisée, à boire jusqu'à plus soif.

03. Chanson sexy : Willy Deville - Demasiado Corazon
Ah quand Willy envoie les trompettes mexicaines ça me fait des ..., et puis des ...

04. Chanson en colère : Jacques Brel - Au Suivant
Depuis mon enfance le Grand Jacques me transporte. Cette chanson-là m'a toujours filé des frissons. Comme d'habitude avec Brel, ce crescendo dans l'intensité dramatique.

05. Chanson pour le retour d'un ami : The Gun Club - Come Back Jim
Honnêtement ? Je n'ai pas réussi à trouver les paroles pour vérifier mon choix. Mais je suis sûr que ça colle au thème.

06. Chanson pour chialer dans sa bière : David Bowie - Rock 'N' Roll Suicide
La mort de Ziggy, quand même.Mince, ça me rend tout triste.

07. Chanson pour un dimanche pluvieux : Big Audio  Dynamite - Sunday Best
Je refuse de me laisser gagner par l'ambiance d'un dimanche pluvieux. Mick Jones c'est pareil, il enfile ces fringues du dimanche.

08. Chanson hommage : Happy Birthday Elvis
La preuve qu'on peut être marseillais et jouer autre chose que du rap. Et ceux-là n'ont pas oublié leurs racines musicales.

09. Chanson que tu aurais aimé reprendre : Placebo - Every You Every Me
Il y en a plein d'autres que j'aurais aimé reprendre. Etant donné le nombre de fois que j'ai chanté celle-ci ça m'a paru une évidence.

10. Chanson à fumer : The Ruts - Jah War
J'avoue sans honte le détournement. Ce n'est pas une chanson à fumer, plutôt une chanson à fumée. Celle des cocktails molotov, des grenades lacrimo. Celle des bidons d'essence en feu, des voitures cramées. Barricades de fortune, verre brisé, voitures renversées, la police charge. The Ruts chante l'émeute et les combats de rue dans un des plus grands morceaux jamais écrits.

11. Chanson évoquant une fille : Baxter Dury - Isabel
Bon sang ne saurait mentir. Le fils de Ian reprend le flambeau, basse en avant, pour nous raconter l'histoire d'Isabel.  La troublante ressemblance de la voix...

12. Chanson évoquant un lieu : Ramones - Havana Affair
One, Two, Three, Four...Les Ramones nous emmènent à Cuba, la C.I.A suit de près. Baby, make me a loco.

13. Chanson pour un peintre : John Cale - Magritte
Après Picasso, Magritte. Et John Cale présent dans la compilation au même titre que Bowie, deux injustices réparées.

14. Chanson martienne : Alain Bashung - Vénus
Mars ? Bashung m'a toujours emmené bien plus loin...

15. Chanson pour finir une compile en beauté : Serge Gainsbourg - Le Claqueur De Doigts
Juke-box, juke-box, j'suis claqueur de doigts devant les juke-boxes. Tout est dit non ?


01.  Dropkick Murphys - The Rocky Road To Dublin
02. Gogol Bordello - Alcohol
03. Willy Deville - Demasiado Corazon
04. Jacques Brel - Au Suivant
05. The Gun Club - Come Back Jim
06. David Bowie - Rock 'N' Roll Suicide
07. Big Audio  Dynamite - Sunday Best
08. Cowboys From Outerspace - Happy Birthday Elvis
09. Placebo - Every You Every Me
10. The Ruts - Jah War
11. Baxter Dury - Isabel
12. Ramones - Havana Affair
13. John Cale - Magritte
14. Alain Bashung - Vénus
15. Serge Gainsbourg - Le Claqueur De Doigts



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Till

dimanche 24 février 2013

James Chance & Les Contortions



 James Chance a la bonne idée de venir faire une petite tournée en Europe.
Le Sonic a la bonne idée de le faire passer sur sa péniche à Lyon le 7 mars 2013.
J'ai la mauvaise idée d'être absent de Lyon à ce moment-là. Too bad.

J'ai bondi de joie quand j'ai reçu la programmation du Sonic la mois dernier. James Chance, éternel sax maniac new-yorkais, embarque sur la péniche. Comme c'est déjà arrivé par le passé, ses Contortions - prononcez Conetorcheuns - devenues depuis Terminal City, ne sont pas du voyage pour cause de restrictions budgétaires. Et comme par le passé elles sont remplacées par Les Contortions - prononcez Contorsions - également connues sous le nom de French Contortions. La rencontre s'était faite par hasard et par nécessité et la mayonnaise avait pris, au point que le concert programmé s'était transformé en mini-tournée. La rencontre se produit à nouveau pour quelques dates en France et - je crois - chez certains voisins européens.

J'ai bondi de joie avant de hurler de déception quelques semaines plus tard quand j'ai réalisé que je serai absent à cette date. Mais si vous avez l'occasion de passer la soirée sur la péniche du Sonic, ne vous privez pas : pour encourager James Chance à revenir nous voir bientôt et pour encourager le Sonic à nous proposer des concerts que personne ne programme ailleurs. Au mois de novembre dernier, Blurt a joué au Sonic devant de 60 personnes et c'était un très bon concert. Merci le Sonic.

Alors n'hésitez pas, allez-y et surtout Contort Yourself.
Et pensez à moi.Quant à moi j'ai décidé de me consoler avec deux lives historiques de James et c'est déjà pas si mal.

Live aux Bains-Douches, mai 1980. Quelques mois après avoir accueilli Joy Division, les Bains-Douches recevaient James Chance & The Contortions. La légende prétend qu'un certain ProjectObject était présent dans l'assistance.

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Live in New-York. Fin 1980, début 1981 James et ses Contortions jouent à domicile.

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 Till

dimanche 10 février 2013

Manuel Guajiro Mirabal - Buena Vista Social Club Presents

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La vieille Chevy Bel Air bleu ciel avance leeeeeentement dans la rue. Ralenti, soleil de plomb, poussière. A cette heure de la journée le soleil tape fort sur La Habana. Très fort. Ombres courtes, palmiers au loin, très loin, tout au bout de la calle.

La vieille Chevy Bel Air bleu ciel se gare leeeeeentement le long du trottoir. Feliz s'en extrait leeeeeentement. Tout compte fait, il fait moins chaud dehors que dedans. La Chevy a tendance à chauffer un peu trop. L'âge sans doute, elle est plus vieille que lui. A l'abri sous son panama couleur crème, Feliz inspecte la rue. Pas grand monde à cette heure-ci. Tu m'étonnes. Le soleil matraque, les chromes impeccables de la Chevy brillent sous la lumière, les façades aux tons pastels, délavés par des années de soleil et d'abandon, s'écaillent comme la peau d'un lépreux. Feliz les remarque à peine, ils les a toujours connues comme ça.

Feliz et son panama abandonnent el coche à son trottoir et traverse la calle de la Libertad. Direction la vieille bodega en face. L'enseigne reste accrochée au mur par une opération divine, mais la peinture a rendu l'âme, on ne lit plus le nom de l'établissement. ¿ Quién le importa ? Feliz s'en fout du nom. En s'approchant Feliz entend des rires et des conversations mais quand il pousse la porte il est accueilli par un silence qui dure, dure, duuuuuuure. Une bonne seconde, le temps que les types qui tapent le carton autour de trois ou quatre tables le dévisagent et reprennent leur partie. Une bonne seconde qui lui permet d'enregistrer la scène et de capter la musique. Dans la même seconde il a repéré la radio d'où la chanson se fraie un chemin malgré le brouhaha.

La radio au-dessus du bar. Impec, Feliz veut boire una cerveza et écouter la musique. Ensemble. Trop tôt pour le rhum, Palma Cristal parfait avec cette chaleur. Tabouret de bar, bière, musique. La sueur colle la chemise à sa peau, au plafond un ventilateur essoufflé brasse péniiiiiiiblement la fumée des cigares. Si péniblement que la fumée a fini par noircir le grand portrait du Lider Maximo qui trône au fond de la salle. ¿ Quién le importa ? Feliz s'en fout de Fidel. Feliz veut boire una cerveza et écouter la musique. Ensemble. Feliz écoute la radio qui passe un morceau de Manuel Guajiro Mirabal.

Et Feliz est heureux. C'est comme ça, il le porte dans son prénom. Il aime la bière fraiche et il aime la musique de Mirabal. Mirabal, comme Compay, comme Eliades, comme Ibrahim, c'est el son cubaño, la musique d'ici. El rincon caliente, ah ah ah le coin chaud, tout à fait de circonstance. Les percus claquent, la trompette de Mirabal titille l'échine. Sensuelle.  Para bailar el montuno. Le montuno, l'hommage à Arsenio Rodriguez. Feliz demande au barman de monter le son. Quelques acclamations montent des tables des joueurs de cartes. Ici tout le monde aime ça. Feliz reprend une bière. Feliz boit leeeeeentement. La bière coule, la musique coule. El reloj de pastora. Les joueurs de cartes reprennent le refrain en chœur. Tu reloj, dame tu reloj de pastora, tu reloj. La trompette vrille, les cuivres se déchaînent. Ambiance.

La vieille Chevy Bel Air bleu ciel attend sagement le long de son trottoir. En fredonnant Feliz reprend le volant et démarre en trombe. Les pneus crissent et couvrent les chants qui montent encore de la vieille bodega. Les pneus crissent, la poussière vole. Le soleil matraque sur La Habana.


01. El Rincon Caliente
02. Para Bailar El Montuno
03. Deuda
04. El Roloj De Pastora
05. Me Bote De Guano
06. Mi Corazon No Tiene Quien Lo Llore
07. Tengo Que Olvidarte
08. Canta Montero
09. Chicarronero
10. Medley
11. Dombe Dombe

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Till