vendredi 15 octobre 2021

Baster en Amérique Ep. 05 - Marc Cohn - Marc Cohn [1991]

 


 Baster en Amérique, épisode 5.

Why don't you mind your own business ?

Ça en devenait difficile à supporter, carrément indécent cette intrusion dans mon inconscient, cette mise à nu des doutes et des angoisses que j'avais pourtant soigneusement refoulés dans une zone obscure de mon cortex et qui auraient dû être à l'abri de cette psychanalyse de comptoir à laquelle me soumettait le type en face de moi. Peut-être étais-je tombé sur un expert dans l'analyse des traumatismes psychiques ? Ou peut-être que le processus de refoulement avait été si peu efficace que finalement je ne masquais mes angoisses qu'à moi-même et qu'avec un peu d'attention on lisait en moi comme dans un livre ouvert ? Quoi qu'il en soit, plus ce type parlait, plus une vieille chanson des années 80 me trottait dans la tête. Occupe-toi de ses affaires...

En arrivant à Memphis, sans vraiment y réfléchir mais comme mu par un instinct dont j'aurais du mal à expliquer l'origine, je m'étais dirigé vers Beale Street et ses clubs, ses bars, ses concerts. C'était la seule rue dont je connaissais le nom, mythique et chargée d'anciennes légendes, probablement à même de mettre sur ma route de nouveaux fantômes puisque, même si j'avais du mal à l'admettre, mon voyage semblait s'articuler autour de la rencontre d'ectoplasmes mémoriels, comme si j'attendais d'eux qu'ils entament le dialogue avec mes propres fantômes intérieurs.

Après avoir posé la Dodge j'avais erré sans but sur les trottoirs de Beale Street, juste pour éprouver l'atmosphère de la rue et la confronter à ce que mon imagination en avait fait. Partout des néons criards vantaient le concert à ne pas rater, la pseudo-star qui allait enflammer la scène, les soirées blues inoubliables, le meilleur club de Memphis et du monde. Ici on aime se croire au centre du monde. Les gens entraient et sortaient des clubs et, par les portes entrouvertes, j'entendais trois accords, des applaudissements, des sifflets, des verres qui s'entrechoquaient. Tu aurais détesté l'obscénité des néons, cette débauche d'électricité, cette célébration artificielle de la musique, sans spontanéité. Juste pour le business.

Au lieu d'entrer j'ai préféré marcher un peu. A part Beale Street interdite aux voitures, dans les rues du centre je ne croisais pas un piéton, comme si le moindre déplacement exigeait de sortir sa bagnole. A quelques blocs au nord, une poignée de tours, regorgeant certainement de banques et autres cabinets d'avocat, gratte-ciels à l'ambition mesurée qui semblaient être posés là plus par tradition nationale que par l'effet d'une politique urbaine visionnaire, dominaient sans mal un downtown plutôt modeste, à l'architecture quelconque où se côtoyaient pêle-mêle, sans logique et sans cohérence, façades en briques, pavés de verre, fausses pierres et bow-windows. Seuls le trolley et ses stations semblaient avoir un style propre et apporter un peu d'unité à la ville.

A l'extrémité ouest de Beale Street, en tendant le cou on pouvait deviner l'extrême pointe de Mud Island, un parc, un peu de verdure, la caution écologique d'une urbanisation sans ambition. Je ne jugeais pas. Je constatais et j'interprétais avec mes idées préconçues, celles qui nous réunissaient parfois autour d'une discussion futile sur la brit-pop, la télé-réalité, les films de vieux. C'est en apercevant Mud Island que j'ai repris conscience de l'odeur omniprésente du Mississipi. Le bruit de la circulation couvrait presque le grondement mais rien ne pouvait masquer les remugles de vase qui m'avaient écœuré la nuit dernière.

Sentant monter la nausée j'avais tourné le dos au fleuve, remonté Beale Street, dépassé les parkings aériens qui préfiguraient de futures constructions, parcouru la rue dans les deux sens et scruté à nouveau l'entrée des clubs. J'avais hésité un long moment devant celle du B.B. King's Blues Club. Attiré par la légende, repoussé par sa récupération mercantile, je n'entrais pas mais je ne m'enfuyais pas non plus. On aurait presque pu me prendre pour un rabatteur à la pêche aux clients si je n'avais pas été froissé et usé par la route. La barbe de plusieurs jours, les cheveux en bataille et la chemise plus fripée que la peau d'un vieux chef indien m'auraient fait recaler pour le job. Sûrement trop rock'n'roll.

J'ignore combien de temps j'étais resté planté là sans me décider à entrer. Je suis sorti de ma rêverie, dans laquelle tu dissertais sur le fait que je ne pouvais rien attendre de l'ambiance de ce club sinon tuer deux heures en m'occupant les neurones pour éviter de trop penser, quand le type m'a abordé avec, déjà, son baratin en action. Les lunettes noires sous le chapeau, son visage buriné de vieux black et le costume impeccable lui donnaient l'allure d'un vieux bluesman revenu de tout, et c'est peut-être ça qui m'a décidé. Je l'ai suivi à l'intérieur, en habitué des lieux il nous a trouvé une table à l'écart de la scène et m'a offert une bière, de la pisse d'âne locale mais l'intention était louable et je ne voulais pas froisser d'entrée un hôte si prévenant. Dans la pénombre du club il a posé ses lunettes noires sur la table et m'a fixé longuement de son unique œil valide.

[Ha ha ah, un seul œil Baster, un seul œil]

Un seul œil oui, mais qui semblait plus affuté que les regards compatissants ou compassés que je croisais habituellement. C'est là qu'a commencé ma séance de psychanalyse, un mot après l'autre, une bière remplaçant la précédente, bercée par les accords de guitare et la voix éraillée d'un bluesman sans souci de célébrité qui donnaient à la scène une coloration onirique. Mon Polyphème, plutôt bienveillant dans l'ensemble bien que sa capacité à lire si facilement en moi m'ait plongé, petit à petit, dans le grand vide intérieur, a rapidement mis le doigt sur les points sensibles, creusé les failles entrouvertes et appuyé sur les endroits les plus douloureux.

D'où je venais, ou j'allais et qu'est-ce que je cherchais dans ce voyage sans but avoué ? Est-ce que j'espérais trouver quelque chose au bout d'une route pavée de hasards et d'hypothétiques rencontres ? Ce n'était ni un voyage touristique ni un parcours initiatique, alors quoi, qu'est-ce que je cherchais ? Une catharsis, un catalyseur ou simplement l'oubli ? Je n'arrivais pas à répondre à ces questions, pas encore. Et lui se contentait de les faire émerger. En bon connaisseur de l'âme humaine, si jamais ce mot avait un sens, il m'incitait juste à essayer de trouver les réponses un jour, au bout de la route ou ailleurs. Et même si plusieurs fois dans la soirée j'ai eu envie de lui gueuler de se mêler de ses propres affaires, j'avais fini par accepter le fait d'avoir à me poser ces questions. C'était un vague progrès qui en appellerait peut-être d'autres, va savoir.

C'est en parlant avec lui tout au long de cette soirée qu'a émergé l'idée de coucher sur le papier tout ce qui me trottait dans la tête et essayer de faire sortir ce que je n'arrivais pas dire. Exactement ce que je t'avais conseillé un jour.

A suivre...

01. Walking In Memphis
02. Ghost Train
03. Silver Thunderbird
04. Dig Down Deep
05. Walk On Water
06. Miles Away
07. Saving The Best For Last
08. Strangers In A Car
09. 29 Ways
10. Perfect Love
11. True Companion

 

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Till

mercredi 30 décembre 2020

Baster en Amérique Ep. 04 - Oblivians - Popular Favorites [1996]

 


Baster en Amérique, épisode 4.

All the clocks have stopped in Memphis...

Je crois que ma première perception a été l'odeur, ce mélange intime et vaguement écœurant d'humidité, de vase, de végétaux en putréfaction, ce remugle un peu poisseux qui flottait dans l'air de façon entêtante et de plus en plus prononcée à mesure que la Dodge et moi avancions dans cette nuit si particulière qui nous avait vu croiser fantômes et démons plus que de raison, si toutefois la raison peut avoir son mot à dire dans ce cloaque d'expériences peut-être romanesques aux yeux de l'auteur mais singulièrement éprouvantes pour deux âmes errantes, l'une purement mécanique à la patience et l’opiniâtreté en apparence indestructibles, l'autre entièrement organique, mélange hasardeux sinon aléatoire de carbone et d'eau, dont la résilience, soumise à rude épreuve, semblait proche de s’effondrer d'un jour à l'autre.

Fantômes et démons nous avaient poursuivis bien après que nous ayons quitté Tupelo la maudite - cesseraient-ils un jour de nous poursuivre ? - et avaient fini par prendre une forme incarnée au détour d'un croisement de routes où la froideur de la nuit avait, comme à dessein, condensé l'humidité ambiante en nappes de brouillard qui étiraient, au hasard des champs et des chemins, lambeaux étiolés et déchirures effilochées dont surgit sous mon nez la silhouette monochrome, surmontée de ce qui semblait être un chapeau, portant accrochée à son dos la forme reconnaissable d'une guitare, qui traversa le carrefour d'une nappe de brouillard à la suivante sans me prêter la moindre attention.

Tout droit sortie d'une autre mythologie, la silhouette, merveilleusement reconnaissable en ce qu'elle se superposait à la perfection avec l'image issue du vieux fantasme qui hantait des décennies de musiciens ressassant sans cesse l'histoire de ce Faust à la sauce blues, laissait derrière elle cette forte odeur de soufre qui me fit penser simultanément que le fantôme-fantasme venait à l'instant de consommer sa rencontre avec le Diable et que la puissance de mon hallucination, malgré la pathétique complicité de mon cerveau, ne suffisait pas à installer en moi la peur.

Je laissais passer quelques prudentes minutes avant de lancer la Dodge au travers des lambeaux de brume vers notre destin incertain mais je n'avais pas eu peur non, du moins pas cette peur qui s'empare du corps et rend muscles nerfs et peau incontrôlables de tremblements fébriles. Pas plus cette peur qui, au contraire, fige les membres et rend le cerveau inapte à commander le moindre mouvement salutaire au point d'en faire une proie privilégiée pour le danger qui guette. Pas non plus cette peur irraisonnée, sans autre fondement que le grand Inconnu qui m'attendait et me trouverai un jour ou l'autre au détour du chemin, que j'ai ressentie plus loin sur la route, en entendant le chant des Sirènes.

[Ah ah ah, un héros antique Baster, je te l'avais dit, un héros antique]

Je n'étais pas attaché au mât de mon bateau pour échapper à leur enchantement, juste lié au fil ténu de cette histoire, sans moyen d'influer sur sa trajectoire. Pas de Circé pour me mettre en garde, pas de marins pour resserrer mes liens, juste une vieille voiture courageuse que je garai peureusement sur le bas-côté nocturne, attendant que s'abatte la sentence, secoué de tremblements et transpirant abondamment dans la froideur de la nuit à mesure que le chant s'approchait, semblant sonner le glas de ma fuite en avant, de mes espoirs de rédemption et de paix intérieure. Je me raidis dans mes vêtements trempés de sueur à l'approche des Sirènes et les deux voitures de patrouille m'ont dépassé, fonçant dans la nuit profonde, emportant leur chant vers d'autres proies plus à même d'assouvir leur appétit.

J'ai éclaté d'un rire froid et sans joie, d'un rire qui se brisa en éclats amers au contact de l'absurdité de ma situation et du cynisme abyssal de celui qui tirait les ficelles de mon destin, d'un rire quasiment inextinguible dont les soubresauts se mêlèrent aux spasmes de mes sueurs froides, consommant presque les dernières particules de chaleur qui me retenaient dans la réalité charnelle de mon personnage.

Non, finalement l'odeur est venue après. En réalité ma première perception a été le bruit, ce grondement ininterrompu, une fois les Sirènes disparues et mon rire éteint, qui envahissait le silence de cette nuit froide, ou plutôt qui bannissait l'idée même de silence, le genre de brouhaha obsédant qui se fait oublier et ne révèle finalement sa présence que lorsqu'il s'arrête mais celui-ci ne s'arrête jamais, ne s'est jamais arrêté et ne s'arrêtera certainement jamais, il était là avant que quiconque puisse le percevoir et il sera encore là bien après que quelqu'un soit là pour l'entendre, ce son sourd qui pénétrait la moindre anfractuosité de mon cerveau comme une vague envahirait de ses molécules d'écume la porosité d'un rocher, rejetant très loin dans les souvenirs les notions de calme et de repos et remplissant par la même occasion le vide angoissant de mes pensées.

L'odeur est venue après la perception de ce roulement puissant et invincible, capable de tout emporter sur son passage, terre, roche, êtres vivants, futurs alluvions inconscients de rouler inexorablement vers le delta qui mêlera leur destin à celui d'autres alluvions anciens. Inassouvi et capricieux, le Mississippi dressait sur ma route l'immense balafre qui coupait ce pays en deux comme si un Titan avait, de la pointe de son glaive géant, tracé une ligne à l'échelle de sa démesure, peut-être délimitant bêtement son territoire guerrier, peut-être traçant hâtivement l'esquisse du grand dessein cosmique qui devait conduire un jour un privé errant au volant d'une vieille bagnole américaine à croiser le sillon laisser par son glaive.

La Dodge attendait patiemment ma décision. Quelques respirations plus tard, idées, envies, renoncements se bousculant dans ma tête dans ce semblant de Big Bang que l'on appelle réflexion, je pris une décision, purement pour la forme puisque la suite était déjà écrite par  un autre et frappée du sceau de son cynisme sans limite. Au terme d'une profonde inspiration de cet air aux relents de vase qui n'avait que faire des vitres fermées, je lançai à nouveau la voiture sur la route qui déroulait sans émotion le film de notre histoire. A quelques miles de là, Memphis nous attendait. Peut-être.



A suivre...

01. Christina
02. Trouble
03. The Leather
04. Guitar Shop Asshole
05. Hey Mama, Look At Sis
06. Part Of Your Plan
07. Do The Milkshake
08. Strong Come On
09. She's A Hole
10. Bad Man
11. He's Your Man
12. Drill
13. Your Better Behave
14. Pinstripe Willie
15. You Fucked Me Up, You Put Me Down
16. Emergency

Line-up :
Greg Oblivian (AKA Greg Cartwright) : Guitar, Drums, Vocals
Eric Oblivian (AKA Eric Friedl) : Guitar, Drums, Vocals
Jack Oblivian (AKA Jack Yarber) : Guitar, Drums, Vocals

 

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Till

lundi 24 août 2020

Baster en Amérique Ep. 03 - Dan Sartain - Lives [2010]

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Baster en Amérique, épisode 3.


The first born is dead.

J'ai senti l'inflexion irrémédiable, bien que pas nécessairement définitive même si rétrospectivement je sais alors qu'à ce moment-là je ne pouvais qu'imaginer vers quoi cette inflexion me conduisait, que prenait mon voyage, en suivant la route qui s'orientait ostensiblement vers le nord-ouest au moment de traverser Birmingham (AL), premier contact depuis mon départ avec la densité d'une ville, dont j’apercevais les forêts de toits des ensembles pavillonnaires, tout en longeant quelques tours downtown surmontées de cette lumière étrange, voile brumeux et grisâtre, comme accroché à leur sommet, typique des concentrations urbaines modernes et provenant probablement des usines qui entouraient la ville, témoignant de son passé industriel, lumière qui donnait au tableau une atmosphère si peu accueillante mais paradoxalement rassurante pour un citadin qui venait de passer de longues journées de désert végétal avec pour seuls compagnons de voyage une Dodge en bout de course, de rares vols d'échassiers et, au gré de quelques haltes de ravitaillement obligatoires, une conversation plus ou moins chaleureuse dans des stations-services et diners de bord de route.

Je repris mon souffle après cette phrase interminable en me remémorant mes derniers jours de route. Je savais d'où je venais et je commençais à comprendre vers quoi cette route m'emmenait. Je repensais à cette famille et à leur accueil, à ce gamin intrigué par ma dégaine et mon antique bagnole, à la chaleur et la gentillesse dont ils avaient fait preuve spontanément, à la douceur et à cette sensation qui ressemblait à du bien-être - c'est le mot  qui me vient à l'heure d'écrire même s’il me paraît saugrenu en repensant à mon état d'alors - qu'ils avaient instillé en moi sans probablement en avoir conscience, et cette douceur et ce semblant de bien-être  avaient petit à petit provoqué en moi un changement radical, comme si le vrai but de mon voyage commençait lentement à m'apparaitre, à prendre une forme cohérente et rationnelle dans mon esprit. Jour après jour je me sentais de plus en plus capable de penser aux fantômes que je fuyais,  capable de matérialiser des souvenirs qui me liaient à eux avec l'espoir qu'un jour pas si lointain je pourrai arrêter de les fuir pour, au contraire, les accepter et vivre avec eux.

[Sérieusement Baster, tu t'imagines réellement que je vais te laisser orienter l'histoire à ta guise et rouler tranquillement vers la rédemption et la paix intérieure comme un héros hollywoodien à l'ancienne, que je vais te regarder poursuivre ta route tranquille sans semer de nouvelles embûches sur ton chemin ? Je ne te pensais pas aussi naïf, je ne t'ai pas créé aussi naïf. Non rien ne sera simple et tu ne sais pas où cette route te mène. Non, quand j'imagine la suite de ton aventure je n'envisage pas la paix, le repos, le bonheur, je pense plutôt à des mots comme périls, Odyssée, Chemin de croix, je te vois, et je suis sûr que ça va te flatter, comme un héros antique bravant mille dangers surnaturels pour atteindre le but que les Dieux lui ont fixé]

Je traversais le pays de William Faulkner, j'empruntais les routes de Robert Penn Warren mais je ne reconnaissais rien, le sud qu’ils avaient écrit n'existait plus, rattrapé par l'histoire, par la modernité, et peut-être par l'évidence de sa propre fin. Certes les Thomas Sutpen étaient devenus encore plus cruels, les Willie Stark toujours plus cyniques mais le sud que je découvrais n'était plus celui que j'avais imaginé, rêvé, fantasmé, cette sorte de vision romantique et fréquentable de la bête immonde qui allait, qui devait, qui aurait dû, m'engloutir et me dévorer, chair, sang, boyaux, ne rejetant que des os bien nettoyés qui n'auraient plus laissé que quelques bribes de viande à de pauvres charognards dans leur frugale désolation, avant qu'ils ne blanchissent, carcasse atroce, sous les coups de boutoir de ce soleil qui avait fait pousser, croître et engraisser les champs de coton et les familles de planteurs dont la déchéance était écrite dès la naissance par la transmission de gênes résolument récessifs, arrogance, mépris et cruauté, qui les avaient forgées pour ensuite les emporter dans le néant. Non le sud de mes lectures n'existait plus et peut-être Jack Burden ne s'était-il jamais réconcilié avec ses propres démons.

J'ai garé la voiture, qui sembla pousser un soupir de soulagement parce qu'elle n'imaginait pas vers quelle Charybde et jusqu'à quelle Scylla elle allait encore m'accompagner, 135 miles après les tours de Birmingham (AL), dans le centre d'une petite ville dont la trame orthogonale des rues ne l'aurait pas distinguée d'une autre ville si je n'avais été frappé par la chaleur qui y régnait malgré l'heure tardive. Il faisait nuit depuis plusieurs heures et pourtant la température était loin d'avoir baissé comme les autres jours où, malgré le soleil qui martelait à longueur de journées, les soirées étaient étonnamment fraîches.

Ici tout semblait subir l'étau de cette chaleur orageuse, jusqu'au tissu des vêtements qui vibrionnait de la tension qui saturait l'air, aux cheveux polarisés par l'électricité statique ambiante, aux poussières qui s'aggloméraient sur le plexiglas des rares devantures de magasins encore ouverts. L'orage allait éclater et il était évident, sans que je puisse l'expliquer de façon rationnelle, car peut-être que la raison n'avait rien à voir avec ce phénomène, peut-être que j'étais arrivé sans le savoir dans le royaume de l'irrationnel qu'un ancien roi surveillait de son œil illustre ou maudit ou peut-être bienveillant, il était évident que soir après soir cet orage rejouait la même scène depuis des années, des décennies, que les mêmes éclairs déchiraient le même ciel, que le même tonnerre grondait des mêmes basses et que se déroulait encore et toujours la même tragédie, à la fois fin et commencement, naissance et mort si intimement entremêlées qu’elles en modifieraient le cours de l'histoire de cette ville, de ce pays et sûrement de ce roi pas encore couronné.

Les gens dans les rues, badauds nocturnes dont les visages, éclairés intermittement autant par les dernières enseignes que par l'électrisation des molécules d'air, n'exprimaient pas la moindre surprise comme si tout ceci faisait partie de leur quotidien, de leurs habitudes, peut-être de leur histoire, ne semblaient même pas remarquer les décharges électriques qui striaient l'air du soir, révélant dans la lumière bleue surnaturelle, le halo de quelques fantômes fantasmés qui semblaient hanter cette ville depuis des lustres et qui paraissaient être les véritables maîtres des lieux, ceux qui avaient fait cette ville, porter son nom à la connaissance du monde extérieur, tenant au bout de leurs bras spectraux son histoire et sa réputation, lui évitant de retourner à l'anonymat d'autrefois, de ce temps qui avait précédé la naissance d'un roi.

C'était trop de fantômes qui cherchaient le repos, j'avais suffisamment à faire avec ceux que je trainais comme un boulet, trop de démons qui hantaient les nuits de cette petite ville. J'ai fui les éclairs et l'électricité de l'air, j'ai fui cette ville et ses mythes d'enfant mort-né un soir d'orage, de son roi porté au pinacle puis déchu puis mort avant de devenir immortel, j'ai fui des fantômes trop lourds à porter, je suis remonté dans la Dodge courageuse, finalement plus courageuse que moi, et j'ai quitté la ville, tourné le dos à Tupelo.

A suivre...



01. Those Thoughts
02. Doin' Anything I Say
03. Bohemian Grove
04. Prayin' For A Miracle
05. Walk Among The Cobras IV
06. Atheist Funeral
07. Ruby Carol
08. Bad Things Will Happen
09. Voo-doo
10. Whatcha Gonna Do?
11. I Don't Wanna Go To The Party
12. Yes Men
13. Touch Me
14. Atheist Funeral (Home version)
15. Bohemian Grove (Alternative Toe-Rag Version)

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Till

samedi 23 mai 2020

Baster en Amérique Ep. 02 - Parker Millsap - The Very Last Day [2016]



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Baster en Amérique, épisode 2.

Depuis mon départ, si l'on exceptait des escadrilles d'oiseaux migrateurs, échassiers à l'organisation quasi-parfaite dont le vol en forme de flèche pointée vers le nord semblait vouloir me détourner de mon but sans que je fusse capable de comprendre pourquoi, les seuls êtres vivants que j'avais rencontrés remplissaient mon réservoir dans les rares stations-service qui jalonnaient ma route. Ils me vendaient quelques gallons contre une poignée de dollars, nous échangions quelques phrases superficielles qui me rassuraient sur ma capacité à parler de la pluie et du beau temps avec d'autres êtres humains, me servaient un café qui n'était ni meilleur que le précédent ni pire que le suivant et j'engloutissais, avec appétit mais sans analyse critique, un repas rapide qui me permettrait de tenir jusqu'à la prochaine escale. Ma douche quotidienne en échange d'un dollar et je pouvais reprendre ma route vers l'ouest, toujours l'ouest.

Ainsi avançait mon voyage, jour après jour, mile après mile au rythme tranquille des stations-service et diners aussi fréquentés que les plus belles oasis sahariennes. From station to station, mais avec suffisamment d'auto-dérision pour ne pas voir un chemin de croix allégorique, aussi emphatique que ridicule, dans ce périple aux embûches bien légères qui semblait plutôt tourner à la promenade bucolique sur cette route bordée des paysages les plus verdoyants qu'on puisse imaginer quand on débarque de son bureau gris et miteux au fond d'une impasse pluvieuse.

Si je raconte que dans ces états du sud, les pompistes sont très majoritairement noirs - la traduction anglo-saxonne de ce texte, si elle existait, dirait probablement des afro-américains conformément au Code de la Bien-pensance et du Politiquement Correct en vigueur - je ne pense pas surprendre grand monde. Celui de la station où je venais de m'arrêter ne faisait pas exception à cette règle tacite. Ce qui le rendait remarquable par contre c'était le contraste saisissant qu'il dégageait comme s'il représentait la quintessence de l'attirance des contraires ou, métaphoriquement, l'un des nombreux paradoxes, attisant et étonnant sans cesse la curiosité du voyageur qui se croyait naïvement revenu de tout, de ce pays capable d'engendrer tout à la fois les fêtes délirantes de Gatsby et les années de misère de Bandini.

D'une taille aussi impressionnante que sa carrure, il était ce qu'il est convenu d'appeler une force de la nature, une montagne, un colosse qui croisait ma route, comme si, par quelque obscure distorsion de la mythologie, un Titan, dans toute sa puissance tranquille, interférait dans mon Odyssée, au demeurant suffisamment paisible pour me rappeler avec une cruelle opiniâtreté que je n'étais ni Homère ni Joyce, loin s'en faut. Ce géant se tenait devant moi, à remplir mon réservoir dans sa tenue réglementaire prête à céder au moindre mouvement trop brusque de ses épaules et j'observais à la dérobée son front énorme surmonté d'un impressionnant crâne chauve, sa mâchoire puissante, en parfaite harmonie avec le volume de ses bras qui vous incitait à être entièrement d'accord avec lui dès qu'il émettait un avis.

Physiquement, tout en lui disait la force et la puissance, la brute à l'état pur, et pourtant tout ceci était fermement contredit par la précision et la délicatesse de ses gestes, par la douceur de son regard, le calme de sa voix et un sourire qui, à lui seul, suffisait pour comprendre que son physique herculéen lui permettait d'afficher toute la gentillesse du monde sans que quiconque ait l'idée de lui chercher des noises. Son empathie l'incita à m'interroger sur mon voyage et l’intérêt manifeste qu'il semblait y porter me poussa à entrer dans la discussion et répondre à ses questions. Si j'étais capable de lui raconter le début de mon périple, bien qu'en restant assez vague sur les motivations qui m'avaient poussé à l'entreprendre, la suite était plus obscure, n'étant moi-même pas très sûr de l'objectif que je poursuivais.

Tout en discutant avec lui, ma première vraie conversation depuis plusieurs jours, je détaillais la construction en second-plan qui regroupait l'atelier, le diner et sa maison, formant un ensemble blanc sale qui se détachait sur l'omniprésente verdure des collines. Le style rural Midwest avait pleinement sévit, la façade en clins à la peinture défraîchie, la couverture en bardeaux et le vague effort pour donner un style néo-classique à l'entrée, certainement plus par habitude que par réelle volonté architecturale, rien de tout cela ne la différenciait du commun des constructions que j'apercevais de temps à autre à quelque distance de la route.

Sur les marches en bois qui menaient au diner, en short et t-shirt malgré la pluie fine qui continuait de mettre à rude épreuve les planches de la façade, un gamin d'une dizaine d'années, que je considérai aussitôt comme le fils du pompiste, observait avec un subtil mélange de curiosité, de fascination et d'amusement, l'étrange étranger qui, le temps d'un plein d'essence et d'un repas, venait rompre la monotonie d'une journée probablement guère différente des précédentes. A son regard je compris qu'il était intrigué par le piteux état de la vieille Dodge, se demandant sûrement comment cet étranger pouvait envisager un trajet aussi long sur une route aussi déserte au volant de cette antiquité en laquelle j'avais moi-même une confiance très limitée.

Ou peut-être pensait-il que ma voiture apporterait du boulot à son père car, en m'approchant de l'entrée, j'aperçus par la porte ouverte l'intérieur de l'atelier, les râteliers d'outils plus ou moins bien rangés, des bidons d'huile, une fosse de garage et, au fond, une voiture capot ouvert, certainement en attente d'une réparation. Outre la station-service, sans doute mon hôte pour gagner sa vie, réparait-il les véhicules des rares habitants du coin qui ne devaient pas se bousculer pour utiliser ses talents de mécanicien.

Ça et le restaurant dans lequel je pénétrai en saluant le gamin et dont le décor se distinguait  à peine de ceux que j'avais connu jusque-là. A l'heure où je me pointais le diner était désert, n'était-ce la présence d'une femme derrière le comptoir, probablement la mère du gamin, occupée à ranger des verres. A part ça le silence n'était troublé que par le son de la radio qui devait faire office de compagnie pendant les longues heures de l'après-midi où aucun client ne pointait le bout de son chapeau.

Heaven Sent. Comme un pied de nez à l'enfer qui m'était promis au départ, un rockeur local balançait une ballade à la Springsteen, belle et triste comme il se doit, qui me servit de convive le temps d'un repas banal, l'habituelle viande grillée et ses haricots en sauce, agrémenté toutefois d'un sourire et de quelques mots sympathiques de la femme. Elle semblait, à l'image de son mari, capable d'une gentillesse hors du commun. Son accueil était chaleureux, sa tarte délicieuse et cette chaleur contrastait agréablement avec le froid intérieur que je portais en moi. J'aurai peut-être dû côtoyer plus longtemps cette famille qui semblait avoir la faculté de panser les blessures intérieures sans même les évoquer et de remplir le vide qui me dévorait la tête depuis des mois.

Mais je ne suis pas resté, tout juste avais-je fait trainer le café, profitant de leur gentillesse. L'homme, qui nous avait rejoint à l'intérieur, expliquait à sa femme d'où je venais et elle sembla montrer le même intérêt que lui pour mon voyage, intérêt qui ne laissait de me surprendre de la part de parfaits inconnus. Un relent de cynisme me fit penser que le peu de gens qu'ils rencontraient à longueur d'année les poussaient très certainement à se passionner pour le moindre évènement, surtout quand il est aussi inattendu que le passage d'un étranger au but incertain, mais le fond d'humanité que leur chaleur avait éveillé en moi, envoya le cynisme dans les cordes pour quelques temps.

Je repris donc la route de l'ouest dans la vieille Dodge, les laissant sur un sourire et un signe de la main à l'intention du gamin qui, je le voyais dans le rétroviseur, ne quitta des yeux la voiture que lorsqu'elle eut complètement disparu de son horizon. Je roulais depuis à peine deux heures lorsque je fus rattrapé par l'obscurité et une lune de printemps, ronde et argentée qui, par contraste, transforma les paysages environnants en masses noires fantomatiques sans que pourtant je n'en ressente la moindre menace.

Malgré la pluie persistante, je me sentais d'une humeur presque enjouée, étrangement plus apaisé que lors des derniers jours passés sur la route. Sans doute ce bout de journée en compagnie de cette famille, qui distillait sa chaleur sans contrepartie, y était pour beaucoup, allumant une lueur d'espoir de réconciliation avec mes fantômes. Peut-être ressentais-je simplement les prémices de l'effet salvateur que j'espérais de ce voyage entrepris comme un exutoire, une thérapie, en direction d'une ville qui n'était au final qu'un subterfuge, un prétexte bidon pour fuir la réalité.

Quoi que ce fut, c'était le premier signe positif entrevu depuis le départ et il m'encourageait à poursuivre, en espérant pouvoir compter encore un peu sur la vieille bagnole qui semblait se prendre au jeu du voyage cathartique, comme si elle-même tentait d'oublier un passé douloureux. La suite immédiate était facile à envisager, il me suffisait, et c'était tout à fait dans mes cordes, de suivre la direction obstinément rectiligne de la route, maintenant parsemée, et c'était du plus bel effet, des reflets d'argent de la lune sur l'asphalte mouillé.

A suivre...

01 - Hades Pleads    
02 - Pining    
03 - Morning Blues    
04 - Heaven Sent    
05 - The Very Last Day    
06 - Hands Up    
07 - Jealous Sun    
08 - Wherever You Are    
09 - You Gotta Move (Written By Fred McDowell, Gary Davis)
10 - A Little Fire    
11 - Tribulation Hymn

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Till

mardi 28 avril 2020

Baster en Amérique Ep. 01 - Vic Chesnutt - Drunk [1993]

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 Baster en Amérique, épisode 1.

Squaresville. Si tu décides de t'y rendre - mais on ne choisit pas réellement de s'y rendre, on y va quand on n'a vraiment plus le choix, en dernier recours, comme un acte désespéré, un baroud d'honneur, une fuite en avant - il faut sortir de la ville et prendre la grande route qui file vers l'ouest. Go west young man, go west. C'était une belle route autrefois, lisse comme un billard, la ligne jaune centrale aussi rutilante que les bandes blanches latérales qui t'éloignent et te protègent psychologiquement des cailloux, du sable et des buissons épineux. Autrefois.

Aujourd'hui, la seule chose qu'elle ait en commun avec son passé plus ou moins glorieux c'est qu'elle reste droite comme un I, d'une linéarité vertigineuse, presque effrayante, un ruban d'asphalte noire à perte de vue, sur des kilomètres interminables. Ou des miles si l'on préfère la version originale. Pour aller à Squaresville c'est tout droit, toujours tout droit, sans un écart, sans un virage. Comme un symbole, une allégorie, une métaphore de la bien-pensance, pour aller à Squaresville tu files droit, le moindre écart et c'est la sortie de route au-delà des bandes blanches qu'on devine encore ici et là, la mise au ban, à l'index auquel tu n'aurais qu'un majeur dérisoire à opposer.

Je suis sorti de la ville et j'ai pris la route de l'ouest au volant d'une vieille Dodge autrefois rutilante, achetée quelques dollars, qui en valait probablement deux fois moins et qui, si elle avait pu parler comme dans quelque conte moral étrange, m'aurait à coup sûr supplié de faire demi-tour et de tourner le dos à cette route sans fin. Mais la vieille bagnole ne parlait pas, seule sa suspension douteuse, ou simplement usée et d'un autre temps, trahissait son désarroi à l'approche de l'épreuve qui l'attendait, sursautant déjà aux premiers cahots de cette route maintenant parsemée de nids de poule et d'ornières, jonchée d'herbes folles séchées, poussées là par le vent.

Le vent. En parcourant les kilomètres, qui défilaient comme dans un ralenti de Sam Peckinpah, je faisais l'expérience des nuages de poussières et de sable transportés par un Chinook pourtant plus guère de saison mais encore suffisamment virulent pour courber les arbres les plus frêles qui bordaient mon chemin. Tout se passait comme si les éléments déchaînés, la route usée, la vieille caisse aux amortisseurs déglingués, toutes ces choses réunies et complices tentaient de me faire renoncer à ce voyage, essayaient de m'impressionner et se foutaient de moi en me promettant l'enfer sur la route 666. Mais j'étais devenu difficile à impressionner, les fantômes que je fuyais me hantaient bien plus intensément que ne saurait le faire ce trajet, si périlleux soit-il. J'avais pour moi l'insouciance, ou l'inconscience aurait probablement objecté un observateur extérieur, de celui qui va tout droit vers son destin sans jamais remettre en cause le chemin à suivre.

Au volant de cette vieille américaine je me prenais pour Sal Paradise et je me voyais, libre, insouciant et présomptueux, rouler des jours durant sur cette route empoussiérée, pour rejoindre au bout d'un voyage initiatique un improbable Dean Moriarty, sans me demander une seule seconde ce que ce dernier pouvait bien foutre à Squaresville la conformiste, tout ce que Dean détestait. Mais il en est de cette histoire comme des rêves, qui se soucient bien peu de la véracité et de la crédibilité de ce qu'il racontent, préférant parsemer les chemins labyrinthiques du cerveau de symboles obscurs et sibyllins comme si leur seule fonction était de servir de rabatteur à d'obscurs psychanalystes en mal de patients.

En guise de thérapie, celle que je me prodiguais à moi-même, médecine douce mais à très fortes doses, j'emportais toujours avec moi la musique, d'autres fantômes qui m'accompagnaient fidèlement et me réchauffaient le cœur sans jamais faiblir, quel que soit l'état de délabrement dans lequel cette foutue inclination - on appréciera la litote - à l'auto-destruction me plongeait un peu plus chaque jour. Sur ce trajet à la monotonie déprimante je vivais la musique comme une transe et dans cette demi-conscience s'épanouissaient, avec la vivacité d'une mauvaise herbe, la nostalgie et les souvenirs, comme des poisons prompts à me ramener vers ce que je fuyais.

Je ne comptais plus les jours depuis que je roulais tout droit vers mon destin et, dans ma transe, je revoyais Athens, maintenant très loin derrière moi, me demandant encore ce qui m'avait poussé à partir et prendre cette route sans fin au volant d'une antiquité. Pied-de-nez à l'histoire, j'avais quitté Athens mais les ruines étaient dans ma tête ah ah. Au moins mon nouveau statut d'épave au volant d'une épave m'avait-il laissé un semblant d'humour même s'il était plus raisonnable que je n'en fasse profiter personne. Athens s'enfuyait loin de moi, s'enterrait dans mes souvenirs, l'image s'effaçait mais il m'en restait le son qui rythmait ma route.

Reprenant conscience de mon environnement après des kilomètres de conduite robotique, largement encouragée par la boite automatique de rigueur et la rectitude effrayante de la route, je m'aperçus que la plaine, jusqu'ici couverte de champs où coton et tabac se disputaient la prééminence, paysage d'une platitude infinie à me faire douter de la rotondité de la terre, cédait petit à petit la place à des collines verdoyantes, couvertes d'une végétation sauvage, luxuriante, faite de forêts de résineux et d'autres essences dont j'ignorerai toujours les noms. J'imaginais les feuillages jaunes, rouille, rouges enflammant le panorama d'un intense brasier de couleurs si j'avais fait le trajet en automne, mais en ce printemps naissant le vert était partout.

La météo allait de paire avec les paysages, le soleil qui m'accompagnait depuis mon départ se voilait maintenant d'une forêt de nuages, les cirrus, annonciateurs de dépression, cédant peu à peu la place aux cumulo-nimbus dont les formes impressionnantes montaient plus haut que je ne pouvais l'imaginer et qui, à cour sûr, allaient sans tarder cracher leurs pluies torrentielles et peut-être inonder ma route, justifiant s'il en était besoin l'omniprésence du vert dans le paysage. J'y voyais le signe certain que mon voyage  progressait et que j'avançais lentement mais sûrement vers mon soi-disant but. Seule au loin, très loin encore, la barrière infranchissable des Rocheuses me narguait, tant elle s'obstinait à rester invisible, figurant un mur dans lequel je semblais foncer tout droit sans savoir si jamais je l'atteindrai.

A suivre...


01. Sleeping man
02. Bourgeois and biblical
03. One of many
04. Supernatural
05. When I ran off and left her
06. Dodge
07. Gluefoot
08. Drunk
09. Naughty fatalist
10. Super tuesday
11. Sleeping man (Syd version)
12. Kick my ass

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Till

mercredi 23 octobre 2019

[Retour de concert] The Good The Bad and The Queen - 15 juillet 2019




Où l'on apprend qu'on fait de bonnes soupes dans les vieilles soupières à condition que les vieilles soupières soient bonnes.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Tu as survécu à la canicule au prix de litres d'eau engloutis, d'une utilisation forcenée de la clim et, en conséquence, d'un élargissement flou mais certain du trou de la couche d'ozone, même si - entre nous - tu n'es pas très sûr de bien comprendre le sens profond de cette donnée climatique que tu régurgites en bon être humain conscient de la tâche ardue qui l'attend, lui et ses compères. Tu es passé au travers des orages de grêle, des orages de pluie, des pluies de grêle, des matches de tennis à coup de glaçons tombés du ciel, tellement fort qu'ils feraient passer les dix plaies d’Égypte pour la nouvelle attraction du monde merveilleux de Mickey. Tu as traversé avec plus ou moins de brio - mais suffisamment de satisfaction pour partir l'esprit apaisé - une journée de travail assez identique à beaucoup d'autres, c'est-à-dire suffisamment prise de tête pour avoir envie de débrancher le cerveau, ou plutôt le connecter pendant quelques heures sur un réseau alternatif propre à te doper à la dopamine à doses quasi létales pour pour pour..."Novocaïne for the soul...", ouais on connait la chanson.

Et donc en cette fin de journée presque cauchemardesque - mais ne te mens pas, tu les aimes ces journées, tu en redemandes - tu sors la tête de l'eau, tu ouvres la bouche et, dans un bruit d'aspirateur ou de conduit de ventilation ou d'un mélange des deux, tu remplis tes poumons d'un air qui sent déjà un peu la dopamine, la bière et les vibrations de la basse dans ta cage thoracique. A la fin de cette journée, tu te retournes - ok c'est une image hein, en réalité tu peux exécuter la suite sans te retourner réellement - et tu te dis que merde, tu l'as bien mérité. Il y a des signes qui ne trompent pas.

Après des mois d'enfer, des semaines endiablées, des journées démoniaques - Demon Days, j'assure dans l'art de la transition - tu aspires juste à un miracle. Ici l'histoire semble prendre une tournure un peu biblique mais c'est pour mieux appuyer le propos. Un miracle et rien d'autre. Un machin fou, énorme, délirant, une soirée de malades, un truc de dingue que t'avais jamais vécu, que tu pourras raconter à tes petits enfants - quand t'en auras - qui te regarderont comme un extra-terrestre en se demandant si papy n'aurait pas abusé de substances bizarres qui se consommaient au temps où il était jeune - le moyen-âge ou un truc approchant - mais qui comprendront en voyant ta tronche ahurie et ton air possédé - par le démon again - que tu as vécu un évènement proche de l'indescriptible, à la limite du c'est pas possible, aux confins du à peine croyable. Un miracle !

Paul Simonon qui danse avec sa basse dans les bras. Paul Simonon qui a appris à jouer de la basse. Pauuuuuuuuuuuuuul Simooooooooooooooonon ! Je sais, j'en fais des tonnes, c'est le problème avec les miracles. Paul Simonon qui se marre sous sa casquette de Gavroche, Paul Simonon qui porte le costume de mon grand-père il y a 50 ans. Dopamine, bière et basse. What else ? Évidemment Damon (Démon ?) Albarn est le showman, il est fait pour ça. Bien sûr Simon Tong tricote à l'aise à la guitare, une corde à l'endroit, une corde à l'envers. Pas de doute, Tony Allen est un génie, c'est pas moi qui dirai le contraire, j'y connais rien en génie. Naturellement les cocos sont bien entourés, un percussionniste, un claviériste, deux violonistes, une violoncelliste, tous ces trucs en iste qui font vachement classe quand on est un groupe de rock aux ambitions musicales assumées.

N'empêche, malgré l'impressionnante liste de spécialistes en iste sur la piste, tu n'as d'yeux que pour Paul. Et si j'écris simplement Paul ce n'est pas pour économiser de précieux, bien que très hypothétiques, caractères sur twitter mais parce qu'on peut te proposer tous les Paulos du monde, des Weller et des Westerberg, des Macca et des Anka, Simon ou Personne, si on te dit Paul, y en a un et un seul. Et donc notre Paul de Brixton a bel et bien l'air de s'amuser avec sa basse. Semble à l'aise, se marre, avance, recule, esquisse un pas d'un côté, deux de l'autre côté. Déconne avec Albarn. Au rythme d'une set-list probablement préparée par le stagiaire de première année de MBA, comprenez Musiciens Branleurs Associés, tellement elle brille par son originalité : on vous joue l'intégralité du deuxième album dans l'ordre, intro comprise, et ensuite on vous balance le premier album mais attention, pour celui-là on a mélangé les titres parce qu'on est un peu des fous quand même.

Mais c'est pas grave, pendant ce temps Paul danse, et ce jeu de mot audacieux arrachera probablement un petit sourire de contentement au lecteur qui aurait pu sentir une pointe de sarcasme dans la fin du paragraphe précédent. Et puis sois honnête, le sarcasme et le cynisme ne sont ici qu'affaire de posture du narrateur qui se la raconte en racontant, parce que, entre nous, quelle que soit la set-list, il suffit de remarquer le battement trépident de ton pied sur la pierre multi-séculaire, qui en a vu défiler des blaireaux aux goûts douteux en 2000 ans d'existence, pour se convaincre que tu passes un bon moment dans un bon concert. Démon fanfaronne juste ce qu'il faut, Simon a tôt fait de te confectionner une petite laine spéciale fin de canicule et Tony et Paul s'entendent plutôt bien pour te désosser la cage thoracique à coups de basse et de fûts bien sentis, le tout élégamment emballé, reconnais-le, par la section à cordes comme on dit dans la salle de rédac des Inrocks.

Et c'est tout à ta joie, arborant le sourire un peu niais, mais communicatif, de celui qui a vu une apparition, la Sainte-Vierge en maillot de bain, un alien en short, le Père-Noël en tongue, que tu quittes le théâtre antique et ses coussins en toc, les pierres surchauffées et la bière réchauffée, fredonnant au hasard History Song ou The Great Fire, repartant vaillamment vers des lendemains caniculaires, le cœur rempli de cette allégresse qui t'inonde sitôt qu'un bon vieux shoot de dopamine t'a imbibé le cerveau.

Par honnêteté intellectuelle et déontologie journalistique, ici un nouveau sourire est de rigueur, je glisse un petit mot sur le groupe de première partie : Satellite Jockey. Sans faire injure à leur "pop mélodique aux arrangements subtils, fouillés mais cependant évidents", à leurs combinaisons d'entrainement de la NASA et à la gentillesse évidente de ces six musiciens tout mignon, tout ça m'a glissé dessus sans que je m'en rende compte. Il y a des signes qui ne trompent pas.


C'était le 15 juillet 2019 aux Nuits de Fourvière. J'y étais.




Deux vidéos - qui ne m'appartiennent pas - du concert pour illustrer. Quand je vous dis qu'il danse avec sa basse...
 

Set-List :

Introduction
Merrie Land
Gun to the Head
Nineteen Seventeen
The Great Fire
Lady Boston
The Truce of Twilight
Ribbons
The Last Man to Leave
The Poison Tree (with extended intro)
History Song
80's Life
Herculean
Nature Springs
Three Changes

Encore:
Kingdom of Doom
Green Fields
The Good, The Bad & The Queen


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Till

vendredi 3 novembre 2017

Hüsker Dü - Zen Arcade [1984]

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Mais c'est quand même dingue cette histoire. La coïncidence ultime, le hasard intersidéral, l'alignement des planètes dans le plan cosmique du chignon d'Elisabeth Tessier. Parce que, sans déc, je n'avais ABSOLUMENT pas prévu de parler de ce Double Album Conceptuel [à prononcer avec la voix d'Arielle Dombasle].

Non mais qu'est-ce qu'ils ont crü ces zigotos ? Que j'allais me dégonfler, faire pffff, trouver un alibi en bois, je peux pas j'écoute le dernier Sardou ? Et puis quoi encore ?

Vous voulez causer dü Hüsker Du ? Ok, je sais plus où mettre les trémas mais on va en causer. Pas de problème. Je vais leur montrer moi à Machin W. Gilles et JeePeeDee R.I.P. de quelle excuse en bois je me chauffe. Hüsker Dû, Zen Arcade, vous voulez que je vous dise ce que j'en pense ?


10 [et quelques] très bonnes raisons de ne pas écouter Zen Arcade.

1. Parce que deux trémas dans une langue qui méconnait les accents c'est deux trémas de trop.

2. Parce que j'aurais aimé que ma basse sonne comme celle de Greg Norton mais la vie est vraiment dégueulasse.

3. Parce que le punk est une chose bien trop importante pour qu'on le laisse aux mains des américains, comme l'a presque dit ce bon vieux Henry Kiss-myass-singer.

4. Parce qu'avec la conjoncture actuelle et la montée de la recrudescence, faut pas déconner non plus.

5. Parce que ma grand-mère trouve que Billy Idol était bien mieux coiffé que Bob Mould.

6. Parce qu'un disque de branleur sorti il y a 33 ans 1/3 est un disque de vieux branleur, et qu'un vieux branleur reste un vieux. Ou un branleur. Ou les deux.

7. Parce que Monday Will Never Be the Same c'est beau comme Elton John qui joue du piano, [waaah hé c'est trop la honte ça].

8. Parce que je ne sais toujours pas à quoi sert un producteur de disque alors imaginez un disque sans producteur non mais franchement.

9. Parce qu'en 1984 la Police de la Pensée avait infiltré Total Access Studio (Redondo Beach, CA) et insidieusement convaincu HD de faire un double-concept-album et hop, à peine le temps de dire Yes que c'était fait, je le sais je le tiens de ma tante qui travaille au Ministère de la Vérité si je mens.

10. Parce que Pink Turns To Blue est une perfide tentative d'instiller la théorie du genre dans les cerveaux déjà bien amochés des neurones à crête.

11. Parce que Bob Mould alors que Jello Biafra

12. Parce que je suis absolument infoutu de localiser St Paul, Minnesota sur une carte de France.

13. Parce qu'un peu de mauvaise foi n'a jamais fait de mal à personne alors que beaucoup de mauvaise foi peut parfois faire du bien à quelqu'un.

14. Parce que sans déconner c'est quoi ces mecs pas foutus de faire des chansons de 3 minutes et qui se retrouvent obligés de tenir 14 minutes pour faire du remplissage à la fin ?

15. Parce que Pride me donne une furieuse envie de rouler comme un dingue à 135 km/h sur l'autoroute.

16. Parce que Baster m'a dit qu'il était trop occupé pour enquêter sur ce machin.

17. Parce que HURLER COMME UN MALAAAAADE tout en JOUANT A FOND LES POTAAAAARDS c'est un truc d'ado attardé et alors pourquoi je ferais pas pareil hein ?


Side one
1."Something I Learned Today"
2. "Broken Home, Broken Heart"
3. "Never Talking to You Again"
4. "Chartered Trips"
5. "Dreams Reoccurring"
6. "Indecision Time"
7. "Hare Kṛṣṇa"
Side two
8. "Beyond the Threshold"
9. "Pride"
10."I'll Never Forget You"
11."The Biggest Lie"
12."What's Going On"
13."Masochism World"
14."Standing by the Sea"
Side three
15."Somewhere"
16."One Step at a Time"
17."Pink Turns to Blue"
18."Newest Industry"
19."Monday Will Never Be the Same"
20."Whatever"
21."The Tooth Fairy and the Princess"
Side four
22."Turn On the News"
23."Reoccurring Dreams"


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Till

mardi 4 juillet 2017

Tall Dwarfs - The Short & Sick Of It [1992]

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Vous savez ce que c'est - ou peut-être qu'en fait vous ne savez pas du tout ce que c'est, peut-être que c'est juste moi, peut-être que j'essaie de me servir de vous comme alibi, peut-être que j'essaie de trouver de mauvaises excuses pour de mauvais choix, mais ça aussi vous savez ce que c'est j'en suis sûr - on fait des trucs un peu machinalement, on prend on laisse on jette, sans prendre le temps d'un peu de discernement, sans recul, sans réflexion et sans faire l'effort de conclure cette phrase interminable qui commence à tourner en rond et à ne plus avoir vraiment de sens, ce qui peut paraitre normal pour un rond si on oublie ses notions élémentaires de trigonométrie. Fin du prologue sans queue ni tête.

Et donc, à propos de mauvais choix - puisqu'il s'agit bien de ça hein, si vous suivez - je n'en étais pas à mon coup d'essai, je récidive depuis à peu près aussi longtemps que j'écoute de la musique, je me suis fié à une première écoute, trop rapide, trop superficielle, trop distraite avec pour conséquence première de balancer le truc aux orties. Aux orties ? Ouais enfin c'est une image tu vois. Ah ok je vois. Vous savez ce que c'est, jugement hâtif, sanction injuste. Ah ? On parle pas de l'affaire Gregory quand même ?

Non. Discussion un jour à propos de Chris Knox - ah bah quand même nous y voilà - chez Jimmy mais évidemment c'était EWG qui avait balancé le truc. Hey dis-donc, Knox, Gregory, ce baratin sans fin va finir par la réunion des Cramps. Bin justement les blagues à deux balles ont fusé, le seul vrai Knox s'appelle Nick, le seul vrai Nick s'appelle Knox, le tour du rock en 80 secondes. Et ? Et là Chris Knox nous amène tout naturellement aux Tall Dwarfs. Là je ne fais ni one ni two three four, je lance un processus itératif très simple mais éprouvé : je téléchope, je dézippe et j'écoute.

Sans me lancer dans une algorithmie un peu fastidieuse, à partir de l'écoute j'ai trois orientations possibles. 1. Qu'est-ce que c'est que cette merde, j'efface tout de suite. 2. Euh...on verra ça plus tard mais alors bien plus tard hein. 3. Putain ce truc est génial, je l'écoute en boucle pendant 33 ans 1/3. Autant le dire tout de suite, Tall Dwarfs c'est passé direct dans la branche numéro 2 de l'algorithme. Bin oui ma première réaction a été de le classer dans la case en bas à gauche, celle du Grand Nain porte quoi. Ce qui n'est pas complètement idiot si on y réfléchit bien. Si tu le dis ! Et du coup après t'as changé d'avis ?
Ouais longtemps après. J'avais mis discrètement Baster sur le coup, il a fini par me convaincre. A la réflexion, de la musique faite par des branleurs pour des branleurs, ça valait une attention particulière non ? J'ai une grande tendresse pour ces gens-là, entre branleurs on se comprend. La pochette est à l'image du bordel ambiant qui règne dans leur musique, le seul fil conducteur c'est qu'il n'y en a pas.

Et puis un groupe dont le label s'appelle Flying Nun Records ne peut pas être foncièrement mauvais.

Line up :
Chris Knox
Alec Bathgate
Alec Bathgate
Chris Knox
Chris Knox
Alec Bathgate
Et plein d'autres branleurs qui sont venus les aider.


En voilà une jolie compile qui regroupe les disques That's the short and long of it et Throw a sickie sans toutefois les mélanger :

Thats The Short & Long Of It

01. The Hills Are Alive
    Guitar – AB
    Organ, Voice – CK
    Voice – Miriam Ward Michel

02. Clover (Take 1)
    Electric Guitar, Vocals – CK
    Twelve-String Guitar – AB

03. Pretty Poison
    Guitar, Cymbal – AB
    Piano, Vocals – CK

04. Sleet
    Clavinet, Vocals, Tom Tom – AB
    Guitar, Bass – CK

05. Burning Blue
    Clavinet, Vocals – CK
    Drums [Distant] – Mike Dooley
    Guitar, Piano, Vocals – AB

06. Carpetgrabber
    Piano, Noises [Feedback] – AB
    Triangle, Vocals – CK

07. Gone To The Worms
    Clavinet, Piano, Vocals – CK
    Drums – Mike Dooley
    Guitar, Bass – AB

08. Woman (Live)
    Bass, Vocals – CK
    Guitar – AB
    Mixed By [Live] – Doug Hood

09. Get Outta The Garage
    Drums – Mike Dooley
    Guitar, Noises [Feedback] – AB
    Organ, Vocals – CK

10. Scrapbook
    Organ – CK
    Twelve-String Guitar, Vocals – AB

11. Nothing's Going To Happen
    Written-By – Wall Of Dwarfs*

12. Nothing's Going To Stop It
    Written-By – Wall Of Dwarfs*

Throw A Sickie

13. Underhand
    Guitar, Finger Cymbals – AB
    Piano, Autoharp, Vocals – CK

14. Road & Hedgehog
    Mellotron, Vocals – CK
    Twelve-String Guitar – AB

15. Attack Of The Munchies
    Bass, Guitar – AB
    Loops, Vocals – CK

16. Come Inside
    Guitar, Bass, Backing Vocals – AB
    Vocals – CK

17. The Universality Of Neighborliness
    Dulcimer [Adjustable Floor Hammer], Vocals – CK
    Guitar, Bass – AB

18. The Big Dive
    Guitar – AB
    Loops, Vocals – CK

19. No Place
    Bass, Vocals – CK
    Guitar – AB

20. And Other Kinds
    Bass, Twelve-String Guitar, Guitar [Other] – AB
    Clavinet, Tom Tom [Floor], Twelve-String Guitar, Vocals – CK
    Other [Studio Help] – Bill Latimer, DH

21. Farewell
    Piano, Xylophone, Piano [Pianet], Vocals – AB
    Vocals – CK


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Till

jeudi 18 mai 2017

So This Is Permanence - 18 mai




Le 18 mai c'est le jour où quelque obscure connexion neuronale, dans le tréfonds de mon cerveau reptilien, grande marmite des pulsions primitives, des fonctions vitales et de l'instinct de survie, guide mes pas, à grands coups d'influx nerveux,  le plus loin possible des séchoirs à linge et des cordes en nylon. Nerves like nylon, nerves like steel, le bouquet de nerfs en pelote, tendu comme une corde à linge, j'observe le défilé des fantômes de mes fantasmes. Hanté par quelques lignes ineffaçables de mon cerveau limbique, bouillonnement de souvenirs et d'émotions, je vois grossir la foule grondante de mes héros du passé, inaltérables, inoubliables, immortels. Je ne vis pas dans le passé, je vis avec le passé. Mémoire ! Rassemble dans la salle du cerveau, les rangs innombrables des bien-aimés. Vos rêves tutoyaient les étoiles, ils ont sublimé les miens, électrisé le grand bazar cosmique de mon cerveau néo-mammalien, infusé la pensée et fondu les mots en une alchimie d'émotions, de sensations et de visions. Ils ont déchiré, arraché des lambeaux du voile, me révélant des fragments du grand dessein mystérieux qui nous entraine inexorablement et nous attache à la théorie des cordes.
I put my trust in you.


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Till

mercredi 28 décembre 2016

[VA] - Have A Rotten Christmas [vol. II] [1984]

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[céhoel, céhoel, céhoel]
- Salut p'tit. T'en fais une sale tête. Ca a pas l'air d'aller fort hein ?
- Non m'sieur.
- Hum, je vois. Céhoel. Je comprends ce que tu ressens p'tit. Sale période hein.
- Oui m'sieur, sale période.
- Je comprends que t'aimes pas ça. Tu as peur, c'est ça ?
- ...
[céhoel, céhoel, céhoel]
- Des mauvais souvenirs ?
- Oui m'sieur.
- Vas-y, raconte, ça te fera du bien d'en parler.
- Bin, c'était...c'était l'année dernière.
- Ouais...
- Ils ont...ils ont disparus. Mes parents.
- Ouais je vois. Comment ils s'appelaient tes parents ?
- Tacchini m'sieur.
- Bien sûr. Tu les as vus...partir ?
- Un jour ils sont venus, ma mère m'avait caché, je n'ai rien vu. Quand je suis sorti de ma cachettte ils n'étaient plus là. Les autres m'ont dit qu'Ils les avaient emmenés Là-Bas...et je les ai plus revus.
[céhoel, céhoel, céhoel]
- Attention, planque-toi p'tit, j'entends des pas.
.....
- Ok, je crois que c'est bon pour  le moment, j'entends plus rien. Mais Ils rodent, faut qu'on se méfie. Ils vont revenir. Chaque année c'est pareil, on sent la tension monter petit à petit, la peur gagne tout le monde autour. On se regarde tous, personne ne parle mais chacun sait ce que les autres pensent. Pourvu que ce ne soit pas mon tour, on n'ose pas l'avouer mais chacun préfère que ce soit un autre qu'on emmène. Certains sont prêts à vendre les copains pour essayer de sauver leur peau. D'abord on voit l'ombre qui s'approche silencieusement, ensuite on perçoit les pas qui approchent lentement. C'est une torture, tout le monde sait que plusieurs d'entre nous vont être pris. La porte grince, je te jure que c'est atroce. Certains sont pétrifiés, d'autres pleurent. On sent la sueur glacée le long du cou. Le pire c'est qu'on ne Les voit jamais, seulement l'ombre, les pas, le grincement de la grille. Je crois qu'on ferme tous les yeux de terreur à ce moment-là et quand on comprend que c'est fini, on regarde et certains d'entre nous ont disparu. Partis Là-Bas. Je suis là depuis plusieurs années, je ne sais pas pourquoi Ils ne m'ont jamais pris. La chance peut-être, ou un truc qui ne Leur convient pas. Je suis vieux maintenant, je ne Les intéresse peut-être plus. Mais quand j'entends les pas j'ai toujours la même peur, ça ne te quitte pas, jamais, les frissons d'horreur, les suées. [céhoel, céhoel, céhoel] Écoute-les, ils sont terrorisés. Ils savent tous que ça va se produire bientôt, plusieurs jours de suite. Leurs amis, leurs enfants, leur femme, peut-être eux. L'ombre, la grille et tout à coup tout est fini. On ne sait pas pourquoi, on ne sait pas ce qui se passe Là-Bas. On sait juste que ceux qui partent ne reviennent jamais.
Tu sais mon p'tit, depuis le temps que je suis là, des Tacchini j'en ai connu plein. J'en ai vu partir plus que tu ne pourrais imaginer. [céhoel, céhoel, céhoel]. Chaque année c'est pareil. Moi je suis vieux mais je crois que maintenant, malgré la terreur je préfèrerais qu'Ils me prennent.
Tous les jours je pense à ...Ca fait longtemps tu sais. Un jour Ils sont venus, l'ombre, les pas, la grille. Ils sont venus et Ils l'ont emmenée. Ca fait plusieurs années qu'elle est partie. Maintenant je voudrais partir aussi. Je suis terrorisé à l'idée mais je n'ai plus envie tout seul. Je l'aimais tu sais et je te jure p'tit que de toutes c'était la plus belle. Jamais de ma vie je n'avais vu une aussi belle dinde.


Les punks du pays du Père-Noël :

A1 Xtract - Lies    
A2 Rattus - Will Evil Win?    
A3 No Choice - No Money    
A4 Varukers - Will They Never Learn?    
A5 Existenz - Stupid Girl    
A6 Skeptix - Another Day    
B1 English Dogs - Incisor    
B2 Xtract - Dead Hero    
B3 Existenz - Human Killer    
B4 No Choice - Watzwar    
B5 Rattus - Kukaan Ei Voi Toistaan Auttaa

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Till