samedi 23 mai 2020

Parker Millsap - The Very Last Day [2016]



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Baster en Amérique, épisode 2.

Depuis mon départ, si l'on exceptait des escadrilles d'oiseaux migrateurs, échassiers à l'organisation quasi-parfaite dont le vol en forme de flèche pointée vers le nord semblait vouloir me détourner de mon but sans que je fusse capable de comprendre pourquoi, les seuls êtres vivants que j'avais rencontrés remplissaient mon réservoir dans les rares stations-service qui jalonnaient ma route. Ils me vendaient quelques gallons contre une poignée de dollars, nous échangions quelques phrases superficielles qui me rassuraient sur ma capacité à parler de la pluie et du beau temps avec d'autres êtres humains, me servaient un café qui n'était ni meilleur que le précédent ni pire que le suivant et j'engloutissais, avec appétit mais sans analyse critique, un repas rapide qui me permettrait de tenir jusqu'à la prochaine escale. Ma douche quotidienne en échange d'un dollar et je pouvais reprendre ma route vers l'ouest, toujours l'ouest.

Ainsi avançait mon voyage, jour après jour, mile après mile au rythme tranquille des stations-service et diners aussi fréquentés que les plus belles oasis sahariennes. From station to station, mais avec suffisamment d'auto-dérision pour ne pas voir un chemin de croix allégorique, aussi emphatique que ridicule, dans ce périple aux embûches bien légères qui semblait plutôt tourner à la promenade bucolique sur cette route bordée des paysages les plus verdoyants qu'on puisse imaginer quand on débarque de son bureau gris et miteux au fond d'une impasse pluvieuse.

Si je raconte que dans ces états du sud, les pompistes sont très majoritairement noirs - la traduction anglo-saxonne de ce texte, si elle existait, dirait probablement des afro-américains conformément au Code de la Bien-pensance et du Politiquement Correct en vigueur - je ne pense pas surprendre grand monde. Celui de la station où je venais de m'arrêter ne faisait pas exception à cette règle tacite. Ce qui le rendait remarquable par contre c'était le contraste saisissant qu'il dégageait comme s'il représentait la quintessence de l'attirance des contraires ou, métaphoriquement, l'un des nombreux paradoxes, attisant et étonnant sans cesse la curiosité du voyageur qui se croyait naïvement revenu de tout, de ce pays capable d'engendrer tout à la fois les fêtes délirantes de Gatsby et les années de misère de Bandini.

D'une taille aussi impressionnante que sa carrure, il était ce qu'il est convenu d'appeler une force de la nature, une montagne, un colosse qui croisait ma route, comme si, par quelque obscure distorsion de la mythologie, un Titan, dans toute sa puissance tranquille, interférait dans mon Odyssée, au demeurant suffisamment paisible pour me rappeler avec une cruelle opiniâtreté que je n'étais ni Homère ni Joyce, loin s'en faut. Ce géant se tenait devant moi, à remplir mon réservoir dans sa tenue réglementaire prête à céder au moindre mouvement trop brusque de ses épaules et j'observais à la dérobée son front énorme surmonté d'un impressionnant crâne chauve, sa mâchoire puissante, en parfaite harmonie avec le volume de ses bras qui vous incitait à être entièrement d'accord avec lui dès qu'il émettait un avis.

Physiquement, tout en lui disait la force et la puissance, la brute à l'état pur, et pourtant tout ceci était fermement contredit par la précision et la délicatesse de ses gestes, par la douceur de son regard, le calme de sa voix et un sourire qui, à lui seul, suffisait pour comprendre que son physique herculéen lui permettait d'afficher toute la gentillesse du monde sans que quiconque ait l'idée de lui chercher des noises. Son empathie l'incita à m'interroger sur mon voyage et l’intérêt manifeste qu'il semblait y porter me poussa à entrer dans la discussion et répondre à ses questions. Si j'étais capable de lui raconter le début de mon périple, bien qu'en restant assez vague sur les motivations qui m'avaient poussé à l'entreprendre, la suite était plus obscure, n'étant moi-même pas très sûr de l'objectif que je poursuivais.

Tout en discutant avec lui, ma première vraie conversation depuis plusieurs jours, je détaillais la construction en second-plan qui regroupait l'atelier, le diner et sa maison, formant un ensemble blanc sale qui se détachait sur l'omniprésente verdure des collines. Le style rural Midwest avait pleinement sévit, la façade en clins à la peinture défraîchie, la couverture en bardeaux et le vague effort pour donner un style néo-classique à l'entrée, certainement plus par habitude que par réelle volonté architecturale, rien de tout cela ne la différenciait du commun des constructions que j'apercevais de temps à autre à quelque distance de la route.

Sur les marches en bois qui menaient au diner, en short et t-shirt malgré la pluie fine qui continuait de mettre à rude épreuve les planches de la façade, un gamin d'une dizaine d'années, que je considérai aussitôt comme le fils du pompiste, observait avec un subtil mélange de curiosité, de fascination et d'amusement, l'étrange étranger qui, le temps d'un plein d'essence et d'un repas, venait rompre la monotonie d'une journée probablement guère différente des précédentes. A son regard je compris qu'il était intrigué par le piteux état de la vieille Dodge, se demandant sûrement comment cet étranger pouvait envisager un trajet aussi long sur une route aussi déserte au volant de cette antiquité en laquelle j'avais moi-même une confiance très limitée.

Ou peut-être pensait-il que ma voiture apporterait du boulot à son père car, en m'approchant de l'entrée, j'aperçus par la porte ouverte l'intérieur de l'atelier, les râteliers d'outils plus ou moins bien rangés, des bidons d'huile, une fosse de garage et, au fond, une voiture capot ouvert, certainement en attente d'une réparation. Outre la station-service, sans doute mon hôte pour gagner sa vie, réparait-il les véhicules des rares habitants du coin qui ne devaient pas se bousculer pour utiliser ses talents de mécanicien.

Ça et le restaurant dans lequel je pénétrai en saluant le gamin et dont le décor se distinguait  à peine de ceux que j'avais connu jusque-là. A l'heure où je me pointais le diner était désert, n'était-ce la présence d'une femme derrière le comptoir, probablement la mère du gamin, occupée à ranger des verres. A part ça le silence n'était troublé que par le son de la radio qui devait faire office de compagnie pendant les longues heures de l'après-midi où aucun client ne pointait le bout de son chapeau.

Heaven Sent. Comme un pied de nez à l'enfer qui m'était promis au départ, un rockeur local balançait une ballade à la Springsteen, belle et triste comme il se doit, qui me servit de convive le temps d'un repas banal, l'habituelle viande grillée et ses haricots en sauce, agrémenté toutefois d'un sourire et de quelques mots sympathiques de la femme. Elle semblait, à l'image de son mari, capable d'une gentillesse hors du commun. Son accueil était chaleureux, sa tarte délicieuse et cette chaleur contrastait agréablement avec le froid intérieur que je portais en moi. J'aurai peut-être dû côtoyer plus longtemps cette famille qui semblait avoir la faculté de panser les blessures intérieures sans même les évoquer et de remplir le vide qui me dévorait la tête depuis des mois.

Mais je ne suis pas resté, tout juste avais-je fait trainer le café, profitant de leur gentillesse. L'homme, qui nous avait rejoint à l'intérieur, expliquait à sa femme d'où je venais et elle sembla montrer le même intérêt que lui pour mon voyage, intérêt qui ne laissait de me surprendre de la part de parfaits inconnus. Un relent de cynisme me fit penser que le peu de gens qu'ils rencontraient à longueur d'année les poussaient très certainement à se passionner pour le moindre évènement, surtout quand il est aussi inattendu que le passage d'un étranger au but incertain, mais le fond d'humanité que leur chaleur avait éveillé en moi, envoya le cynisme dans les cordes pour quelques temps.

Je repris donc la route de l'ouest dans la vieille Dodge, les laissant sur un sourire et un signe de la main à l'intention du gamin qui, je le voyais dans le rétroviseur, ne quitta des yeux la voiture que lorsqu'elle eut complètement disparu de son horizon. Je roulais depuis à peine deux heures lorsque je fus rattrapé par l'obscurité et une lune de printemps, ronde et argentée qui, par contraste, transforma les paysages environnants en masses noires fantomatiques sans que pourtant je n'en ressente la moindre menace.

Malgré la pluie persistante, je me sentais d'une humeur presque enjouée, étrangement plus apaisé que lors des derniers jours passés sur la route. Sans doute ce bout de journée en compagnie de cette famille, qui distillait sa chaleur sans contrepartie, y était pour beaucoup, allumant une lueur d'espoir de réconciliation avec mes fantômes. Peut-être ressentais-je simplement les prémices de l'effet salvateur que j'espérais de ce voyage entrepris comme un exutoire, une thérapie, en direction d'une ville qui n'était au final qu'un subterfuge, un prétexte bidon pour fuir la réalité.

Quoi que ce fut, c'était le premier signe positif entrevu depuis le départ et il m'encourageait à poursuivre, en espérant pouvoir compter encore un peu sur la vieille bagnole qui semblait se prendre au jeu du voyage cathartique, comme si elle-même tentait d'oublier un passé douloureux. La suite immédiate était facile à envisager, il me suffisait, et c'était tout à fait dans mes cordes, de suivre la direction obstinément rectiligne de la route, maintenant parsemée, et c'était du plus bel effet, des reflets d'argent de la lune sur l'asphalte mouillé.

A suivre...

01 - Hades Pleads    
02 - Pining    
03 - Morning Blues    
04 - Heaven Sent    
05 - The Very Last Day    
06 - Hands Up    
07 - Jealous Sun    
08 - Wherever You Are    
09 - You Gotta Move (Written By Fred McDowell, Gary Davis)
10 - A Little Fire    
11 - Tribulation Hymn

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Till

mardi 28 avril 2020

Vic Chesnutt - Drunk [1993]

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 Baster en Amérique, épisode 1.

Squaresville. Si tu décides de t'y rendre - mais on ne choisit pas réellement de s'y rendre, on y va quand on n'a vraiment plus le choix, en dernier recours, comme un acte désespéré, un baroud d'honneur, une fuite en avant - il faut sortir de la ville et prendre la grande route qui file vers l'ouest. Go west young man, go west. C'était une belle route autrefois, lisse comme un billard, la ligne jaune centrale aussi rutilante que les bandes blanches latérales qui t'éloignent et te protègent psychologiquement des cailloux, du sable et des buissons épineux. Autrefois.

Aujourd'hui, la seule chose qu'elle ait en commun avec son passé plus ou moins glorieux c'est qu'elle reste droite comme un I, d'une linéarité vertigineuse, presque effrayante, un ruban d'asphalte noire à perte de vue, sur des kilomètres interminables. Ou des miles si l'on préfère la version originale. Pour aller à Squaresville c'est tout droit, toujours tout droit, sans un écart, sans un virage. Comme un symbole, une allégorie, une métaphore de la bien-pensance, pour aller à Squaresville tu files droit, le moindre écart et c'est la sortie de route au-delà des bandes blanches qu'on devine encore ici et là, la mise au ban, à l'index auquel tu n'aurais qu'un majeur dérisoire à opposer.

Je suis sorti de la ville et j'ai pris la route de l'ouest au volant d'une vieille Dodge autrefois rutilante, achetée quelques dollars, qui en valait probablement deux fois moins et qui, si elle avait pu parler comme dans quelque conte moral étrange, m'aurait à coup sûr supplié de faire demi-tour et de tourner le dos à cette route sans fin. Mais la vieille bagnole ne parlait pas, seule sa suspension douteuse, ou simplement usée et d'un autre temps, trahissait son désarroi à l'approche de l'épreuve qui l'attendait, sursautant déjà aux premiers cahots de cette route maintenant parsemée de nids de poule et d'ornières, jonchée d'herbes folles séchées, poussées là par le vent.

Le vent. En parcourant les kilomètres, qui défilaient comme dans un ralenti de Sam Peckinpah, je faisais l'expérience des nuages de poussières et de sable transportés par un Chinook pourtant plus guère de saison mais encore suffisamment virulent pour courber les arbres les plus frêles qui bordaient mon chemin. Tout se passait comme si les éléments déchaînés, la route usée, la vieille caisse aux amortisseurs déglingués, toutes ces choses réunies et complices tentaient de me faire renoncer à ce voyage, essayaient de m'impressionner et se foutaient de moi en me promettant l'enfer sur la route 666. Mais j'étais devenu difficile à impressionner, les fantômes que je fuyais me hantaient bien plus intensément que ne saurait le faire ce trajet, si périlleux soit-il. J'avais pour moi l'insouciance, ou l'inconscience aurait probablement objecté un observateur extérieur, de celui qui va tout droit vers son destin sans jamais remettre en cause le chemin à suivre.

Au volant de cette vieille américaine je me prenais pour Sal Paradise et je me voyais, libre, insouciant et présomptueux, rouler des jours durant sur cette route empoussiérée, pour rejoindre au bout d'un voyage initiatique un improbable Dean Moriarty, sans me demander une seule seconde ce que ce dernier pouvait bien foutre à Squaresville la conformiste, tout ce que Dean détestait. Mais il en est de cette histoire comme des rêves, qui se soucient bien peu de la véracité et de la crédibilité de ce qu'il racontent, préférant parsemer les chemins labyrinthiques du cerveau de symboles obscurs et sibyllins comme si leur seule fonction était de servir de rabatteur à d'obscurs psychanalystes en mal de patients.

En guise de thérapie, celle que je me prodiguais à moi-même, médecine douce mais à très fortes doses, j'emportais toujours avec moi la musique, d'autres fantômes qui m'accompagnaient fidèlement et me réchauffaient le cœur sans jamais faiblir, quel que soit l'état de délabrement dans lequel cette foutue inclination - on appréciera la litote - à l'auto-destruction me plongeait un peu plus chaque jour. Sur ce trajet à la monotonie déprimante je vivais la musique comme une transe et dans cette demi-conscience s'épanouissaient, avec la vivacité d'une mauvaise herbe, la nostalgie et les souvenirs, comme des poisons prompts à me ramener vers ce que je fuyais.

Je ne comptais plus les jours depuis que je roulais tout droit vers mon destin et, dans ma transe, je revoyais Athens, maintenant très loin derrière moi, me demandant encore ce qui m'avait poussé à partir et prendre cette route sans fin au volant d'une antiquité. Pied-de-nez à l'histoire, j'avais quitté Athens mais les ruines étaient dans ma tête ah ah. Au moins mon nouveau statut d'épave au volant d'une épave m'avait-il laissé un semblant d'humour même s'il était plus raisonnable que je n'en fasse profiter personne. Athens s'enfuyait loin de moi, s'enterrait dans mes souvenirs, l'image s'effaçait mais il m'en restait le son qui rythmait ma route.

Reprenant conscience de mon environnement après des kilomètres de conduite robotique, largement encouragée par la boite automatique de rigueur et la rectitude effrayante de la route, je m'aperçus que la plaine, jusqu'ici couverte de champs où coton et tabac se disputaient la prééminence, paysage d'une platitude infinie à me faire douter de la rotondité de la terre, cédait petit à petit la place à des collines verdoyantes, couvertes d'une végétation sauvage, luxuriante, faite de forêts de résineux et d'autres essences dont j'ignorerai toujours les noms. J'imaginais les feuillages jaunes, rouille, rouges enflammant le panorama d'un intense brasier de couleurs si j'avais fait le trajet en automne, mais en ce printemps naissant le vert était partout.

La météo allait de paire avec les paysages, le soleil qui m'accompagnait depuis mon départ se voilait maintenant d'une forêt de nuages, les cirrus, annonciateurs de dépression, cédant peu à peu la place aux cumulo-nimbus dont les formes impressionnantes montaient plus haut que je ne pouvais l'imaginer et qui, à cour sûr, allaient sans tarder cracher leurs pluies torrentielles et peut-être inonder ma route, justifiant s'il en était besoin l'omniprésence du vert dans le paysage. J'y voyais le signe certain que mon voyage  progressait et que j'avançais lentement mais sûrement vers mon soi-disant but. Seule au loin, très loin encore, la barrière infranchissable des Rocheuses me narguait, tant elle s'obstinait à rester invisible, figurant un mur dans lequel je semblais foncer tout droit sans savoir si jamais je l'atteindrai.

A suivre...


01. Sleeping man
02. Bourgeois and biblical
03. One of many
04. Supernatural
05. When I ran off and left her
06. Dodge
07. Gluefoot
08. Drunk
09. Naughty fatalist
10. Super tuesday
11. Sleeping man (Syd version)
12. Kick my ass

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Till

mercredi 23 octobre 2019

[Retour de concert] The Good The Bad and The Queen - 15 juillet 2019




Où l'on apprend qu'on fait de bonnes soupes dans les vieilles soupières à condition que les vieilles soupières soient bonnes.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Tu as survécu à la canicule au prix de litres d'eau engloutis, d'une utilisation forcenée de la clim et, en conséquence, d'un élargissement flou mais certain du trou de la couche d'ozone, même si - entre nous - tu n'es pas très sûr de bien comprendre le sens profond de cette donnée climatique que tu régurgites en bon être humain conscient de la tâche ardue qui l'attend, lui et ses compères. Tu es passé au travers des orages de grêle, des orages de pluie, des pluies de grêle, des matches de tennis à coup de glaçons tombés du ciel, tellement fort qu'ils feraient passer les dix plaies d’Égypte pour la nouvelle attraction du monde merveilleux de Mickey. Tu as traversé avec plus ou moins de brio - mais suffisamment de satisfaction pour partir l'esprit apaisé - une journée de travail assez identique à beaucoup d'autres, c'est-à-dire suffisamment prise de tête pour avoir envie de débrancher le cerveau, ou plutôt le connecter pendant quelques heures sur un réseau alternatif propre à te doper à la dopamine à doses quasi létales pour pour pour..."Novocaïne for the soul...", ouais on connait la chanson.

Et donc en cette fin de journée presque cauchemardesque - mais ne te mens pas, tu les aimes ces journées, tu en redemandes - tu sors la tête de l'eau, tu ouvres la bouche et, dans un bruit d'aspirateur ou de conduit de ventilation ou d'un mélange des deux, tu remplis tes poumons d'un air qui sent déjà un peu la dopamine, la bière et les vibrations de la basse dans ta cage thoracique. A la fin de cette journée, tu te retournes - ok c'est une image hein, en réalité tu peux exécuter la suite sans te retourner réellement - et tu te dis que merde, tu l'as bien mérité. Il y a des signes qui ne trompent pas.

Après des mois d'enfer, des semaines endiablées, des journées démoniaques - Demon Days, j'assure dans l'art de la transition - tu aspires juste à un miracle. Ici l'histoire semble prendre une tournure un peu biblique mais c'est pour mieux appuyer le propos. Un miracle et rien d'autre. Un machin fou, énorme, délirant, une soirée de malades, un truc de dingue que t'avais jamais vécu, que tu pourras raconter à tes petits enfants - quand t'en auras - qui te regarderont comme un extra-terrestre en se demandant si papy n'aurait pas abusé de substances bizarres qui se consommaient au temps où il était jeune - le moyen-âge ou un truc approchant - mais qui comprendront en voyant ta tronche ahurie et ton air possédé - par le démon again - que tu as vécu un évènement proche de l'indescriptible, à la limite du c'est pas possible, aux confins du à peine croyable. Un miracle !

Paul Simonon qui danse avec sa basse dans les bras. Paul Simonon qui a appris à jouer de la basse. Pauuuuuuuuuuuuuul Simooooooooooooooonon ! Je sais, j'en fais des tonnes, c'est le problème avec les miracles. Paul Simonon qui se marre sous sa casquette de Gavroche, Paul Simonon qui porte le costume de mon grand-père il y a 50 ans. Dopamine, bière et basse. What else ? Évidemment Damon (Démon ?) Albarn est le showman, il est fait pour ça. Bien sûr Simon Tong tricote à l'aise à la guitare, une corde à l'endroit, une corde à l'envers. Pas de doute, Tony Allen est un génie, c'est pas moi qui dirai le contraire, j'y connais rien en génie. Naturellement les cocos sont bien entourés, un percussionniste, un claviériste, deux violonistes, une violoncelliste, tous ces trucs en iste qui font vachement classe quand on est un groupe de rock aux ambitions musicales assumées.

N'empêche, malgré l'impressionnante liste de spécialistes en iste sur la piste, tu n'as d'yeux que pour Paul. Et si j'écris simplement Paul ce n'est pas pour économiser de précieux, bien que très hypothétiques, caractères sur twitter mais parce qu'on peut te proposer tous les Paulos du monde, des Weller et des Westerberg, des Macca et des Anka, Simon ou Personne, si on te dit Paul, y en a un et un seul. Et donc notre Paul de Brixton a bel et bien l'air de s'amuser avec sa basse. Semble à l'aise, se marre, avance, recule, esquisse un pas d'un côté, deux de l'autre côté. Déconne avec Albarn. Au rythme d'une set-list probablement préparée par le stagiaire de première année de MBA, comprenez Musiciens Branleurs Associés, tellement elle brille par son originalité : on vous joue l'intégralité du deuxième album dans l'ordre, intro comprise, et ensuite on vous balance le premier album mais attention, pour celui-là on a mélangé les titres parce qu'on est un peu des fous quand même.

Mais c'est pas grave, pendant ce temps Paul danse, et ce jeu de mot audacieux arrachera probablement un petit sourire de contentement au lecteur qui aurait pu sentir une pointe de sarcasme dans la fin du paragraphe précédent. Et puis sois honnête, le sarcasme et le cynisme ne sont ici qu'affaire de posture du narrateur qui se la raconte en racontant, parce que, entre nous, quelle que soit la set-list, il suffit de remarquer le battement trépident de ton pied sur la pierre multi-séculaire, qui en a vu défiler des blaireaux aux goûts douteux en 2000 ans d'existence, pour se convaincre que tu passes un bon moment dans un bon concert. Démon fanfaronne juste ce qu'il faut, Simon a tôt fait de te confectionner une petite laine spéciale fin de canicule et Tony et Paul s'entendent plutôt bien pour te désosser la cage thoracique à coups de basse et de fûts bien sentis, le tout élégamment emballé, reconnais-le, par la section à cordes comme on dit dans la salle de rédac des Inrocks.

Et c'est tout à ta joie, arborant le sourire un peu niais, mais communicatif, de celui qui a vu une apparition, la Sainte-Vierge en maillot de bain, un alien en short, le Père-Noël en tongue, que tu quittes le théâtre antique et ses coussins en toc, les pierres surchauffées et la bière réchauffée, fredonnant au hasard History Song ou The Great Fire, repartant vaillamment vers des lendemains caniculaires, le cœur rempli de cette allégresse qui t'inonde sitôt qu'un bon vieux shoot de dopamine t'a imbibé le cerveau.

Par honnêteté intellectuelle et déontologie journalistique, ici un nouveau sourire est de rigueur, je glisse un petit mot sur le groupe de première partie : Satellite Jockey. Sans faire injure à leur "pop mélodique aux arrangements subtils, fouillés mais cependant évidents", à leurs combinaisons d'entrainement de la NASA et à la gentillesse évidente de ces six musiciens tout mignon, tout ça m'a glissé dessus sans que je m'en rende compte. Il y a des signes qui ne trompent pas.


C'était le 15 juillet 2019 aux Nuits de Fourvière. J'y étais.




Deux vidéos - qui ne m'appartiennent pas - du concert pour illustrer. Quand je vous dis qu'il danse avec sa basse...
 

Set-List :

Introduction
Merrie Land
Gun to the Head
Nineteen Seventeen
The Great Fire
Lady Boston
The Truce of Twilight
Ribbons
The Last Man to Leave
The Poison Tree (with extended intro)
History Song
80's Life
Herculean
Nature Springs
Three Changes

Encore:
Kingdom of Doom
Green Fields
The Good, The Bad & The Queen


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Till

vendredi 3 novembre 2017

Hüsker Dü - Zen Arcade [1984]

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Mais c'est quand même dingue cette histoire. La coïncidence ultime, le hasard intersidéral, l'alignement des planètes dans le plan cosmique du chignon d'Elisabeth Tessier. Parce que, sans déc, je n'avais ABSOLUMENT pas prévu de parler de ce Double Album Conceptuel [à prononcer avec la voix d'Arielle Dombasle].

Non mais qu'est-ce qu'ils ont crü ces zigotos ? Que j'allais me dégonfler, faire pffff, trouver un alibi en bois, je peux pas j'écoute le dernier Sardou ? Et puis quoi encore ?

Vous voulez causer dü Hüsker Du ? Ok, je sais plus où mettre les trémas mais on va en causer. Pas de problème. Je vais leur montrer moi à Machin W. Gilles et JeePeeDee R.I.P. de quelle excuse en bois je me chauffe. Hüsker Dû, Zen Arcade, vous voulez que je vous dise ce que j'en pense ?


10 [et quelques] très bonnes raisons de ne pas écouter Zen Arcade.

1. Parce que deux trémas dans une langue qui méconnait les accents c'est deux trémas de trop.

2. Parce que j'aurais aimé que ma basse sonne comme celle de Greg Norton mais la vie est vraiment dégueulasse.

3. Parce que le punk est une chose bien trop importante pour qu'on le laisse aux mains des américains, comme l'a presque dit ce bon vieux Henry Kiss-myass-singer.

4. Parce qu'avec la conjoncture actuelle et la montée de la recrudescence, faut pas déconner non plus.

5. Parce que ma grand-mère trouve que Billy Idol était bien mieux coiffé que Bob Mould.

6. Parce qu'un disque de branleur sorti il y a 33 ans 1/3 est un disque de vieux branleur, et qu'un vieux branleur reste un vieux. Ou un branleur. Ou les deux.

7. Parce que Monday Will Never Be the Same c'est beau comme Elton John qui joue du piano, [waaah hé c'est trop la honte ça].

8. Parce que je ne sais toujours pas à quoi sert un producteur de disque alors imaginez un disque sans producteur non mais franchement.

9. Parce qu'en 1984 la Police de la Pensée avait infiltré Total Access Studio (Redondo Beach, CA) et insidieusement convaincu HD de faire un double-concept-album et hop, à peine le temps de dire Yes que c'était fait, je le sais je le tiens de ma tante qui travaille au Ministère de la Vérité si je mens.

10. Parce que Pink Turns To Blue est une perfide tentative d'instiller la théorie du genre dans les cerveaux déjà bien amochés des neurones à crête.

11. Parce que Bob Mould alors que Jello Biafra

12. Parce que je suis absolument infoutu de localiser St Paul, Minnesota sur une carte de France.

13. Parce qu'un peu de mauvaise foi n'a jamais fait de mal à personne alors que beaucoup de mauvaise foi peut parfois faire du bien à quelqu'un.

14. Parce que sans déconner c'est quoi ces mecs pas foutus de faire des chansons de 3 minutes et qui se retrouvent obligés de tenir 14 minutes pour faire du remplissage à la fin ?

15. Parce que Pride me donne une furieuse envie de rouler comme un dingue à 135 km/h sur l'autoroute.

16. Parce que Baster m'a dit qu'il était trop occupé pour enquêter sur ce machin.

17. Parce que HURLER COMME UN MALAAAAADE tout en JOUANT A FOND LES POTAAAAARDS c'est un truc d'ado attardé et alors pourquoi je ferais pas pareil hein ?


Side one
1."Something I Learned Today"
2. "Broken Home, Broken Heart"
3. "Never Talking to You Again"
4. "Chartered Trips"
5. "Dreams Reoccurring"
6. "Indecision Time"
7. "Hare Kṛṣṇa"
Side two
8. "Beyond the Threshold"
9. "Pride"
10."I'll Never Forget You"
11."The Biggest Lie"
12."What's Going On"
13."Masochism World"
14."Standing by the Sea"
Side three
15."Somewhere"
16."One Step at a Time"
17."Pink Turns to Blue"
18."Newest Industry"
19."Monday Will Never Be the Same"
20."Whatever"
21."The Tooth Fairy and the Princess"
Side four
22."Turn On the News"
23."Reoccurring Dreams"


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Till

mardi 4 juillet 2017

Tall Dwarfs - The Short & Sick Of It [1992]

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Vous savez ce que c'est - ou peut-être qu'en fait vous ne savez pas du tout ce que c'est, peut-être que c'est juste moi, peut-être que j'essaie de me servir de vous comme alibi, peut-être que j'essaie de trouver de mauvaises excuses pour de mauvais choix, mais ça aussi vous savez ce que c'est j'en suis sûr - on fait des trucs un peu machinalement, on prend on laisse on jette, sans prendre le temps d'un peu de discernement, sans recul, sans réflexion et sans faire l'effort de conclure cette phrase interminable qui commence à tourner en rond et à ne plus avoir vraiment de sens, ce qui peut paraitre normal pour un rond si on oublie ses notions élémentaires de trigonométrie. Fin du prologue sans queue ni tête.

Et donc, à propos de mauvais choix - puisqu'il s'agit bien de ça hein, si vous suivez - je n'en étais pas à mon coup d'essai, je récidive depuis à peu près aussi longtemps que j'écoute de la musique, je me suis fié à une première écoute, trop rapide, trop superficielle, trop distraite avec pour conséquence première de balancer le truc aux orties. Aux orties ? Ouais enfin c'est une image tu vois. Ah ok je vois. Vous savez ce que c'est, jugement hâtif, sanction injuste. Ah ? On parle pas de l'affaire Gregory quand même ?

Non. Discussion un jour à propos de Chris Knox - ah bah quand même nous y voilà - chez Jimmy mais évidemment c'était EWG qui avait balancé le truc. Hey dis-donc, Knox, Gregory, ce baratin sans fin va finir par la réunion des Cramps. Bin justement les blagues à deux balles ont fusé, le seul vrai Knox s'appelle Nick, le seul vrai Nick s'appelle Knox, le tour du rock en 80 secondes. Et ? Et là Chris Knox nous amène tout naturellement aux Tall Dwarfs. Là je ne fais ni one ni two three four, je lance un processus itératif très simple mais éprouvé : je téléchope, je dézippe et j'écoute.

Sans me lancer dans une algorithmie un peu fastidieuse, à partir de l'écoute j'ai trois orientations possibles. 1. Qu'est-ce que c'est que cette merde, j'efface tout de suite. 2. Euh...on verra ça plus tard mais alors bien plus tard hein. 3. Putain ce truc est génial, je l'écoute en boucle pendant 33 ans 1/3. Autant le dire tout de suite, Tall Dwarfs c'est passé direct dans la branche numéro 2 de l'algorithme. Bin oui ma première réaction a été de le classer dans la case en bas à gauche, celle du Grand Nain porte quoi. Ce qui n'est pas complètement idiot si on y réfléchit bien. Si tu le dis ! Et du coup après t'as changé d'avis ?
Ouais longtemps après. J'avais mis discrètement Baster sur le coup, il a fini par me convaincre. A la réflexion, de la musique faite par des branleurs pour des branleurs, ça valait une attention particulière non ? J'ai une grande tendresse pour ces gens-là, entre branleurs on se comprend. La pochette est à l'image du bordel ambiant qui règne dans leur musique, le seul fil conducteur c'est qu'il n'y en a pas.

Et puis un groupe dont le label s'appelle Flying Nun Records ne peut pas être foncièrement mauvais.

Line up :
Chris Knox
Alec Bathgate
Alec Bathgate
Chris Knox
Chris Knox
Alec Bathgate
Et plein d'autres branleurs qui sont venus les aider.


En voilà une jolie compile qui regroupe les disques That's the short and long of it et Throw a sickie sans toutefois les mélanger :

Thats The Short & Long Of It

01. The Hills Are Alive
    Guitar – AB
    Organ, Voice – CK
    Voice – Miriam Ward Michel

02. Clover (Take 1)
    Electric Guitar, Vocals – CK
    Twelve-String Guitar – AB

03. Pretty Poison
    Guitar, Cymbal – AB
    Piano, Vocals – CK

04. Sleet
    Clavinet, Vocals, Tom Tom – AB
    Guitar, Bass – CK

05. Burning Blue
    Clavinet, Vocals – CK
    Drums [Distant] – Mike Dooley
    Guitar, Piano, Vocals – AB

06. Carpetgrabber
    Piano, Noises [Feedback] – AB
    Triangle, Vocals – CK

07. Gone To The Worms
    Clavinet, Piano, Vocals – CK
    Drums – Mike Dooley
    Guitar, Bass – AB

08. Woman (Live)
    Bass, Vocals – CK
    Guitar – AB
    Mixed By [Live] – Doug Hood

09. Get Outta The Garage
    Drums – Mike Dooley
    Guitar, Noises [Feedback] – AB
    Organ, Vocals – CK

10. Scrapbook
    Organ – CK
    Twelve-String Guitar, Vocals – AB

11. Nothing's Going To Happen
    Written-By – Wall Of Dwarfs*

12. Nothing's Going To Stop It
    Written-By – Wall Of Dwarfs*

Throw A Sickie

13. Underhand
    Guitar, Finger Cymbals – AB
    Piano, Autoharp, Vocals – CK

14. Road & Hedgehog
    Mellotron, Vocals – CK
    Twelve-String Guitar – AB

15. Attack Of The Munchies
    Bass, Guitar – AB
    Loops, Vocals – CK

16. Come Inside
    Guitar, Bass, Backing Vocals – AB
    Vocals – CK

17. The Universality Of Neighborliness
    Dulcimer [Adjustable Floor Hammer], Vocals – CK
    Guitar, Bass – AB

18. The Big Dive
    Guitar – AB
    Loops, Vocals – CK

19. No Place
    Bass, Vocals – CK
    Guitar – AB

20. And Other Kinds
    Bass, Twelve-String Guitar, Guitar [Other] – AB
    Clavinet, Tom Tom [Floor], Twelve-String Guitar, Vocals – CK
    Other [Studio Help] – Bill Latimer, DH

21. Farewell
    Piano, Xylophone, Piano [Pianet], Vocals – AB
    Vocals – CK


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Till

jeudi 18 mai 2017

So This Is Permanence - 18 mai




Le 18 mai c'est le jour où quelque obscure connexion neuronale, dans le tréfonds de mon cerveau reptilien, grande marmite des pulsions primitives, des fonctions vitales et de l'instinct de survie, guide mes pas, à grands coups d'influx nerveux,  le plus loin possible des séchoirs à linge et des cordes en nylon. Nerves like nylon, nerves like steel, le bouquet de nerfs en pelote, tendu comme une corde à linge, j'observe le défilé des fantômes de mes fantasmes. Hanté par quelques lignes ineffaçables de mon cerveau limbique, bouillonnement de souvenirs et d'émotions, je vois grossir la foule grondante de mes héros du passé, inaltérables, inoubliables, immortels. Je ne vis pas dans le passé, je vis avec le passé. Mémoire ! Rassemble dans la salle du cerveau, les rangs innombrables des bien-aimés. Vos rêves tutoyaient les étoiles, ils ont sublimé les miens, électrisé le grand bazar cosmique de mon cerveau néo-mammalien, infusé la pensée et fondu les mots en une alchimie d'émotions, de sensations et de visions. Ils ont déchiré, arraché des lambeaux du voile, me révélant des fragments du grand dessein mystérieux qui nous entraine inexorablement et nous attache à la théorie des cordes.
I put my trust in you.


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Till

mercredi 28 décembre 2016

[VA] - Have A Rotten Christmas [vol. II] [1984]

http://www72.zippyshare.com/v/LzurFRIA/file.html


[céhoel, céhoel, céhoel]
- Salut p'tit. T'en fais une sale tête. Ca a pas l'air d'aller fort hein ?
- Non m'sieur.
- Hum, je vois. Céhoel. Je comprends ce que tu ressens p'tit. Sale période hein.
- Oui m'sieur, sale période.
- Je comprends que t'aimes pas ça. Tu as peur, c'est ça ?
- ...
[céhoel, céhoel, céhoel]
- Des mauvais souvenirs ?
- Oui m'sieur.
- Vas-y, raconte, ça te fera du bien d'en parler.
- Bin, c'était...c'était l'année dernière.
- Ouais...
- Ils ont...ils ont disparus. Mes parents.
- Ouais je vois. Comment ils s'appelaient tes parents ?
- Tacchini m'sieur.
- Bien sûr. Tu les as vus...partir ?
- Un jour ils sont venus, ma mère m'avait caché, je n'ai rien vu. Quand je suis sorti de ma cachettte ils n'étaient plus là. Les autres m'ont dit qu'Ils les avaient emmenés Là-Bas...et je les ai plus revus.
[céhoel, céhoel, céhoel]
- Attention, planque-toi p'tit, j'entends des pas.
.....
- Ok, je crois que c'est bon pour  le moment, j'entends plus rien. Mais Ils rodent, faut qu'on se méfie. Ils vont revenir. Chaque année c'est pareil, on sent la tension monter petit à petit, la peur gagne tout le monde autour. On se regarde tous, personne ne parle mais chacun sait ce que les autres pensent. Pourvu que ce ne soit pas mon tour, on n'ose pas l'avouer mais chacun préfère que ce soit un autre qu'on emmène. Certains sont prêts à vendre les copains pour essayer de sauver leur peau. D'abord on voit l'ombre qui s'approche silencieusement, ensuite on perçoit les pas qui approchent lentement. C'est une torture, tout le monde sait que plusieurs d'entre nous vont être pris. La porte grince, je te jure que c'est atroce. Certains sont pétrifiés, d'autres pleurent. On sent la sueur glacée le long du cou. Le pire c'est qu'on ne Les voit jamais, seulement l'ombre, les pas, le grincement de la grille. Je crois qu'on ferme tous les yeux de terreur à ce moment-là et quand on comprend que c'est fini, on regarde et certains d'entre nous ont disparu. Partis Là-Bas. Je suis là depuis plusieurs années, je ne sais pas pourquoi Ils ne m'ont jamais pris. La chance peut-être, ou un truc qui ne Leur convient pas. Je suis vieux maintenant, je ne Les intéresse peut-être plus. Mais quand j'entends les pas j'ai toujours la même peur, ça ne te quitte pas, jamais, les frissons d'horreur, les suées. [céhoel, céhoel, céhoel] Écoute-les, ils sont terrorisés. Ils savent tous que ça va se produire bientôt, plusieurs jours de suite. Leurs amis, leurs enfants, leur femme, peut-être eux. L'ombre, la grille et tout à coup tout est fini. On ne sait pas pourquoi, on ne sait pas ce qui se passe Là-Bas. On sait juste que ceux qui partent ne reviennent jamais.
Tu sais mon p'tit, depuis le temps que je suis là, des Tacchini j'en ai connu plein. J'en ai vu partir plus que tu ne pourrais imaginer. [céhoel, céhoel, céhoel]. Chaque année c'est pareil. Moi je suis vieux mais je crois que maintenant, malgré la terreur je préfèrerais qu'Ils me prennent.
Tous les jours je pense à ...Ca fait longtemps tu sais. Un jour Ils sont venus, l'ombre, les pas, la grille. Ils sont venus et Ils l'ont emmenée. Ca fait plusieurs années qu'elle est partie. Maintenant je voudrais partir aussi. Je suis terrorisé à l'idée mais je n'ai plus envie tout seul. Je l'aimais tu sais et je te jure p'tit que de toutes c'était la plus belle. Jamais de ma vie je n'avais vu une aussi belle dinde.


Les punks du pays du Père-Noël :

A1 Xtract - Lies    
A2 Rattus - Will Evil Win?    
A3 No Choice - No Money    
A4 Varukers - Will They Never Learn?    
A5 Existenz - Stupid Girl    
A6 Skeptix - Another Day    
B1 English Dogs - Incisor    
B2 Xtract - Dead Hero    
B3 Existenz - Human Killer    
B4 No Choice - Watzwar    
B5 Rattus - Kukaan Ei Voi Toistaan Auttaa

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Till

dimanche 18 décembre 2016

PERFECT WEEK - DIMANCHE 18 DECEMBRE

Farniente : La chanson parfaite que l’on écoute le dimanche matin en traînant dans le lit, pour une grasse matinée bien méritée (ou pas). 

Tom Waits "Tango 'til they're sore"

http://www37.zippyshare.com/v/w5z9G1O3/file.html




Dimanche, jour de farniente annoncé. Tu te dis que ça va être tranquille, enfin le grand moment de repos, un disque coooool, couché dans les plumes et à toi la belle vie. Mais tout n'est pas si simple n'est-ce-pas ?  Parce que bien sûr, les éléments sont contre toi. Tu connais ça, tu as déjà vécu cette scène.

D'abord le lit, là-bas au fond, qui n'en finit pas de changer de place. A la rigueur ça ne t'inquiète pas trop, tu te dis, en toute bonne foi, qu'en visant bien tu en fais ton affaire. Mais l'exercice se complique hein ? Tu sens là ? Et ouais, le sol bouge. Un pas en avant et tiens, tout à coup, ça monte. Ça va l'équilibre ? La tête qui tourne ?

Vas-y, fais le point. Concentre-toi. Peut-être en t'accordant sur les mouvements du sol ? Rester synchrone, bonne idée. Attends un peu, encore un peu, chope le rythme. Attends...attends...Là, ça y est tu l'as ? Essaie, allez essaie. C'est trop bête, t'avais pas envisagé que les murs étaient farceurs. Au moment où tu te lances le mur de gauche pivote et se retrouve devant toi.

Il vaut peut-être mieux faire une pause................................................ le temps.................................d'analyser...........................la situation.

C'est là que tu remarques ce bruit étrange. Ça vient d'où d'après toi ? On dirait...oui oui, on dirait que ça vient...oui c'est ça, ça vient...de l'intérieur de ta tête. Incroyable ! Un piano bastringue dans ta tête. Tu luttes contre les éléments déchaînés pendant qu'un piano bastringue ? Ça t'évoque vaguement quelque chose non ? Un truc déjà entendu hein, ou une sensation bien connue.

Bravo, tu évites habilement une porte qui essayait malicieusement de s'ouvrir face à toi. Tu as encore de bons réflexes dis-donc. Mais tu manques d'attention, pendant ce temps le décor a encore changé, te voilà le nez contre un mur. Dans un sursaut de lucidité tu te rends compte que tu n'auras pas le dessus. Alors tu préfères contourner l'obstacle. Puis tu cherches à nouveau le lit.

Pas facile avec cette voix qui déraille dans ton cerveau. Une voix qui parle de pipeline et de tango. Une voix longuement travaillée à la clope et au bourbon. Aïe ! Le mot bourbon déclenche un roulement de tambour intempestif. Ça tape dedans hein. Des coups de marteau ? Ou un claquement de talons cubains au plafond ? Vertige. Cette fois c'est toute la pièce qui a pivoté, tu sens ? Bin non, tu as perdu le sens de l'équilibre.

Ca bouge, tu bouges, la pièce bouge. Qu'est-ce que tu as fait ce soir déjà ? Les souvenirs s'estompent. Sous l'assaut d'une nouvelle secousse tu te raccroches au rebord de la fenêtre. Penché en avant tu regardes, incrédule, une pluie de confettis s'échapper de tes cheveux. Tu trouves ça joli, tu trouves ça cool, tu trouves ça dingue. Toutes ces pensées en même temps ? Mais voilà que...

Sous l'effet d'un miracle, d'un heureux hasard, d'une conjonction favorable des parois ou sous l'effet d'un super-pouvoir que tu ne soupçonnais pas, te voilà à portée de main du lit, but suprême de ce périple vertigineux. Il est là tout près, si près que tu peux presque le toucher. Tout près, regarde, un pas dans le vide, en visant bien. Quoi ? On n'entend pas ce que tu murmures. Ah si ça devient un peu plus clair. Tu le fredonnes même. C'est quoi un souhait ? Un ordre ? Une supplique ? C'est ça hein, une supplique. Send me off to bed forever more.



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Till

samedi 17 décembre 2016

PERFECT WEEK - SAMEDI 17 DECEMBRE

Fête : La chanson parfaite que l’on écoute le samedi soir, juste avant d’aller faire la fête ou de dîner entre amis (tout dépend de votre génération et de votre dynamisme).

THE KINKS "SUNNY AFTERNOON"

https://www24.zippyshare.com/v/7Qz6bI0a/file.html




Le boulot m'a pompé toute mon énergie
Et m'a laissé pour ainsi dire sans vie
A glander un après-midi ensoleillé
J'arrive même pas à enchainer trois lignes
Ça m'a vraiment collé une flemme maligne
Me reste que cet après-midi ensoleillé

Sauve-moi, sauve-moi, soulage-moi de cette pression
Le monde entier essaie de me broyer
J'adore vivre ces moments agréables
Finalement c'est ça le luxe suprême
Glander un après-midi ensoleillé
Au cœur de l'été
Au cœur de l'été
Au cœur de l'été.
Houhouhouhouhou

Parce que, faut que je vous raconte ce que je fais le samedi soir. Ok, je vous ai fait le coup du vendredi, le mec agonisant, phase terminale d'un pétage de neurones, appelez une ambulance, servez-moi un whisky, et puis un autre tiens, ah chérie je vais pas bien, je cherche une drogue qui ne fait pas mal, la vie est un enfer, comme un album d'Iron Maiden . Du flan !

D'ailleurs le vendredi soir présent alors que j'écris pour le samedi - c'est bon là, vous êtes habitués au décalage horaire non ? Sinon je suis désolé mais vous allez devoir reprendre tout au début, pas les dinosaures faut pas déconner, mais au début de la semaine. Lundi quoi. Kevin Morby dans le métro, l'introspection à la Cave, la descente des Ramones en converse, la course de Bruce en basket, jusqu'aux anguilles sous roche on the rock, le tout écrit acrobatiquement la veille, à la main et sans filet. Donc suivez s'il vous plait, sinon ça va être chiant comme un disque de Muse - tout s'est plutôt bien passé, je vous remercie.

C'était même plutôt actif, j'ai fait plein de trucs sympas, j'ai passé une bonne soirée. Pas une super soirée mais une bonne soirée. Peut-être un peu longue, oui loooooooongue comme la face B d'un disque de Yes. Mais même pas mal ! La preuve, j'arrive encore à écrire pour demain qui est déjà aujourd’hui vue l'heure tardive. Et demain, donc aujourd'hui, sera une belle journée quoiqu'il arrive. Le samedi je fais des trucs magiques pour m'occuper la tête, des trucs incroyables. Tiens par exemple, le samedi soir il m'arrive fréquemment d'inviter Ray Davies. On boit quelques verres, on discute, on boit quelques verres, je lui donne deux trois conseils pour ses nouvelles chansons. Entre potes hein, on se prend pas la tête.

Mythomane moi ? A peine. Un peu. Non mais sans déconner je passe souvent des samedis soirs avec Ray Davies. J'ai une technique éprouvée pour ça. La soirée tourne à la playlist youtube ? Je me glisse devant l'ordi pendant que personne ne regarde et hop, Sunny Afternoon. Le CD vient de se terminer ? Je branche mon itruc sur l'ampli et zou. Sunny Afternoon. Quelqu'un demande ce qu'on peut écouter ? J'ai la réponse ! L'avantage d'une chanson parfaite comme ça c'est que personne ne peut refuser. Proposez aux copains d'écouter la plus belle chanson du monde, ils vont pas vous dire, non merci j'aimerais mieux écouter le dernier Téléphone. Sérieux. C'est une vieille habitude Ray et moi le samedi.

Ah Ray, tu m'as tellement eu que je ne sais plus ce que fais, tu m'as tellement eu que je ne peux plus dormir la nuit. Je veux être avec toi tout le temps, toute la journée et toute la nuit. Mais si tu pouvais remettre un peu le soleil cet aprèm ce serait beau, même plus beau que le dernier U2. Allez remets-moi un peu de soleil, allez Ray, juste un petit rayon.

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Till

vendredi 16 décembre 2016

PERFECT WEEK - VENDREDI 16 DECEMBRE

 Vendredi 16/12 : Espoir : La chanson parfaite que l’on écoute le vendredi soir, alors que la semaine de travail s’achève, qu’un soulagement émerge nécessairement et que les projections du week end deviennent enfin concrètes.

Eels "Novocaïne for the soul"


http://www85.zippyshare.com/v/klcNWCDu/file.html



Vendredi soir. Même plus la force d'écrire un bout de texte foireux pour raconter comment se termine une semaine foireuse. Perfect mais foireuse. En même temps, on n'est que jeudi midi, je suis en train de courir - vous suivez ou pas, va falloir faire encore un effort, moi je suis pas en état - et d'écrire en même temps ce qui va m'arriver vendredi soir. Comment voulez-vous que je ne sombre pas dans la schizophrénie, la séparation moléculaire ou l'ionisation comme un mardi introspectif récent ?

Vendredi soir. You'd better give me something so I don't die. Je me traine - j'exagère, j'adore exagérer - pour rentrer, j'ai des images de canapés qui se forment. Moelleux les canapés. Quand je pense qu'hier midi - c'est-à-dire maintenant, faite un effort - j'avais la force de courir, l'énergie d'en dépenser, la volonté d'en avoir. Before I sputter out.

Vendredi soir. File-moi un truc pour tenir le coup. N'importe quoi, une bière, un whisky, un somnifère. Oh my darling will you be here before I sputter out ? Besoin de m'anesthésier, oublier cette cave noire au fond de laquelle j'erre la semaine, eight days a week, oublier que je cours encore et encore après des ombres inatteignables, oublier mes atomes éparpillés en orbite dans le cosmos des galères, oublier que j'ai cramé à jamais une infinité de neurones à tenter sans cesse de résoudre la quadrature de cercles à cinq côtés, oublier les synapses perdues, les neurotransmetteurs hors-service, les stimuli nerveux incontrôlables, les connexions neuronales inopérantes au point d'oublier d'en mettre un à cette phrase interminable, besoin d'inhiber des pulsions, d'endormir la douleur, de flinguer le désespoir, d'avaler l'amertume, allez donne-moi un truc qui fasse passer la pilule, jusqu'à entrevoir autre chose, un rayon de soleil peut-être plus tard, demain, soulage-moi un moment, même pas long, une nuit, une heure, une soirée. Vendredi soir.

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Till