jeudi 17 juillet 2014
Bruce Springsteen - The River [1980]
Une enquête de Glen S. Baster
Je n'en croyais pas mes yeux. C'est un truc qui se produit parfois, rarement, dans la vie d'un privé. On repose sa bouteille vide, le dernier mégot fume encore dans le cendrier plein et on s'apprête à se lancer dans une nouvelle enquête crasseuse. Imper miteux, filature foireuse et au bout du bout, une nouvelle cuite avec le pourboire laissé par le client. Et puis un jour, parfois, rarement, ce truc-là. Le rayon de soleil qui vient réchauffer une carrière de privé.
Le rayon de soleil venait juste d'éclairer mon bureau poussiéreux. Et vu l'épaisseur de la porte d'entrée, il fallait qu'il soit sacrément motivé mon rayon de soleil. J'imaginais l'état de la rue à son passage, une éruption volcanique, un tsunami, Dead end street on fire. Tonton Ray en torche humaine. Dévastée la Jubilee Street de Nick Cave. Mon rayon de soleil a refermé la porte pendant que je rangeais précipitamment le fond de scotch sans âge. Le mauvais blend des mauvais jours.
Ceux qui ont suivi mes enquêtes(1), clients(1), criminels(1), imposteurs (1) en tous genres, même l'ignoble Everett, savent que la dernière femme fatale que j'ai croisée sortait d'un disque du Velvet. Avant mon rayon de soleil. J'ai fait ce que j'ai pu pour que mon bureau ressemble à celui de Phil Marlowe. Je rêvais éveillé, j'étais Nicholson, je proposais un fauteuil à Faye Dunaway. Dans un coin de la pièce Tom Waits s'est mis au piano histoire de soigner l'ambiance.
Mon rayon de soleil m'a rapidement ramené sur Terre. "Monsieur Baster on m'a dit que je pouvais vous confier une mission délicate, blah, blah habituel sensé éveiller l'intérêt du privé". Avec un soupir intérieur je me suis préparé pour le dialogue classique. "Qu'est-ce que je peux faire pour vous aider Madame ?"
"A vrai dire, Monsieur Baster, je cherche un homme." Non Baster, ne dis pas ce que tu es en train de penser, ne fais pas ça. "Vous avez frappé à la bonne porte Madame." Baster tu es le dernier des ringards. Va en enfer ! "Et quel homme cherchez-vous ?" me repris-je maladroitement. Mais mon rayon de soleil ne semblait pas avoir remarqué ma réplique lourdingue. Pour toute réponse elle me tendit une photo. "Cet homme." "Sans indiscrétion, risquai-je après un rapide coup d’œil à la photo, pourquoi le cherchez-vous ?". "Disons que...c'est mon genre d'hommes. Grand, brun, costaud, viril. Mon genre d'homme." Son genre d'homme...Imaginez l'opposé de ce pauvre Baster et vous aurez à peu près le portrait de l'homme idéal.
"Vous pensez pouvoir le trouver ?" "C'est comme si c'était fait Madame. Revenez demain, je vous dirai tout." "Demain ? Mais..." "Faites-moi confiance, revenez demain." Ça me laissait un jour pour méditer sur le sort pitoyable des privés. Un rayon de soleil, une enquête qui n'en était pas une, un misérable rendez-vous pour le lendemain. Ouais, j'étais à deux doigts de me lamenter sur mon sort. Alors, comme d'hab, j'ai accompagné ma bouteille de scotch dans la pièce pleine de disques. Cette fois je n'ai pas eu besoin de fouiller, je savais ce que j'allais prendre. Je l'ai pris. Je l'ai écouté toute la nuit. La petite lumière s'est allumée au fond de mon cerveau, en mode bourdon. En mode nostalgie.
Je crois que j'ai fini la bouteille avant le bout de la nuit. Bien avant. J'en ai ouvert une autre. J'ai bu mon scotch. J'ai bu le calice. J'ai bu la nostalgie. Le poison qui coule leeeeeeentement dans les veines, toujours dans le même sens, sans qu'on puisse revenir en arrière. Pas de touche Rewind, au pire la touche Stop. Une larme de scotch noyée dans le chagrin. Cry me a river. Ou un lac. J'ai ouvert une autre bouteille. J'ai bu le scotch. J'ai bu la nostalgie. Jusqu'au bout de la nuit. Jusqu'à ce qu'on soit demain.
Rainy day. Un temps parfait pour une enquête de privé. Un prétexte à sortir l'imperméable usé. Un beau cliché ouais. Un crachin XXL, London calling, un temps à ne pas mettre une femme fatale dehors. La pluie tapait sur les vitres au rythme du batteur fou qui martelait mon cerveau. Migraine XXL, spéciale blend minable. Spéciale nuit blanche.
Les coups sur les vitres se sont amplifiés, se sont étendus à la porte, quelqu'un essayait de défoncer l'entrée de mon bureau. Déformé par la migraine. C'était juste quelques doigts délicats qui demandaient à entrer, qui poussaient la porte, qui étaient là devant moi. Au bout des doigts, mon rayon de soleil. Assis en face de moi. Soudain le crachin avait disparu. Les eaux s'étaient retirées au loin, dégageant un coin de paradis. Get down Moses.
Silence pesant. Elle a jaugé mon état. Pas reluisant. Sans un mot je lui ai rendu sa photo de Springsteen. Accompagné de mon vieil exemplaire de The River. Sans un mot elle a compris. Sa bouche s'est ouverte pour former un son qui n'est jamais sorti. Silence pesant. Jusqu'à ce que. "C'est un vieux disque Monsieur Baster, pourquoi celui-là ?" Croisement de regards. "Disons que... c'est mon genre de disque. Vieux, usé, poignant. Et chargé de souvenirs. Disons que l'écouter me flingue et ça c'est mauvais pour le business. Autant vous le donner, il ira bien avec la photo de votre type. Mais il a fait des trucs plus récents, cherchez un peu. Il suscite encore de grands espoirs."
La pluie a repris son martèlement assassin au moment où la porte se refermait sur elle. Migraine et crachin, mon cocktail détonnant. D'un coup de pied j'ai envoyé valser la bouteille à moitié pleine qui me lançait des regards éloquents. Comme un Ulysse de seconde zone j'ai résisté à l'appel des sirènes en écoutant les pas qui s'éloignaient trop rapidement dans l'impasse. La pluie a envahi mon bureau, j'étais submergé par les flots. Dans l'air flottait encore son parfum.
(1) Et ouais, Baster a déjà quelques aventures à son actif.
Disque 1
01. The Ties That Bind
02. Sherry Darling
03. Jackson Cage
04. Two Hearts
05. Independence Day
06. Hungry Heart
07. Out in the Street
08. Crush on You
09. You Can Look (But You Better Not Touch)
10. I Wanna Marry You
11. The River
Disque 2
01. Point Blank
02. Cadillac Ranch
03. I'm a Rocker
04. Fade Away
05. Stolen Car
06. Ramrod
07. The Price You Pay
08. Drive All Night
09. Wreck on the Highway
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Till
jeudi 5 juin 2014
lundi 28 avril 2014
[Retour de concert] The Strypes au Marché Gare - 28 avril 2014
You can't judge a book by looking at the cover. Bo Didley avait raison. Si je m'étais fié à leur look je n'aurais probablement jamais écouté The Strypes. Donc je les ai écoutés et bien écoutés, au point de me dire que ce serait une bonne idée de voir de quoi ils sont capables en live.
C'est pas souvent que je vais voir des baby-rockers, alors je soigne mon look de quinqua toujours jeune, y a pas de raison, moi aussi je peux le faire. Surprise - mais je suis un peu con j'aurais pu m'en douter - l'assistance est globalement plus âgée que moi. Concours de cheveux blancs, de crânes dégarnis, collection de papys rockers, rouflaquettes inside, en sortie dominicale. En groupe, en couple, en famille. Du coup mon look de jeune quinqua branché fait fureur. Auprès de moi-même.
Tower quoi ? Towerbrown(*). La première partie lance magnifiquement la soirée. Un rythm and blues élégant et énergique, du british beat 60's en veux-tu-en-voilà, avec un orgue hammond qui caresse délicatement l'échine. Excellent. Et tout à fait approprié à une délicieuse reprise de Green Onions. Et à celle du Responsable de Dutronc. Une première partie jouissive, c'est à noter, c'est pas toujours le cas. Merci Towerbrown. Au fait les mecs, j'ai voulu acheter votre album à la sortie mais il n'y avait plus que le merchandising des Strypes, c'est vraiment ballot.
Puis vinrent les Strypes. J'imagine qu'ils sont habitués à jouer dans des maisons de pré-retraite où leur allure teenager et leurs postures font fureur. Parce que postures il y a et, tout à fait entre nous, un peu trop. Le style mods et les coupes de cheveux soignées moi je veux bien. Je trouve ça même plutôt marrant. En revanche j'adhère moins aux attitudes bien répétées, lunettes noires et poses pseudo-provocante je-mate-le-public-d'un-air-arrogant-en-singeant-des-attitudes-de-guitar-hero. Surtout que le décalage avec le visage poupon de Josh McClorey est plutôt risible.
J'avoue qu'à cause de ça j'ai un peu de mal à rentrer dans l'ambiance. Finalement je décide de laisser le cynisme au vestiaire et de pardonner à mes irish boys ces petits défauts puérils. Je suis un vieux con les garçons, faut pas m'en vouloir. Surtout qu'entre temps She's so fine, Blue Collar Jane et Mystery Man sont passées par là, déversant un flot d'énergie rock'n'rollienne absolument enthousiasmant. De l'énergie les gamins en ont à revendre, le set se déroule à un rythme endiablé et je ne choisis pas cet adjectif au hasard : je suis sûr que le diable leur a vendu son âme. Pete O'Hanlon en a récupéré un bout, plus le set avance, plus la folie s'empare de lui.
La chaleur monte, les vestes tombent. Les jolies coiffures s'affalent et les masques rejoignent les vestes. (Presque) finies les postures, mes youngsters sont dans leur trip. Et sortent leurs tripes. Rock'n'rollisent le Concrete Jungle des Specials. Dynamitent l'éternel Rollin' and Tumblin'. Incendient le cœur cœur de la ville de Nick Lowe. Pas encore charismatique le petit McClorey mais il essaie. Let's see those hands, c'est à peu près tout ce qu'on entend entre les titres, qui s'enchaînent au point que parfois, on ne sait plus si c'est encore la fin de What a shame ou déjà le début de Hometown Girls. Un parfait ouragan électrique s'abat sur la petite salle du Marché Gare. La seule occasion de reprendre son souffle c'est le très bluesy Angel Eyes qui a le bon goût de ne pas être juste une copie de l'album.
Dans l'assistance les papies et les mamies en veulent encore. Recharger leurs batteries avant de rentrer à l'hospice. Encore donc. You fancy a few more? Un peu mon neveu, envoie la sauce. Un Rockaway Beach overspeedé rallume la mèche illico. Suivi de près par Louie Louie, multibreaké, chanté en chœur par le public, si si je vous jure, et même a capella par Ross Farrelly qui montre, qu'à même pas 17 ans, il a déjà une sacrée voix. Mais il est déjà tard, les garçons va falloir penser à aller vous coucher. Allez, on s'en fait une dernière. Ç’aurait été dommage de l'oublier celle-là : You can't judge a book by looking at the cover.
C'était le 27 avril 214. J'y étais.
(*) après une petite recherche ce matin, Towerbrown s'est formé à Grenoble en 2009 autour de Yann "Cracker" Poitou des Firecrackers. On peut les écouter ici ou là et notamment sur leur blog : http://towerbrown.blogspot.fr
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Till
vendredi 11 avril 2014
Hugh Cornwell - Hooverdam [2008]
Qu'est-il arrivé à Léon Trotsky ?
Il avait un discours tranchant (1)
Qui lui a brûlé les oreilles
Qu'est-il arrivé à ce cher vieux Lenny ?
Le grand Elmyra (2), et Sancho Panza ?
Qu'est-il arrivé aux héros ?
Qu'est-il arrivé aux héros ?
Qu'est-il arrivé à tous les héros ?
Tous les Shakesperos(3) ?
Ils ont vu brûlé leur Rome.
Qu'est-il arrivé aux héros ?
Qu'est-il arrivé aux héros ?
Plus de héros du tout
Plus de héros du tout
Qu'est-il arrivé à tous les héros ?
Tous les Shakesperos ?
Ils ont vu brûlé leur Rome.
Qu'est-il arrivé aux héros ?
Qu'est-il arrivé aux héros ?
Plus de héros du tout
Plus de héros du tout
Qu'est-il arrivé aux Stranglers ?
A Jean-Jacques Burnel et à Greenfield ?
Qu'est-il arrivé aux héros ?
Qu'est-il arrivé aux héros ?
No more Stranglers anymore
No more Stranglers anymore
(1) débrouillez vous avec ça, le double sens est impossible à traduire. Pour ceux que ça intéresse, ça se passe entre "He got an ice peak" et "He got a nice speak".
(2) sauf si on me prouve le contraire, Elmyra est une féminisation du prénom de Elmyr de Hory, peintre et faussaire hongrois.
(3) faites un effort ! Le jeu de mots passe mieux en anglais.
01 Please Don't Put Me On A Slowboat To Trowbridge
02 Going To The City
03 Delightful Nightmare
04 Within Or Without You
05 Rain On The River
06 Beat Of My Heart
07 Philip K. Ridiculous
08 The Pleasure of Your Company
09 Wrong Side Of The Tracks
10 Banging On the Same Old Beat
Line up :
Hugh Cornwell : guitar and vocals
Caroline Campbell : bass guitar and vocals
Chris Bell : drums
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Till
mardi 8 avril 2014
[Retour de concert] Batlik au Marché Gare - 03 avril 2014
J'ai une confidence à vous faire. Ça fait belle lurette que les comiques français ne me font plus rire. Mais plus rire du tout. J'exagère. A peine. A vrai dire je n'ai pas besoin de la main entière pour compter sur mes doigts ceux que je trouve vraiment drôles. Non, finalement je ris plus avec des artistes qui ne sont pas là pour faire rire. Ne vous méprenez pas, il ne s'agit pas de se moquer, il m'arrive de sortir en laissant le cynisme à la maison. Mais sur scène, un type qui ne se prend pas au sérieux, tout en jouant sérieusement sa musique, peut être bien plus marrant que les pseudo-comiques qu'on essaie de nous fourguer à longueur d'année(s).
Parce qu'il est comme ça le père Batlik. La musique, les paroles c'est du sérieux. Ça on le savait déjà, pour peu qu'on ait eu le bon goût d'écouter ses disques. C'est bien écrit, c'est personnel, ça sonne bien. Même si parfois la voix dérape un peu. Ou parce qu'elle dérape un peu justement. Bref, j'en ai déjà parlé, Batlik est un artiste et un artisan. Ce n'est pas un hasard si les deux mots ont la même racine.
Mais ce que ses disques ne rendent pas c'est sa simplicité et ses rapports tranquilles avec le public. Pour un peu, on le sentirait presque gêné d'être debout sur la scène, juste un peu au-dessus des spectateurs. Faut dire qu'au Marché Gare, la scène est assez basse, ça lui évite de nous prendre de haut. En même temps, le garçon est à l'aise, presque comme chez lui. Son chien est là qui se balade dans le public. Batlik discute avec les spectateurs. Batlik discute avec ses musiciens. Les musiciens discutent avec les spectateurs. Parfois même les spectateurs discutent entre eux, surtout les trois derrière moi, et ça c'est plus chiant.
Du coup l'ambiance est franchement détendue. Ça parle presque autant que ça chante et on sent bien qu'on a affaire à un mec qui ne se prend pas au sérieux. Un mec qui pratique l'humour et l'auto-dérision avec bonheur. Parce qu'on rit de bon cœur pendant un concert de Batlik. Au passage, Gaspard, ta blague elle était pas si pourrie, tout le monde s'est bien marré. Nous y voilà. Ça a été long pour en arriver là. La blague, je ne vous la raconterai pas. C'est impossible par écrit. Mais allez voir Batlik en concert il vous la racontera sûrement.
Si vous avez encore un brin d'attention, on peut aussi parler musique. Évidemment le set fait la part belle aux chansons du nouvel album Mauvais Sentiments, sans négliger pour autant les précédents. Le virage un peu plus rock des deux derniers disques se confirme sur scène. Ça n'est pas pour me déplaire. La guitare se fait un peu plus agressive, la batterie plus lourde. Surtout quand elle est jouée avec des marteaux. Batlik martèle plus fort ses cordes. Il ose parfois une guitare électrique.
Et puis. Et puis, il y a la contrebasse de James Sindatry. Ah le plaisir de se prendre de bonnes vibrations graves. Des sensations physiques ! Au sens propre. Celles qu'on ressent dans les muscles, dans les os, dans les tripes. Celles qui font que, décidément, le disque et le concert sont bien deux univers différents. Le concert c'est aussi l'histoire d'amour entre James Sindatry et sa contrebasse. Il faut le voir l'étreindre, l'enlacer, gratter amoureusement ses cordes pour comprendre ce qui peut unir un musicien et son instrument.
Il faut aussi voir et entendre la complicité évidente entre les musiciens pour comprendre ce qui fait la réussite d'une formation. Reconnaitre le rire d'une spectatrice qu'on a déjà entendu lors du précédent concert lyonnais. Déballer les trucs et astuces qui peuvent sauver un chanteur qui oublie ses paroles. Je vous ai dit que Batlik avait de l'humour ? Ses musiciens aussi. Qui se ressemble s'assemble parait-il. Ceux-là doivent se ressembler beaucoup pour s'assembler aussi bien. Guitare, contrebasse, batterie. Le trio leur va si bien.
C'était le 3 avril 2014, j'y étais.
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Till
vendredi 28 mars 2014
[Bootleg] Ramones - Live at CBGB [1975]
One. 16 août 1974. Trois ans, jour pour jour, avant la disparition d'une légende, les Ramones jouent leur premier concert au CBGB. Le "mur de son" qui impressionne tellement Legs McNeil est lancé.
Two. Il faudra attendre avril 76 pour que les faux frangins entrent en studio pour enregistrer leur premier LP. Je ne sais plus quel critique musical américain a dit un truc du genre : "Quand ce disque est sorti, c'était dingue. Tout à coup, la moitié de notre collection de disques était à mettre à la poubelle".
Three. Regardez la date. C'est juste un an après le premier gig au CBGB, huit mois avant l'enregistrement de Ramones, le groupe est encore sur la scène du CBGB. Pour la énième fois. Les titres de l'album sont quasiment prêts, l'énergie est là, une légende est en marche.
Four. Ne me demandez pas comment ni par qui, ce concert a été enregistré. Avec les moyens de l'époque forcément. On peut imaginer un pote du groupe avec un lecteur/enregistreur de cassettes portable qui capte le concert sur le micro d'ambiance. Ne me demandez pas non plus comment ce bootleg a traversé les années pour atterrir un jour sur mon disque dur. Et peut-être sur le votre. Les voies d'internet sont impénétrables.
Niveau qualité n'attendez pas de miracle. On parle des Ramones, on parle du CBGB. On parle de 1975. Pas de son cristallin, pas de post-production, pas de retouche numérique. Le mur de son cher à Mc Neil.
Le son est pourri, ok. Mais c'est un document.
One, Two, Three, Four !
01. Loudmouth
02. Beat On The Brat
03. I Don't Wanna Be Learned / I Don't Wanna Be Tamed
04. Listen To My Heart
05. 53rd & 3rd
06. Judy Is A Punk
07. California Sun
08. I Don't Wanna Walk Around With You
09. Today Your Love, Tomorrow The World
Également disponible si j'ai le courage :
- Live at The Roundhouse, London - 05 juin 1977
- Live at Paradiso Amsterdam - 11 février 1980
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Till
samedi 22 mars 2014
Grand Jeu 8 - Thème 7 - Blurt - Let There Be Blurt - The Best Of Blurt Volume 1 - The Fish Needs A Bike [2003]
GRAND JEU DES BLOGUEURS MANGEURS DE DISQUES - HUITIÈME EDITION
"I WANT TO DRIVE YOU THROUGH THE NIGHT, DOWN THE HILLS.
Vous mettez cet album dans l'autoradio et vous conduisez toute la nuit. Pour aller où? Là n'est pas la question...
Une enquête de Glen S. Baster
La vengeance est un plat qui se mange réchauffé au micro-onde.
J'avais décidé de leur donner une leçon. Je leur pardonnais leur prétention sans borne. L'idée d'arrêter Baster au début de leur jeune carrière les avait sûrement émoustillés. Croire qu'ils avaient réussi cette chose improbable relevait du fantasme adolescent amusant. Mais mes deux apprentis flicards étaient allé trop loin. Inspecteur Labavure et Pinot simple flic avaient tout bonnement coffré un pauvre type innocent et l'avaient fait interner (1).
Ok, c'était pas la première bavure policière de l'histoire. Déjà en 1980, Zenyattà Mondatta avait fait des millions de victimes. Mais là, le brave mec, tout clodo qu'il était, n'avait rien demandé à personne surtout pas à nos duettistes. J'avais donc décidé de venger Daniel Guichard et de lui rendre son vieux pardessus râpé. J'avais sorti la chevy de l'impasse, elle était prête à les emmener au terminus des prétentieux.
Pour tout fait d'armes, les jumeaux pouvaient se targuer d'avoir coincer le colonel Moutarde avec le chandelier dans la cuisine. Mais le voleur du taxi de Oui-Oui leur échappait toujours. Autant dire que les choper s'avérait être un jeu d'enfant. De fait c'était trop facile pour être amusant. Un piège plus gros que le jean de Meat Loaf et les deux loustics passaient de leur cour de récré au siège arrière de la Chevy où ils découvraient les plaisirs du bondage.
Vous voulez faire de la route les mecs ? Vous voulez roulez toute la nuit ? Et écouter de la musique en roulant ? Vous allez être servi mes poussins. Vous connaissez le blues du boson de Higgs ? (2). Let's go !.
Can't remember anything at all
Flame trees line the streets
Can't remember anything at all
But I'm driving my car down to Geneva
Je passe la première et la chevy démarre dans un crissement de pneu de série B américaine. Dans le rétro je vois des pupilles rouler dans tous les sens. Incrédules et paniquées. Les mauvaises graines se débattent sur la banquette arrière. Leurs protestations me parviennent étouffées par les baillons et le volume de la musique. Je roule leeeeeentement. La voiture glisse silencieusement dans la nuit. C'est beau comme un film de Jarmusch.
Who cares, who cares what the future brings?
Black road long and I drove and drove
I came upon a crossroad
The night was hot and black
I see Robert Johnson,
With a ten dollar guitar strapped to his back,
Lookin' for a tune
Quelques kilomètres ont suffi pour que mes lascars se calment et se fassent une raison. Pas moyen d'échapper à leurs liens. Pas moyen d'échapper à Nick Cave (2). Pas moyen d'échapper à Baster. Ils écoutent la musique et je lis dans leur regard qu'ils ont eu peur d'un truc pire. J'aurais pu leur faire écouter Antonin Artaud. All night long !
C'est quand la voiture s'arrête et que je la gare sur le quai qu'ils recommencent à s'inquiéter. L'eau émet de jolis clapotis évocateurs. L'un après l'autre je les sors de la chevy et je trimballe mes saucissons à pattes jusqu'au bord de l'eau. Malgré les baillons il me semble qu'ils chantent Too Young To Die. Mais ça sonne faux.
Je pousse les deux fardeaux sur le pont de la péniche, descends les quelques marches et achète trois places. Appuyés au bar les premiers clients les regardent avec curiosité avant de retourner à leur bière. Je vais commander les nôtres. Ça ne va pas tarder, Steve Eagles et David Aylward sont en train d'installer le matos. Eux-mêmes. Il faut encore que je rassure les zozos. Une péniche est une embarcation à fond plat et on n'a jamais entendu parler d'une tempête sur la Saône. Aucun risque d'être malades sauf si vous abusez de la bière.
Regardez les gars. Ce type qui traverse le public c'est Ted Milton. 70 berges, un costume trop court, un sax. Il serre les mains des spectateurs. Sa crête vacille. Son verre de whisky a l'équilibre instable. Mais quand il monte sur scène il a l'aisance d'un jeune homme. Son sax virevolte et sa crête se balance. Ted hurle et danse sur les rythmiques punkys de ses camarades. Guitare, batterie. Une basse ? Pour quoi faire ?
Blurt enchaîne les morceaux. 30 ans d'histoire dissonent, saccadent et rugissent. My Mother Was A Friend Of An Enemy Of The People. J'en oublierais presque les duettistes. Se barrer maintenant ? No wave les gars. La nuit va être longue. A son âge Milton a encore des fourmis dans les jambes. J'ai des fourmis dans les jambes. Les jumeaux ont des fourmis dans les jambes . Ils s'agitent en rythme. On leur collerait un hula-hoop autour de la taille, ils le mettraient en orbite. J'ai pitié, je les libère, ils se joignent à la foule qui se masse devant la scène. Au moins cinquante personnes.
Le whisky de Milton descend à vue d’œil. Son troisième. Cherry Blossom Polish a mis le feu aux poudres. Le feu à la péniche. Des oreilles ennemies nous écoutent. Les jumeaux dessinent un poisson sur un vélo. Jaune citron. Steve Eagles remue sa coupe au bol décolorée, comme un Charlie Watts sous emphètes. Le rappel fait chavirer la péniche pour de bon. Je chope la bouteille de Milton, j'en bois une rasade et je fais tourner. Pas pour vous les gamins, z'êtes trop jeunes. Le vieux Ted rugit de plus belle. Where's my scotch ? Le sax exhale des vapeurs d'alcool, la guitare titube.
A ce stade je peux écrire n'importe quoi, vous avez arrêté de lire. Je danse bras dessus-bras dessous avec les deux youngsters. Rien à craindre de Baster, c'est un détective à la coooool. A part picoler et écouter de la musique il ne sait rien foutre. C'est un branleur-né. Blurt m'a mis en transe. Putain, c'est aussi dingue qu'il y a 30 ans au West-Side Club. La péniche n'a pas bougé d'un pouce. On a navigué toute la nuit sur place et nous voilà tous les trois à tanguer sous la tempête de sax. Let it blurt !
(1) le mieux c'est d'aller voir les commentaires des lecteurs.
(2) EWG aurait été déçu sinon.
01 Get
02 Some Come
03 My Mother Was A Friend Of An Enemy Of The People
04 The Fish Needs A Bike
05 Cherry Blossom Polish
06 Empty Vessels
07 Ruminant Plinth
08 Enemy Ears
09 Bullets For You
10 Sharks Of Paradise
11 Down In The Argentine
12 Poppycock
13 The Flags
Line up :
Drums - Jake Milton (tracks: 1 to 10) , Paul Wigens (tracks: 11 to 13)
Guitar - Pete Creese* (tracks: 1 to 9), Steve Eagles (tracks: 10 to 13)
Vocals, Saxophone - Ted Milton
Written-By - Jake Milton (tracks: 1 to 10) , Paul Wigens (tracks: 11 to 14) , Pete Creese* (tracks: 1 to 4) , Steve Eagles (tracks: 10 to 14) , Ted Milton
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Till
jeudi 20 mars 2014
Grand Jeu 8 - Thème 6 - Kid Congo And The Pink Monkeybirds - Philosophy And Underwear (2006] / Louis XIV - The Best Little Secrets Are Kept [2006]
GRAND JEU DES BLOGUEURS MANGEURS DE DISQUES - HUITIÈME EDITION
"IT'S JUST A REFLEKTOR."
Deux pochettes d'albums qui se ressemblent comme deux gouttes d'eau. Coïncidence?...
Kid Congo and The Pink Monkeybirds - Philosophy And Underwear
Deux pochettes d'albums qui se ressemblent comme deux gouttes d'eau. Coïncidence?...
Kid Congo and The Pink Monkeybirds - Philosophy And Underwear
Louis XIV - The Best Little Secrets Are Kept
Episode 6.
Où il est encore question de philosophie mais aussi de sous-vêtements, de petits secrets, de jouer à pile ou face, d'aspirateur et de geek.
L'acte d'écrire constitue d'un point de vue strictement neurologique - et là je m'exprime sous le contrôle de sa Sainteté BHL 1er, Grand Intendant de la Pensée Humaine - un enchaînement d'informations du type pensée /commandes / action que l'on peut parfaitement synthétiser sous la forme de cet algorithme audacieux : synapse --> influx nerveux --> main --> stylo --> papier. Il est primordial que la simplicité biblique de cette formule n'occulte pas les facteurs essentiels au bon déroulement de l'opération. Que l'une de ces données nodales interactives manque à l'appel et on risque les échecs à la pelle. Avec pour résultat malencontreux, une liste de courses incomplète ou un pense-bête irrémédiablement classé dans les archives d'Al Zheimer. Qu'est-ce que je disais moi ? Ah oui. Vous avez déjà connu, je le sais, ce besoin urgent de noter un truc, une idée, une pensée. La marque de votre futur aspirateur cyclonique à double polarité inversée, le prix de la paire de moon-boots en crocodile de Norvège que vous venez de repérer dans la boutique du chausseur-poissonnier de la rue du Mulet, la référence du nouveau méga-linker firewire compatible IEEE 1394 version 5 qui fera de vous l'éleveur d'ordinateurs de combat le plus geek du quartier, et Dieu sait que la lutte est rude. C'est à ce moment précis que le bout de papier salvateur arrive au bout du rouleau. Et vous-même êtes à bout. Personne n'entend vos cris désespérés à travers la porte verrouillée et, de toute façon, vous vous rappelez que le stock est épuisé. Vous êtes tout près de céder au désespoir, l'angoisse vous étreint et déjà vos sens vous jouent des tours. Vos actes deviennent irraisonnés, vos gestes ont cette allure empruntée qui doit autant à la panique qu'à la chemise qui vous serre aux épaules parce que vous l'avez achetée deux tailles en dessous de la votre pour vous la péter un peu devant les copains copines. "Ouais, euh moiiiiii je porte du 36 tu voiiiiiiis". Rassurez-vous, la panique a sa part de malignité dans cette histoire, elle qui vous empêche de fouiller frénétiquement le fond de vos poches à la recherche d'un hypothétique mouchoir en papier usagé. Et quand bien même l'auriez-vous trouvé ce mouchoir que vous vous seriez aperçu qu'il ne servait à rien sans le stylo que vous avez oublié de remettre dans la poche intérieure droite ce matin après avoir changé de veste / manteau / imper. Notez que, pour le stylo oublié, un sac à main fera aussi bien l'affaire. Alors quoi ? C'est comme ça que ça se termine ? On oublie le truc et fini votre glorieux avenir de geek passant l'aspirateur en moon-boots ? La vie est donc si cruelle ? Non. La panne de papier peut toucher n'importe qui, à n'importe quel moment. La panne de papier est un fléau universel qui frappe les individus sans distinction de sexe, d'âge, de race ou de numéro de Sécurité Sociale. Mais il existe aujourd'hui des solutions pour remédier à la panne de papier. Des solutions qui ont fait leurs preuves, des techniques abouties, éprouvées, imparables. Et finalement si simples qu'il suffisait d'y penser. Qui n'a pas eu, dans ces moments de grande souffrance intellectuelle, où les éléments déchaînés vous empêchent cruellement de poser noir sur blanc ces quelques mots si précieux pour la réalisation d'un avenir meilleur, qui n'a pas eu à ses côtés, un ami torse nu sous un blouson de cuir de marque inconnue ? Qui n'a pas eu à ses côtés une amie nue face un mur recouvert de carreaux de faïence blanche probablement d'origine portugaise, la faïence hein, pas l'amie ? Alors qui ? Et vous vous dites, ébahi(e)s par cette idée grandiose : "Pourquoi n'y ai-je pas pensé moi-même ?" Oui pourquoi ? C'est simple, la panique, la chemise trop serrée et vous perdez vos moyens au point de ne pas percevoir l'évidence de la solution. Et imaginez que cette technique, ô combien merveilleuse, fonctionne même pour réaliser des pochettes de disques. Il suffisait d'y penser.
Deux pochettes qui se ressemblent comme deux gouttes d'eau...
Pas tout à fait mais vous étiez à deux doigts d'y croire. Côté face, un torse viril mais glabre, qui évoque aussi bien Jim Morrison qui n'oserait plus montrer le bout de son nez que le culturiste du club de gym voisin au début de son traitement à la créatine. Côté pile un dos féminin mais glabre, qui évoque essentiellement un dos féminin. Et glabre. Mais qu'est-ce qui peut bien unir ces deux pochettes ? Peut-être une idée très claire de ce qu'on peut faire avec une guitare, une basse, une batterie et un micro. Un talent certain pour transformer cette idée en morceaux de rock à fleur de peau. Et un budget vêtement limité, tout le monde ne s'appelle pas U2.
Coïncidence ?
Côté face : Kid Congo Powers, prince des dandies guitaristes, au CV long comme une nuit sans coke, à la classe folle qui n'a d'égale que sa moustache extravagante, à l'humour pince-sans-rire, aux fréquentations lumineuses, au style fidèle à une certaine idée du rock'n'roll.
Côté pile : Louis XIV, roi du Soleil californien bien que formé à Paris, au CV maigre comme le chat de Blixa Bargeld, à l'avenir prometteur si Pierre et le Loup ne les mangent pas, aux fréquentations pas dégueus, aux goûts musicaux exquis, au style qui rappelle une certaine idée du rock'n'roll.
Deux disques qui sont parus la même année et ça c'est sûrement une coïncidence.
____________________________________________________________________
Kid Congo And The Pink Monkeybirds - Philosophy And Underwear [2006]
01. The History of French Cuisine
02. Black Bag
03. Johnny
04. Richard Three
05. La Historia De Un Amour
06. Why Hurt Flesh
07. Even Though You Leather is Cliche
08. The Weather The War
09. House of Cards
10. The Last Word
11. And The Evening Sun Turned Crimson
12. Black Bag/Epilogue
____________________________________________________________________
Louis XIV - The Best Little Secrets Are Kept [2006]
01 Louis XIV
02 Finding Out True Love Is Blind
03 Paper Doll
04 God Killed the Queen
05 A Letter to Dominique
06 Illegal Tender
07 Pledge of Allegiance
08 Hey Teacher
09 All the Little Pieces
10 Ball of Twine
Où il est encore question de philosophie mais aussi de sous-vêtements, de petits secrets, de jouer à pile ou face, d'aspirateur et de geek.
L'acte d'écrire constitue d'un point de vue strictement neurologique - et là je m'exprime sous le contrôle de sa Sainteté BHL 1er, Grand Intendant de la Pensée Humaine - un enchaînement d'informations du type pensée /commandes / action que l'on peut parfaitement synthétiser sous la forme de cet algorithme audacieux : synapse --> influx nerveux --> main --> stylo --> papier. Il est primordial que la simplicité biblique de cette formule n'occulte pas les facteurs essentiels au bon déroulement de l'opération. Que l'une de ces données nodales interactives manque à l'appel et on risque les échecs à la pelle. Avec pour résultat malencontreux, une liste de courses incomplète ou un pense-bête irrémédiablement classé dans les archives d'Al Zheimer. Qu'est-ce que je disais moi ? Ah oui. Vous avez déjà connu, je le sais, ce besoin urgent de noter un truc, une idée, une pensée. La marque de votre futur aspirateur cyclonique à double polarité inversée, le prix de la paire de moon-boots en crocodile de Norvège que vous venez de repérer dans la boutique du chausseur-poissonnier de la rue du Mulet, la référence du nouveau méga-linker firewire compatible IEEE 1394 version 5 qui fera de vous l'éleveur d'ordinateurs de combat le plus geek du quartier, et Dieu sait que la lutte est rude. C'est à ce moment précis que le bout de papier salvateur arrive au bout du rouleau. Et vous-même êtes à bout. Personne n'entend vos cris désespérés à travers la porte verrouillée et, de toute façon, vous vous rappelez que le stock est épuisé. Vous êtes tout près de céder au désespoir, l'angoisse vous étreint et déjà vos sens vous jouent des tours. Vos actes deviennent irraisonnés, vos gestes ont cette allure empruntée qui doit autant à la panique qu'à la chemise qui vous serre aux épaules parce que vous l'avez achetée deux tailles en dessous de la votre pour vous la péter un peu devant les copains copines. "Ouais, euh moiiiiii je porte du 36 tu voiiiiiiis". Rassurez-vous, la panique a sa part de malignité dans cette histoire, elle qui vous empêche de fouiller frénétiquement le fond de vos poches à la recherche d'un hypothétique mouchoir en papier usagé. Et quand bien même l'auriez-vous trouvé ce mouchoir que vous vous seriez aperçu qu'il ne servait à rien sans le stylo que vous avez oublié de remettre dans la poche intérieure droite ce matin après avoir changé de veste / manteau / imper. Notez que, pour le stylo oublié, un sac à main fera aussi bien l'affaire. Alors quoi ? C'est comme ça que ça se termine ? On oublie le truc et fini votre glorieux avenir de geek passant l'aspirateur en moon-boots ? La vie est donc si cruelle ? Non. La panne de papier peut toucher n'importe qui, à n'importe quel moment. La panne de papier est un fléau universel qui frappe les individus sans distinction de sexe, d'âge, de race ou de numéro de Sécurité Sociale. Mais il existe aujourd'hui des solutions pour remédier à la panne de papier. Des solutions qui ont fait leurs preuves, des techniques abouties, éprouvées, imparables. Et finalement si simples qu'il suffisait d'y penser. Qui n'a pas eu, dans ces moments de grande souffrance intellectuelle, où les éléments déchaînés vous empêchent cruellement de poser noir sur blanc ces quelques mots si précieux pour la réalisation d'un avenir meilleur, qui n'a pas eu à ses côtés, un ami torse nu sous un blouson de cuir de marque inconnue ? Qui n'a pas eu à ses côtés une amie nue face un mur recouvert de carreaux de faïence blanche probablement d'origine portugaise, la faïence hein, pas l'amie ? Alors qui ? Et vous vous dites, ébahi(e)s par cette idée grandiose : "Pourquoi n'y ai-je pas pensé moi-même ?" Oui pourquoi ? C'est simple, la panique, la chemise trop serrée et vous perdez vos moyens au point de ne pas percevoir l'évidence de la solution. Et imaginez que cette technique, ô combien merveilleuse, fonctionne même pour réaliser des pochettes de disques. Il suffisait d'y penser.
Deux pochettes qui se ressemblent comme deux gouttes d'eau...
Pas tout à fait mais vous étiez à deux doigts d'y croire. Côté face, un torse viril mais glabre, qui évoque aussi bien Jim Morrison qui n'oserait plus montrer le bout de son nez que le culturiste du club de gym voisin au début de son traitement à la créatine. Côté pile un dos féminin mais glabre, qui évoque essentiellement un dos féminin. Et glabre. Mais qu'est-ce qui peut bien unir ces deux pochettes ? Peut-être une idée très claire de ce qu'on peut faire avec une guitare, une basse, une batterie et un micro. Un talent certain pour transformer cette idée en morceaux de rock à fleur de peau. Et un budget vêtement limité, tout le monde ne s'appelle pas U2.
Coïncidence ?
Côté face : Kid Congo Powers, prince des dandies guitaristes, au CV long comme une nuit sans coke, à la classe folle qui n'a d'égale que sa moustache extravagante, à l'humour pince-sans-rire, aux fréquentations lumineuses, au style fidèle à une certaine idée du rock'n'roll.
Côté pile : Louis XIV, roi du Soleil californien bien que formé à Paris, au CV maigre comme le chat de Blixa Bargeld, à l'avenir prometteur si Pierre et le Loup ne les mangent pas, aux fréquentations pas dégueus, aux goûts musicaux exquis, au style qui rappelle une certaine idée du rock'n'roll.
Deux disques qui sont parus la même année et ça c'est sûrement une coïncidence.
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Kid Congo And The Pink Monkeybirds - Philosophy And Underwear [2006]
01. The History of French Cuisine
02. Black Bag
03. Johnny
04. Richard Three
05. La Historia De Un Amour
06. Why Hurt Flesh
07. Even Though You Leather is Cliche
08. The Weather The War
09. House of Cards
10. The Last Word
11. And The Evening Sun Turned Crimson
12. Black Bag/Epilogue
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Louis XIV - The Best Little Secrets Are Kept [2006]
01 Louis XIV
02 Finding Out True Love Is Blind
03 Paper Doll
04 God Killed the Queen
05 A Letter to Dominique
06 Illegal Tender
07 Pledge of Allegiance
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Till
mardi 18 mars 2014
Grand Jeu 8 - Thème 5 - The Heartaches - Too Cool For School [2006]
GRAND JEU DES BLOGUEURS MANGEURS DE DISQUES - HUITIÈME EDITION
THEME N° 5 - "LET'S GET IT ON !"
Le disque qui vous donne envie de jouer des hanches... et pas pour danser...
Abrégé de Sciences Naturelles - Classe laborieuse
L'évolution des Espèces expliquée aux plus démunis.
Tout le monde le sait, au début il y avait les dinosaures. Enfin, pour être précis, au début il n'y avait rien mais juste après il y a eu les dinosaures. Ils étaient lourds, ils étaient lents, ils étaient mous et esthétiquement, pas franchement réussis, même aux yeux de Gilbert Montagné. Pour tout dire c'était chiant à mourir et d'ailleurs on mourait jeune. Tout le monde s'emmerdait ferme. Les soirées étaient tristes, les radios n'avaient pas encore inventé le are and bee, on entendait que des mugissements lamentables et l'herbe ne leur servait qu'à se nourrir. Et on voudrait me faire croire qu'il y a un créateur derrière tout ça ?
Heureusement, un samedi soir, le Diable inventa le rock'n'roll et tout devint plus gai. Les soirées s'animèrent, la consommation de drogue prit les bons rails et on put enfin pratiquer le sexe dans les endroits les plus appropriés, parcs publics, concerts, banquette arrière des voitures. Ou les trois réunis pour ceux qui fréquentèrent Woodstock.
Les derniers dinosaures disparurent piteusement, étouffés par leur énième triple album live et on vit alors apparaître des espèces nouvelles auxquelles les scientifiques donnèrent les noms les plus étranges : des iguanes, des T-Rex, des Troggs envahissaient les studios et les salles de concert. Les plus grands spécialistes scientifiques, musicologues, rock-criticologues, se lancèrent dans l'étude de ces animaux étranges et ne tardèrent pas à découvrir qu'à la suite d'évolutions et de mutations diverses, ces espèces avaient rapidement disparu pour laisser la place à de nouvelles.
C'est ainsi que l'on découvrit un jour les Ramones, le Clash et encore beaucoup d'autres dont la filiation directe avec les précédentes espèces ne laissait dans la communauté scientifique aucune place au doute. Même chez Descartes, c'est dire. Sex, drugs, rock'n'roll, la Sainte Trinité avait enfin éclairé l'humanité de sa lumière céleste pour les siècles des siècles.
Or, ceci se passait il y a très très longtemps, à une époque que les historiens appellent le punkernaire, et que l'on peut situer aux environs de 20 ans avant Britney Spears. Imaginez qu'en ces temps reculés, les gens ne connaissaient pas internet, n'avaient ni téléphones portables ni twitter. Même pas Facebook. Ce qui ne les empêchait pas de se retrouver régulièrement pour communier au cours de concerts, de gigs, de sets, en partageant la bière sacrée et en s'adonnant à leur danse rituelle : le pogo.
L'histoire était en marche, et avec elle, l'évolution qui ne lachait pas l'affaire, quitte à transformer Billy Idol en marchand de soupe peroxydé. Les générations spontanées succédèrent à Generation X et c'est à la suite d'une évolution, à faire pâlir les Darwiniens les plus convaincus, qu'un beau jour, ou peut-être une nuit, près d'un lac où je m'étais endormi, naquirent The Heartaches.
Sans empiéter sur le domaine de la génétique, qui fera l'objet d'un autre cours, on peut tout de même noter que le groupe se compose de cinq membres, ce qui constitue une anomalie génétique par rapport à la portée classique de cette espèce. En effet, celle-ci se caractérise généralement par des portées de quatre, les portées de cinq présentant souvent un individu déviant qui a la fâcheuse idée de jouer du synthé. Encore plus rarement on trouve des portées de trois, une sous-classe nommée power trio, mais là n'est pas l'objet de cette étude. The Heartaches sont cinq mais chez eux pas de déformation due au chromosome du synthétiseur. Ils sont cinq, c'est tout. Mais laissons-là la génétique, qui n'est finalement que l'acte sexuel agrandi au microscope électronique à balayage, le film de cul pour mal-voyants chez qui né cécité fait loi . Et concentrons-nous sur le fondement de ces cinq individus dont les peines de cœur font mal au cul.
Philosophiquement, la filiation ne fait pas l'ombre d'un doute. Je vous laisse le soin d'analyser le document d'étude, fourni en annexe, pour vous en convaincre. Les préoccupations sont, encore et toujours, centrées autour de la reproduction et de la survie de l'espèce. Je vous rappelle au passage les mots inoubliables de ce grand scientifique qu'est Ted Nugent dans son ouvrage live : survival of the fittest. Quant au disque de The Heartaches, Charles Darwin m'en a dit le plus grand bien, lui qui faillit un jour renoncer à sa théorie après avoir écouté un disque de prog. Les dinosaures étaient, par nature, appelés à disparaitre. Les espèces les mieux adaptées pour survivre, avaient intégré les éléments naturels indispensables à la vie : sex, drugs and rock'n'roll.
01 King Kong Party
02 Dance City
03 Kamikaze Love
04 Prisoner Of Love
05 T.C.F.S.
06 Rock N Roll UFO
07 Deliver My Heart
08 Teenage Love Affair
09 Built For Speed
10 Outta My Head
11 Teenage Hypochondriac
12 Arrows
13 Seven & Seven Is
14 Zooed Out
15 Time
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Till
dimanche 16 mars 2014
Grand Jeu 8 - Thème 4 - Lhasa - La Llorona [1998]
GRAND JEU DES BLOGUEURS MANGEURS DE DISQUES - HUITIÈME ÉDITION
THERE'S NO FUTURE, NO FUTURE, NO FUTURE FOR YOU
Le disque que vous écoutez quand tout semble sans issues, histoire de se rouler dans le désespoir...
Dans la médina de Tanger, Eve effleure les livres pour les relire en une fraction de seconde. Elle pense peinture, littérature, musique. Dans ses valises elle n'emporte que des livres. Les vêtements sont superflus, elle porte toujours les mêmes.
Dans le no man's land de Detroit, Adam vit au milieu de ses guitares de collection, ne compose que pour le plaisir de créer de la musique, écoute inlassablement Charlie Feathers ou Jack White, explique des théories scientifiques. Le monde tourne au rythme des vinyles sur une platine d'un autre temps.
Les vampires de Jarmusch ont la beauté des œuvres qu'ils chérissent. Comme autrefois les anges de Wenders, sous le ciel de Berlin, ils sont le reflet de la belle face de la nature humaine, celle qui fait qu'on a envie de croire encore en l'humanité, qui lui donne la dimension spirituelle qui la rend plus belle.
Prenez une fille qui chante avec une voix profonde, une fille qui chante en espagnol avec une voix qui vous tire des frissons, une fille qui vous balance des mélodies et des rythmes qui viennent de plus loin qu'on ne peut imaginer. J'entends des guitares et des violons. Je vois des anges et des vampires. J'ai les larmes aux yeux et je ris. En même temps.
01.De cara a la pared
02.La Celestina
03.El desierto
04.Por eso me quedo
05.El payande
06.Los peces
07.Floricanto
08.Desdeñosa
09.El pájaro
10.Mi vanidad
11.El árbol del olvido
Lhasa de Sela : voix
Yves Desrosiers : guitares, "Lap steel" 6 et 8 cordes, "Lapsteel" basse, scie musicale, accordéon, banjo, percussions
Mario Légaré : basse semi-acoustique, contrebasse
François Lalonde : percussions, batterie, échantillonnage, programmation
Didier Dumoutier : accordéon (6, 10)
Mara Tremblay : violon (1, 7)
Jean Sabourin : sousaphone (7)
Duane "Nervous Norman" Larson : clarinette (2, 6)
A tous les camarades participants : j'ai programmé la parution des articles mais je suis absent pendant la majeure partie du Jeu. Je ne peux donc pas lire vos posts, laisser les commentaires qui vont bien, ni écouter vos choix qui sont forcément pertinents. J'essaierai, à mon retour, de faire un tour des blogs mais aucune chance que je puisse lire les articles de façon exhaustive. Sic transit gloria mundi (j'aime bien placer cette citation).
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Till
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