lundi 20 mai 2013

Ceramic Dog - Your Turn [2013]


C'est Marc Ribot qui le dit, Ceramic Dog est son premier groupe de rock depuis le lycée. Diantre ! Forcément, avec Marc Ribot, qu'on situera comme excellent musicien de studio chez Bashung ou Tom Waits, pour ne citer qu'eux, ou comme crépitant guitariste surf & rock chez John Zorn ou encore comme artiste solo multiple capable de la plus grande ascèse comme du plus monumental bordel punk jazz, un groupe de rock ne peut pas être qu'une simplette entreprise à enchainer du couplet sur du refrain avec quelques bons riffs et un petit solo de temps en temps... Trop facile !

De fait, dans la lignée d'un premier album déjà très réussi (Party Intellectuals), Your Turn est, une fois de plus, une relecture inspirée et libre de l'idiome rock (au sens large) par un musicien qui s'amuse visiblement beaucoup avec ses deux excellents compagnons, le bassiste Shahzad Ismaily (Laurie Anderson, Will Oldham, Jolie Holland, Secret Chiefs 3) et le batteur Ches Smith (Xiu Xiu, Secret Chiefs 3, Trevor Dunn's Trio Convulsant). Relecture libre mais relativement plus traditionnelle, pour ne pas dire traditionaliste, qu'elle ne l'avait été dans l'opus originel qui, plus expérimental que ne l'est Your Turn n'en était, en toute logique, que plus difficile à appréhender. Illustrant cette nouvelle abordabilité, on y trouve ce qu'on pourrait assimiler à du Satriani "garage" sur l'instrumental Your Turn, simple tournerie où Ribot laisse libre court à sa transe guitaristique, un swinging blues fun et désarmant (The Kid Is Back), ou à une fusion rap'n'rock'n'fun à classer entre Fishbone et les Beastie Boys (We Are the Professionals), mais aussi à de jolies folies comme l'arabisant et rigolard Masters of the Internet, les uns aussi irrésistibles que les autres, ceci dit en passant parce que, fondamentalement, tout ceci n'est pas sérieux même si c'est fait sérieusement... du Rock, quoi ! Une musique où Gene Vincent voisine Devo, où les Ramones ont autant voie au chapitre que Faust, où Link Wray (qui n'est jamais bien loin) en remontre à Led Zeppelin !

Dire, cependant, que toutes traces de l'appartenance jazzistique et expérimentale de Ribot ont disparues serait une exagération. Quand sur Ritual Slaughter, il trippe dans des soli free évoquant autant John Cipollina qu'Ornette Coleman ou quand, sur The Prayer, d'intimiste à explosif, il met à l'amende toute une génération de shredders ET de droners qui s'en trouvent, pour le coup, sur le cul, ou quand, encore, il reprend, dissonances et virtuosité combinées, le Take 5 de Paul Desmond, il rappelle clairement d'où il vient, le bagage qu'il transporte, ses credentials... Mais sans intellectualiste aucun, jamais !, parce qu'il y a chez Ceramic Dog et son patron, chevillée au corps, une volonté de se faire plaisir en "lâchant les chevaux" (dans l'inspiration parce que l'album réserve quelques belles plages de repos pas très éloignées de son poteau Waits, bizarrerie incluse) qui fait un bien fou à entendre et prouve qu'on n'est pas blasé à presque 60 ans après plus de 25 ans de carrière... et quelle carrière !

Party Intellectuals avait été, en son temps, une excellente surprise qui, sans totalement nous chavirer, donnait des envies d'encore, laissait un gout de trop peu tant il semblait que la formation avait encore moult pistes à explorer. On n'était alors pas sûr que lendemain il y aurait ni qu'il serait du niveau d'un Your Turn où tout le potentiel entrevu se voit démultiplié, comme le plaisir de l'auditeur ! Ca n'en fait que plus espérer que Ceramic Dog fassent encore des petits parce que, mine de rien, on tient peut-être déjà l'album rock de l'année... tout simplement !


1. Lies My Body Told Me 5:30
2. Your Turn 3:59
3. Masters of the Internet 4:04
4. Ritual Slaughter 4:04
5. Avanti Popolo 0:57
6. Ain’t Gonna Let Them Turn Us Round 3:54
7. Bread and Roses 5:17
8. Prayer 5:39
9. Mr. Pants Goes to Hollywood 4:31
10. The Kid is Back! 3:06
11. Take 5 5:25
12. We are the Professionals 3:53
13. Special Snowflake 1:39


Ceramic Dog
- Marc Ribot: guitars, vocals, eb horn (3, 5, 11, 12), banjo (3),
trumpet (3, 12), melodica (5), bass (5)
- Ches Smith: drums, percussion, electronic, vocals, keys (13)
- Shahzad Ismally: bass, vocals, moog (5), keys (3, 13),
additional guitar (1), samples (3)
&
- Eszter Balint: vocals (1, 6, 10), melodica (9), organ (10), violin (13)
- Keetus Ciancia: samples (3, 7, 8, 12)
- Dan Willis: Oboe, zurna (3)
- Arto Lindsay: additional guitar (10)

13 commentaires:

  1. Hop hop hop me voilà.

    Je l'avais (mal) écouté suite au post de Sb et j'avais (mal) apprécié sa valeur. En gros le disque globalement m'avait plu mais m'avait frustré dans la mesure où je n'y avais pas trouvé les influences jazz que j'attendais et que j'espérais.

    Mais Deezer au bureau restera toujours Deezer au bureau et ne vaudra jamais une vraie écoute attentive. Qui va venir bientôt.

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    1. J'attends donc que tu y sois revenu en gardant en tête, comme le dit Ribot, que Ceramic Dog est un groupe de ROCK ! ;-)

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    2. Groupe de rock, certes... mais pour moi, on est quand même loin de Satriani... A part la référence à Satriani (suis allergique, faut me comprendre) je suis entièrement d'accord avec ta très belle chronique. Merci.

      Par moment, il me fait aussi beaucoup penser à Anarchist Republic of Bzzz ( http://www.deezer.com/fr/album/1752961 )

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    3. Ca tombe bien que tu en parles de celui-là, j'avais presque fini par l'oublier. Merci aussi pour le reste ! :-)

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  2. Album de l'année ? Tu y vas fort mais tu me pousses à tester. Si je suis déçu... Grrrr. ;)

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  3. Album rock de l'année me parait aussi un tantinet exagéré. Et après une écoute plus attentive je dirais que nous avons affaire à un très bon album tout court. Rock bien évidemment mais avec de sacrées incursions vers des genres étrangers.

    Je ne suis pas fan des guitares démonstratives et de la technique ostentatoire mais ici il y a toujours le grain de folie qui donne un second degré salvateur aux compositions. Et le grain de folie a tendance à germer et à donner des épis franchement sympathiques. La reprise de Take 5 est un joyeux délire, Master of the Internet aussi. Même les morceaux les plus noisy ou post-rock qui auraient pu me déranger, gardent une distance suffisante pour le plaisir reste intact.

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    1. Album rock de l'année ! Si, si ! Tu verras après quelques écoutes... Le machin ne s'épuise pas ! ^_^
      Bonne description, aussi. Y a presque du Devo sur Master of the Internet, je trouve.

      A Warf,
      Teste donc, teste donc !!! :-))

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    2. Il sera dans mon top ten de fin d'année, Tout genre confondu...

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    3. Et si d'ici à la fin de l'année il sortait 10 chefs d’œuvre absolus, comment le maintenir dans votre top ten ? On peut rêver non ? :-)

      En tout cas de mon côté il est au chaud pour des écoutes répétées.

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    4. 10 chefs d'œuvre absolus d'ici la fin de l'année... J'en rêve !
      Mais, franchement, me connaissant et connaissant mes gouts, je doute que ce Ceramic Dog se voit repoussé plus loin que le top 5.

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    5. Le problème c'est plutôt Zorn, il prend beaucoup de plus en plus de place dans mon top ten.

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    6. Oui, c'est pour ça que je vais faire le difficile avec Zorn cette année. Ainsi, si aucun album sorti en 2013 ne m'a déçu, aucun encore n'atteindra le top 10.

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