lundi 28 avril 2014

[Retour de concert] The Strypes au Marché Gare - 28 avril 2014




You can't judge a book by looking at the cover.  Bo Didley avait raison. Si je m'étais fié à leur look je n'aurais probablement jamais écouté The Strypes. Donc je les ai écoutés et bien écoutés, au point de me dire que ce serait une bonne idée de voir de quoi ils sont capables en live.

C'est pas souvent que je vais voir des baby-rockers, alors je soigne mon look de quinqua toujours jeune, y a pas de raison, moi aussi je peux le faire. Surprise - mais je suis un peu con j'aurais pu m'en douter - l'assistance est globalement plus âgée que moi. Concours de cheveux blancs, de crânes dégarnis, collection de papys rockers, rouflaquettes inside,  en sortie dominicale. En groupe, en couple, en famille. Du coup mon look de jeune quinqua branché fait fureur. Auprès de moi-même.

Tower quoi ? Towerbrown(*). La première partie lance magnifiquement la soirée. Un rythm and blues élégant et énergique, du british beat 60's en veux-tu-en-voilà, avec un orgue hammond qui caresse délicatement l'échine. Excellent. Et tout à fait approprié à une délicieuse reprise de Green Onions. Et à celle du Responsable de Dutronc. Une première partie jouissive, c'est à noter, c'est pas toujours le cas. Merci Towerbrown. Au fait les mecs, j'ai voulu acheter votre album à la sortie mais il n'y avait plus que le merchandising des Strypes, c'est vraiment ballot.

Puis vinrent les Strypes. J'imagine qu'ils sont habitués à jouer dans des maisons de pré-retraite où leur allure teenager et leurs postures font fureur. Parce que postures il y a et, tout à fait entre nous, un peu trop. Le style mods et les coupes de cheveux soignées moi je veux bien. Je trouve ça même plutôt marrant. En revanche j'adhère moins aux attitudes bien répétées,  lunettes noires et poses pseudo-provocante je-mate-le-public-d'un-air-arrogant-en-singeant-des-attitudes-de-guitar-hero. Surtout que le décalage avec le visage poupon de Josh McClorey est plutôt risible.

J'avoue qu'à cause de ça j'ai un peu de mal à rentrer dans l'ambiance. Finalement je décide de laisser le cynisme au vestiaire et de pardonner à mes irish boys ces petits défauts puérils. Je suis un vieux con les garçons, faut pas m'en vouloir. Surtout qu'entre temps She's so fine, Blue Collar Jane et Mystery Man sont passées par là, déversant un flot d'énergie rock'n'rollienne absolument enthousiasmant. De l'énergie les gamins en ont à revendre, le set se déroule à un rythme endiablé et je ne choisis pas cet adjectif au hasard : je suis sûr que le diable leur a vendu son âme. Pete O'Hanlon en a récupéré un bout, plus le set avance, plus la folie s'empare de lui.

La chaleur monte, les vestes tombent. Les jolies coiffures s'affalent et les masques rejoignent les vestes. (Presque) finies les postures, mes youngsters sont dans leur trip. Et sortent leurs tripes. Rock'n'rollisent le Concrete Jungle des Specials. Dynamitent l'éternel Rollin' and Tumblin'. Incendient le cœur cœur de la ville de Nick Lowe. Pas encore charismatique le petit McClorey mais il essaie. Let's see those hands, c'est à peu près tout ce qu'on entend entre les titres, qui s'enchaînent au point que parfois, on ne sait plus si c'est encore la fin de What a shame ou déjà le début de Hometown Girls. Un parfait ouragan électrique s'abat sur la petite salle du Marché Gare. La seule occasion de reprendre son souffle c'est le très bluesy Angel Eyes qui a le bon goût de ne pas être juste une copie de l'album.

Dans l'assistance les papies et les mamies en veulent encore. Recharger leurs batteries avant de rentrer à l'hospice. Encore donc. You fancy a few more? Un peu mon neveu, envoie la sauce. Un Rockaway Beach overspeedé rallume la mèche illico. Suivi de près par Louie Louie, multibreaké, chanté en chœur par le public, si si je vous jure, et même a capella par Ross Farrelly qui montre, qu'à même pas 17 ans, il a déjà une sacrée voix. Mais il est déjà tard, les garçons va falloir penser à aller vous coucher. Allez, on s'en fait une dernière. Ç’aurait été dommage de l'oublier celle-là : You can't judge a book by looking at the cover.

C'était le 27 avril 214. J'y étais.


(*) après une petite recherche ce matin, Towerbrown s'est formé à Grenoble en 2009 autour de Yann "Cracker" Poitou des Firecrackers. On peut les écouter ici ou là et notamment sur leur blog : http://towerbrown.blogspot.fr

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Till

vendredi 11 avril 2014

Hugh Cornwell - Hooverdam [2008]





Qu'est-il arrivé à Léon Trotsky ?
Il avait un discours tranchant (1)
Qui lui a brûlé les oreilles

Qu'est-il arrivé à ce cher vieux Lenny ?
Le grand Elmyra (2), et Sancho Panza ?
Qu'est-il arrivé aux héros ?
Qu'est-il arrivé aux héros ?

Qu'est-il arrivé à tous les héros ?
Tous les Shakesperos(3) ?
Ils ont vu brûlé leur Rome.
Qu'est-il arrivé aux héros ?
Qu'est-il arrivé aux héros ?

Plus de héros du tout
Plus de héros du tout

Qu'est-il arrivé à tous les héros ?
Tous les Shakesperos ?
Ils ont vu brûlé leur Rome.
Qu'est-il arrivé aux héros ?
Qu'est-il arrivé aux héros ?

Plus de héros du tout
Plus de héros du tout

Qu'est-il arrivé aux Stranglers ?
A Jean-Jacques Burnel et à Greenfield ?
Qu'est-il arrivé aux héros ?
Qu'est-il arrivé aux héros ?

No more Stranglers anymore
No more Stranglers anymore


(1) débrouillez vous avec ça, le double sens est impossible à traduire. Pour ceux que ça intéresse, ça se passe entre "He got an ice peak" et "He got a nice speak".
(2) sauf si on me prouve le contraire, Elmyra est une féminisation du prénom de Elmyr de Hory, peintre et faussaire hongrois.
(3) faites un effort ! Le jeu de mots passe mieux en anglais.



01 Please Don't Put Me On A Slowboat To Trowbridge
02 Going To The City
03 Delightful Nightmare
04 Within Or Without You
05 Rain On The River
06 Beat Of My Heart
07 Philip K. Ridiculous
08 The Pleasure of Your Company
09 Wrong Side Of The Tracks
10 Banging On the Same Old Beat


Line up :
Hugh Cornwell : guitar and vocals
Caroline Campbell : bass guitar and vocals
Chris Bell : drums


Si vous cherchez un mot de passe, essayez donc downgrade.
Looking for a password ? Try downgrade.

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Till

mardi 8 avril 2014

[Retour de concert] Batlik au Marché Gare - 03 avril 2014



J'ai une confidence à vous faire. Ça fait belle lurette que les comiques français ne me font plus rire. Mais plus rire du tout. J'exagère. A peine. A vrai dire je n'ai pas besoin de la main entière pour compter sur mes doigts ceux que je trouve vraiment drôles. Non, finalement je ris plus avec des artistes qui ne sont pas là pour faire rire. Ne vous méprenez pas, il ne s'agit pas de se moquer, il m'arrive de sortir en laissant le cynisme à la maison. Mais sur scène, un type qui ne se prend pas au sérieux, tout en jouant sérieusement sa musique, peut être bien plus marrant que les pseudo-comiques qu'on essaie de nous fourguer à longueur d'année(s).

Parce qu'il est comme ça le père Batlik. La musique, les paroles c'est du sérieux. Ça on le savait déjà, pour peu qu'on ait eu le bon goût d'écouter ses disques. C'est bien écrit, c'est personnel, ça sonne bien. Même si parfois la voix dérape un peu. Ou parce qu'elle dérape un peu justement. Bref, j'en ai déjà parlé, Batlik est un artiste et un artisan. Ce n'est pas un hasard si les deux mots ont la même racine.

Mais ce que ses disques ne rendent pas c'est sa simplicité et ses rapports tranquilles avec le public. Pour un peu, on le sentirait presque gêné d'être debout sur la scène, juste un peu au-dessus des spectateurs. Faut dire qu'au Marché Gare, la scène est assez basse, ça lui évite de nous prendre de haut. En même temps, le garçon est à l'aise, presque comme chez lui. Son chien est là qui se balade dans le public. Batlik discute avec les spectateurs. Batlik discute avec ses musiciens. Les musiciens discutent avec les spectateurs. Parfois même les spectateurs discutent entre eux, surtout les trois derrière moi, et ça c'est plus chiant.

Du coup l'ambiance est franchement détendue. Ça parle presque autant que ça chante et on sent bien qu'on a affaire à un mec qui ne se prend pas au sérieux. Un mec qui pratique l'humour et l'auto-dérision avec bonheur. Parce qu'on rit de bon cœur pendant un concert de Batlik. Au passage, Gaspard, ta blague elle était pas si pourrie, tout le monde s'est bien marré. Nous y voilà. Ça a été long pour en arriver là. La blague, je ne vous la raconterai pas. C'est impossible par écrit. Mais allez voir Batlik en concert il vous la racontera sûrement.

Si vous avez encore un brin d'attention, on peut aussi parler musique. Évidemment le set fait la part belle aux chansons du nouvel album Mauvais Sentiments, sans négliger pour autant les précédents. Le virage un peu plus rock des deux derniers disques se confirme sur scène. Ça n'est pas pour me déplaire. La guitare se fait un peu plus agressive, la batterie plus lourde. Surtout quand elle est jouée avec des marteaux. Batlik martèle plus fort ses cordes. Il ose parfois une guitare électrique.

Et puis. Et puis, il y a la contrebasse de James Sindatry. Ah le plaisir de se prendre de bonnes vibrations graves. Des sensations physiques ! Au sens propre. Celles qu'on ressent dans les muscles, dans les os, dans les tripes. Celles qui font que, décidément, le disque et le concert sont bien deux univers différents. Le concert c'est aussi l'histoire d'amour entre James Sindatry et sa contrebasse. Il faut le voir l'étreindre, l'enlacer, gratter amoureusement ses cordes pour comprendre ce qui peut unir un musicien et son instrument.

Il faut aussi voir et entendre la complicité évidente entre les musiciens pour comprendre ce qui fait la réussite d'une formation.  Reconnaitre le rire d'une spectatrice qu'on a déjà entendu lors du précédent concert lyonnais. Déballer les trucs et astuces qui peuvent sauver un chanteur qui oublie ses paroles. Je vous ai dit que Batlik avait de l'humour ? Ses musiciens aussi. Qui se ressemble s'assemble parait-il. Ceux-là doivent se ressembler beaucoup pour s'assembler aussi bien. Guitare, contrebasse, batterie. Le trio leur va si bien.


C'était le 3 avril 2014, j'y étais.



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Till